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Actualités sur les sectes en avril 2008

Sectes Bernard Accoyer : lutter contre les sectes, ce n'est pas attenter à la liberté religieuse
Sectes Rapport MIVILUDES : décryptage de thérapies fantaisistes et du lobbying
Sectes Un rapport exhorte l'Etat à poursuivre la lutte contre les sectes
Sectes Le mouvement sectaire ne baisse pas les bras, selon le président de la MIVILUDES
Sectes Désormais la demande est beaucoup plus matérielle
Soins Psy - Religions Ces thérapies fantaisistes qui contaminent l'Eglise
Faux souvenirs "Fragile, on est une proie idéale"
SoinsPsy - Faux souvenirs Les psychothérapeutes de nouveau épinglés par la MIVILUDES
Sectes - Faux souvenirs Ces gourous qui utilisent la manipulation mentale
Sectes L'OSCE accusée d'être infiltrée par les sectes
Mormons fondamentalistes 52 fillettes extraites d'une secte au Texas
Mormons fondamentalistes 534 femmes et enfants évacués d'un ranch texan
Scientologie Rectificatifs et précisions
Scientologie Perquisition au siège de l'Eglise de Scientologie en Belgique
Sectes Comment reconnaître une secte?
Sectes Les dérives sectaires : analyse du dispositif juridique
Sectes Dérives sanitaires, sectaires et thérapeutiques
Sectes Sectes sur internet : l'impunité
Scientologie Guérilla masquée contre la Scientologie
Opus Dei Quelques observations sur le travail de la commission d'enquête du Parlement belge sur les sectes
Scientologie

Suicide de la fille d'un député socialiste norvégien

Scientologie Enquête à l'Eglise de Scientologie de Nice après le suicide d'une étudiante
Scientologie Deux scientologues entendus par la police après le suicide d'une étudiante
Sectes (*) 20/04/2008 Dérives thérapeutiques (pdf)
Mormons fondamentalistes

Secte du Texas : des enfants canadiens impliqués

Soins Psy (*) 21/4/2008 Choisir son Psy : régistre national des psychothérapeutes (url)
Raël Le gourou des Raéliens persona non grata en Valais
Laïcité L'anthropologue Pascal Picq dénonce le regain créationniste
Sectes Assemblée Nationales - Questions/Réponses
Sectes Georges Fenech chargé d'une mission sur les dérives sectaires et la justice
Sectes Secte retranchée en Russie, pas de sortie prévue pour la Pâque orthodoxe
Coup de gueule Mission d'évaluation confiée à Georges Fenech
Scientologie

L'Eglise de scientologie inculpée

Le Patriarche Procès du Patriarche : peines confirmées en appel

(*) Articles et documents qui, compte tenu de leur taille, ne sont pas ci-dessous, mais sur une page particulière ou sur le Web


France : Sectes

Bernard Accoyer : lutter contre les sectes, ce n'est pas attenter à la liberté religieuse

La Croix, 1er avril 2008 par Marianne Lopez

[Texte intégral]

Le président de l'Assemblée présente jeudi 3 avril un texte destiné à protéger les témoins. Il n'est pas favorable à une redéfinition de l'action de la mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Entretien

- La Croix : Vous présentez jeudi 3 avril une proposition de loi destinée à protéger les personnes qui témoignent contre les sectes devant une commission d'enquête parlementaire. Qu'est-ce qui vous a amené à rédiger
ce texte ?

- Bernard Accoyer : Les personnes entendues sous serment devant les commissions parlementaires doivent pouvoir s'exprimer sans crainte. Or, certaines ont déjà été attaquées en diffamation. L'objectif de ma proposition est que ces témoins puissent bénéficier d'une immunité partielle qui les mette à l'abri de telles poursuites. Cette protection sera limitée aux poursuites pour diffamation, injure ou outrage. Le faux témoignage ne sera naturellement pas couvert. Mais il n'est pas admissible que le simple fait de rapporter ce que l'on a vécu puisse exposer à des poursuites. Si ce dispositif n'était pas adopté, on peut craindre qu'à l'avenir plus personne n'accepte de témoigner !

- A-t-on une idée de l'ampleur des dérives sectaires en France ?

- Je pense qu'il y a des centaines de milliers de victimes de groupes sectaires de toute nature en France, qu'il s'agisse de grandes organisations ou de petites officines. Moi-même, en tant que maire, j'ai eu à connaître plusieurs affaires sectaires. Ce qui est frappant, c'est que tout le monde est exposé. L'emprise sectaire s'exerce sur des individus de culture, d'instruction, de milieux sociaux très divers. Il est essentiel de protéger la société contre ces organisations qui coupent les individus de leurs repères, de leur entourage, et abusent d'eux aux plans mental, physique, financier… La France est régulièrement accusée de discrimination religieuse. N'en fait-on pas trop à l'encontre de groupes supposés sectaires ?

Il ne s'agit pas de s'en prendre à la liberté de conscience mais à des actions, à des faits qui menacent les droits fondamentaux de la personne en matière de sécurité, de santé, de liberté… Faire cela, ce n'est pas attenter à la liberté religieuse, c'est tout le contraire.

- L'Élysée semble pourtant vouloir redéfinir l'action de la Miviludes pour la recentrer sur les mouvements véritablement dangereux. L'idée est de cesser de pointer des mouvements a priori sectaires.
Qu'en pensez-vous ?

- Si on se limitait strictement à ce qui associe mouvement sectaire et trouble à l'ordre public, on renoncerait à lutter contre un phénomène qui menace toutes les familles. L'une des caractéristiques du phénomène sectaire est précisément que les victimes sont sous emprise, ce qui les empêche d'exprimer librement ce qu'elle endurent, et encore plus de se tourner vers la justice. Certaines victimes défendent même les sectes !
Pour cette raison, il est essentiel que la Miviludes poursuive son travail, en lien avec des organismes comme les Adfi (NDLR : Associations de défense de la famille et de l'individu) ou des associations d'aide aux victimes. L'affaiblissement, voire la disparition de la Miviludes, serait une grande victoire pour les sectes et ne réjouirait que le milieu sectaire.


- Allez-vous créer une nouvelle commission d'enquête parlementaire sur les sectes, comme vous le demandent certains députés ? Et le Parlement compte-t-il établir une nouvelle liste des mouvements sectaires ?

- Il est probable effectivement qu'une commission sur les sectes sera réactivée car ces mouvements évoluent tout le temps, en nombre et en nature. J'ai reçu des demandes concernant les conséquences des agissements sectaires sur la santé des enfants et certaines organisations. Mais naturellement, la commission ne devra pas se focaliser sur un mouvement. S'agissant de la liste des mouvements sectaires, elle a, à mon sens, apporté plus d'avantages que d'inconvénients. Faut-il recommencer ? Seule une commission pourrait en décider collégialement, après une réflexion approfondie. En tout état de cause, la commission d'enquête se posera la question.


France : Sectes

Rapport MIVILUDES : décryptage de thérapies fantaisistes et du lobbying

AFP, 3 avril 2008

[Texte intégral]

PARIS - Les faux souvenirs induits, la vente multi-niveaux, certaines techniques de coaching en entreprise et le datura font partie de la moisson de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) dans son rapport 2007 publié jeudi.

Il s'agit du 5ème rapport annuel de la Miviludes, au coeur d'une polémique le mois dernier, après les propos de la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, estimant qu'outre ce travail annuel, "la Miviludes ne fait rien".

Le rapport fait également le point sur les techniques de lobbying des sectes auprès des organismes internationaux, à partir de l'exemple de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), et sur le phénomène
du satanisme qui concernerait de près ou de loin environ 25.000 personnes en France, dont 80% de moins de 21 ans.
Il pointe aussi le néo-chamanisme et l'usage d'une substance, le datura, plante courante aux fleurs très parfumées et réputée toxique, qui tend à remplacer l'iboga, inscrit au tableau des stupéfiants.

"Les sectes évoluent mais elles sont toujours là", estime Jean-Michel Roulet, président de la Miviludes qui souligne qu'à partir de 2000 elles se sont "engouffrées" dans le domaine de l'accomplissement de soi, les unes dans l'humanitaire, les autres dans les techniques de "recherche de son moi profond".

Le travail sur la mémoire est une des bases de la psychanalyse, en revanche "le +faux souvenir induit+ résulte de techniques d'autosuggestion ou d'une influence indue qu'exercent certains thérapeutes". Ceux-ci "manipulent" le
patient en l'amenant à se rappeler des abus -souvent à caractère sexuel- subis dans la petite enfance qui constituent le "syndrome du faux souvenir induit", dévastateur pour le patient lui-même et pour sa famille.

Le phénomène est apparu aux Etats-Unis dans la seconde moitié du XXème siècle et "se développe de manière inquiétante en France".

C'est aussi au nom de la "sujétion de l'individu" que la Miviludes s'est intéressée à la vente multi-niveaux, qui consiste à vendre des produits ou services, le plus souvent liés au bien-être, et à convaincre les acheteurs de devenir vendeurs à leur tour. Ils n'ont pas de contrat de travail, sont rémunérés au pourcentage, et les plus convaincus finissent par quitter leur travail et ne plus fréquenter que les membres du réseau.

Autre risque d'embrigadement avec l'application au coaching en entreprise de la théorie des "constellations systémiques", inventée par l'américaine Virginia Safir à partir de l'observation des tribus en pays zoulou: le groupe -en l'occurence l'entreprise- fonctionne comme un corps biologique où chacun a un rôle précis. Une des dérives est de considérer que chacun fait partie du groupe et que c'est au groupe de tout décider pour lui.

Le rapport 2007 consacre un chapitre à la "stratégie d'influence de la mouvance sectaire à l'international", notamment auprès de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et particulièrement d'un de ses
organismes, le BIDDH (Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme). Plusieurs mouvements -la Miviludes cite la Scientologie, les raéliens et les Témoins de Jéhovah- viennent y dénoncer la lutte contre les dérives
sectaires au nom des atteintes à la liberté religieuse. Toutes les interventions étant publiées, elles ont de ce fait une diffusion et une respectabilité assurées.

Une autre technique est de mettre en cause les acteurs de la lutte contre les dérives sectaires, en visant les personnes elles-mêmes ou en mettant en cause le bien-fondé des subventions dont elles bénéficient.

Ce rapport a été remis mercredi au Premier ministre, dont dépend la Miviludes. 


France : Sectes

Un rapport exhorte l'Etat à poursuivre la lutte contre les sectes

NouvelObs, 3 avril 2008

[Texte intégral]

L'Etat ne doit pas relâcher la lutte contre les sectes. Tel est le message principal du rapport 2007 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) présenté jeudi et remis au Premier ministre François Fillon.

"L'Etat ne peut pas, ne doit pas se désintéresser de la lutte contre des mouvements qui déploient des moyens considérables pour pouvoir se livrer, en toute impunité, à leurs activités malfaisantes. L'Etat doit informer, prévenir, sanctionner. L'Etat manquerait à ses devoirs en s'en remettant à la seule sphère privée", peut-on lire en conclusion de ce rapport très documenté de 234 pages.

Le message est clairement adressé à l'Elysée, après la polémique déclenchée par les propos tenus en février à l'hebdomadaire "VSD" par la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, selon lesquels les sectes "sont un non-problème" en France. Démentis par l'intéressée, ces propos ont suscité un tollé, alors que le camp laïc s'inquiétait déjà des interventions régulières du chef de l'Etat sur la religion.

Pour la Miviludes, le plus grand risque serait de se laisser entraîner sur le terrain religieux, "terrain de prédilection des groupes sectaires". "Ne nous laissons pas leurrer et nous ne trompons pas de victimes", souligne la Miviludes, qui réaffirme sa "volonté sans faille" de remplir sa mission.

Ce cinquième rapport de la mission interministérielle dénonce notamment les "actions de lobbying effrénées" des mouvements sectaires à l'international, pour dénoncer la lutte contre les dérives sectaires menée en France.

Il prend l'exemple de "l'instrumentalisation régulière par la mouvance sectaire" de la conférence annuelle à Varsovie de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) consacrée à "l'examen de la dimension humaine". La Scientologie, les Témoins de Jéhovah, les raéliens ou les moonistes utilisent cette tribune "pour tenter de déligitimer la vigilance des pouvoirs publics" face aux dérives sectaires en invoquant le respect de liberté de religion.

Le rapport met l'accent sur les nouveaux risques de dérives sectaires dans les domaines de la santé et de l'économie.

La Miviludes analyse notamment le phénomène des "faux souvenirs induits" par des praticiens mal intentionnés dans le cadre de démarches de développement personnel, professionnel ou de psychothérapie. Ce "phénomène dangereux" né aux Etats-Unis consiste à introduire dans la tête du patient de faux souvenirs de maltraitance, d'abus sexuels ou encore d'enlèvement par des extra-terrestres. Ce phénomène, en progression en France, concerne à 80% des jeunes femmes, selon le rapport.

La Miviludes fait enfin le point sur les problèmes liés à l'effet de mode en faveur des pratiques chamaniques faisant appel à la prise non contrôlée de produits hallucinogènes. Après l'ayahuasca et l'iboga, étudiés dans les précédents rapports, un chapitre est consacré cette année au datura, nouveau vecteur utilisé par les chamans.


France : Sectes

Le mouvement sectaire ne baisse pas les bras, selon le président de la MIVILUDES

AFP, 3 avril 2008

[Texte intégral]

PARIS - Le mouvement sectaire "ne baisse pas les bras et fait preuve de beaucoup d'imagination", a déclaré jeudi Jean-Michel Roulet, le président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) en présentant à la presse le 5e rapport annuel de la Mission.

Il a rappelé qu'il est difficile de définir une secte, au contraire des "dérives sectaires" qui combinent délit d'escroquerie et emprise mentale (ou abus de faiblesse).

Interrogé sur l'avenir de la Miviludes, après les interrogations sur son utilité en février dernier, le premier ministre, a dit Jean-Michel Roulet, a parlé d'un renforcement des moyens de la Miviludes. "On va réfléchir aux fonctions et moyens supplémentaires" dont il faudrait la doter, a-t-il souligné.

Actuellement par exemple, elle n'a pas de pouvoir d'investigation, ses prérogatives se limitant à un rôle d'analyse et de prévention.

Revenant sur la liste des sectes opérant en France, publiée en annexe du rapport parlementaire de 2005, M. Roulet estime qu'elle "a eu plus d'avantages que d'inconvénients".

Selon lui, à l'époque, elle a permis une prise de conscience du phénomène des sectes en France. Toutefois, cette liste n'est plus d'actualité, les mouvements les plus dangereux n'y figurant pas contrairement à d'autres qui "ne posent plus de problème", a-t-il estimé, citant le cas du Mandarom et de Hare Krishna.


France : Sectes

Désormais la demande est beaucoup plus matérielle

AFP, 3 avril 2008

[Texte intégral]

Interview de Jean-Michel Roulet par Sélim Batikhy
(le jeudi 3 avril 2008)

- Emmanuelle Mignon, directrice du cabinet du président de la République, a estimée qu'"en France, les sectes [étaient] un non-problème". Qu'en est-il réellement ?

- La réalité est que les dérives sectaires restent un problème majeur de notre société. Elles continuent d'engendrer des victimes. Tant qu'il y aura des victimes, l'Etat devra rester à leurs côtés pour faire en sorte qu'elles obtiennent réparation et que leur persécuteurs soient jugés et condamnés. L'Etat ne doit pas laisser à la seule sphère privée le soin de soutenir et aider des victimes des sectes. Il manquerait à ses devoirs.
Les dérives sectaires finissent bien souvent par atteindre le tribunal pénal, mais il persiste des pratiques très dangereuses qui ne troublent pas l'ordre public,  et ne peuvent êtres poursuivies par un tribunal. Il ne faut donc pas limiter le nombre de victimes aux plaintes déposées.

- Quelles sont les principales évolutions, au niveau des pratiques sectaires, depuis le premier rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) en 2003 ?

- Il existe deux grandes différences. L'offre sectaire a évolué en réaction à la demande. Il est difficile de concevoir une diversification de l'offre sans que la demande ne soit liée. Au début, la demande était essentiellement de type spirituel, métaphysique, ésotérique ou encore religieuse. Lorsque les sectes étaient attaquées en justice, elles estimaient que l'on portait atteinte à la liberté religieuse, à la liberté de conscience.
Désormais la demande est beaucoup plus matérielle. Il s'agit d'une demande en terme de santé, de coaching, de soins et de thérapies alternatives. Aux grands mouvements transnationaux, sorte de supermarché de l'offre sectaire, ont succédé une myriade de petits artisans, d'épiciers du sectarisme, des bricoleurs de quartiers, qui pratiquent exactement les mêmes méthodes que l'on peut résumer en trois axes : séduction, destruction et reconstruction de l'individu.
Ils exercent une emprise psychologique et financière basée sur les mêmes formules qu'auparavant. Sur le fond, les méthodes et techniques n'ont pas réellement évolué. Quant au résultat, il n'a pas changé non plus, puisqu'il existe toujours des victimes qui perdent leur argent, leurs illusions, leur santé et leur famille ; et des familles que l'ont retrouvent très souvent désemparées.

- Que sont ce qu'on appelle les "faux souvenirs induits" ?

- Le rapport pointe l'accent sur les dérives psychothérapeutiques et le cas des faux souvenirs induits. Cette technique n'est pas nouvelle puisqu'elle fut utilisée aux Etats-Unis dès la seconde moitié du XXe siècle et en Belgique à partir des années 70 avec le père Cornelis et son groupe appelé "La famille de Nazareth", puis "Le Haut de Saint-Erme".
Elle est mise en oeuvre par des thérapeutes charlatans dans le cadre d'un réseau ou à titre individuel. Elle résulte de techniques d'auto-suggestion ou d'une influence qu'exercent certains thérapeutes sur leur patient en leur expliquant que certains de leurs souvenirs sont enfouis, que des mécanismes inconscients refoulent ces souvenirs désagréables, et que leurs problèmes d'aujourd'hui résultent des traumatismes du passé.
La dérive sectaire intervient lorsque les thérapeutes soufflent et insufflent les réponses dans l'esprit du patient jusqu'à ce qu'il se les approprie et qu'elles deviennent pour lui une évidence. Le syndrome du faux souvenir est le fait de praticiens qui réduisent les difficultés de leur patient à des souvenirs occultés souvent depuis la prime enfance, de maltraitances telles que l'abus sexuel (viol, inceste) dans l'entourage familial. Leur but est simple, il s'agit de fidéliser le patient à l'aide d'un soutien moral et de lui soutirer un maximum d'argent en devenant leur seul repère, après avoir facilité la rupture entre le patient et sa familles.


Aux Etats-Unis, entre 1967 et 1987, le nombre de cas de faux souvenirs induits est passé de 160.000 à 1.700.000 .
En France, ont dénombre 200 cas de familles déchirées par des phénomènes de faux souvenirs induits. La population la plus touchée par ces pratiques est celle des femmes dont l'âge moyen est de 33 ans avec un écart de 19 à 52 ans. Ces souvenirs resurgissent 20 où 30 années après l'inceste présumé, et c'est ainsi que beaucoup de pères ou de grands-pères se sont retrouvés emprisonnés. Au départ, la justice n'avait pas compris le phénomène, mais elle est dorénavant beaucoup plus vigilante sur la question.

- Quel est le rôle du rapport annuel de la Mivuldes ? A-t-il une valeur juridique en cas de plainte de
victimes ?


- Le rôle du rapport de la Miviludes est double. Il est de rendre compte de notre activité annuelle et d'informer le publique des dérives sectaires. En cela nous avons à charge de décrire le phénomène et avons un impératif de prévention et d'évaluation des problèmes liés aux sectes. Nous avons pour mission de coordonner la qualité préventive de tous les services et de nous assurer que le dispositif de répression effectué par la police et la justice fonctionne bien.
Nous veillons à ce que les victimes soient indemnisées et que les coupables soient punis, même s'ils habillent leurs agissements derrière la respectabilité des libertés de conscience, de religion, voir de philanthropie, alors qu'ils ne sont mus que par l'appât du gain, la possession et le pouvoir. Ce rapport n'a pas force de loi, mais peut avoir valeur d'appréciation et d'information pour permettre au magistrat de forger son intime conviction.


France : Soins Psy - Religions

Ces thérapies fantaisistes qui contaminent l'Eglise

Golias, 3 avril 2008 par Christian Terras

[Texte intégral]

Les thérapies dites chrétiennes mises en œuvre actuellement dans les « centres chrétiens » proposant un « travail de guérison transgénérationnelle » relèvent plus d'une religiosité-doctrine (le psycho-spirituel) que de la foi chrétienne en tant que telle. L'Eglise catholique est aujourd'hui en danger car le cœur même de son existence théologale et pastorale est touché. Les évêques interpellés à ce sujet demeurent à l'écoute certes, mais passifs et réduisent les problèmes évoqués à de simples accidents de parcours marginaux. Notre enquête sur les conséquences et les moyens d'application de cette religiosité du psycho-spirituel au sein même de la communion ecclésiale démontre au contraire son développement et sa perversité car elle gagne en influence nombre de secteurs ecclésiaux.

Une personne peut pour diverses raisons se faire happer dans des sessions dites de guérison intérieure camouflées sous diverses appellations mais dont le fonctionnement destructeur reste le même.

Ledit thérapeute très séduisant induit alors une relation fusionnelle perçue par la personne comme sécurisante et qui la place en dépendance en la faisant entrer dans une démarche régressive. Le thérapeute utilise la fragilité, le mal-être ou la souffrance lié aux manques de la personne (crise d'adolescence, crise du couple, deuil, maladie, difficultés de travail, etc…) pour l'amener à découvrir qu'elle a subi des blessures qui sont, par lui, tantôt supposées, tantôt interprétées, ou même suggérées.

Pour cela, on propose un « cliché idéal » de dialectique prétendue ascendante, en l'occurrence, chez le Docteur B...; D.. , la Sainte Famille , dans une démarche fusionnelle non analogique vis-à-vis de la Sainte Famille . On fausse la mémoire (sont même souvent mises en place de fausses mémoires où des jeunes filles vont accuser leur père d'inceste. Accusation vérifiée sans fondement) dans une manipulation qui fait une lecture du vécu réel selon les seuls critères du « cliché idéal ». Il en résulte d'abord que les proches sont l'origine et la cause de tous les maux ainsi démontrés, que la personne pour sa part n'a aucune responsabilité puisqu'elle est victime.

A partir de ces constructions on propose - en réalité on induit - une grande confusion où beaucoup de personnes croient n'être que dans une démarche spirituelle et où d'autres ne pensent vivre qu'une thérapie. Une démarche dite de « guérison intérieure » psycho spirituelle où les liens avec les proches vont être faussés, distendus ou rompus, dans une manipulation où le psychologique utilise le spirituel et où le spirituel camoufle et justifie le prétendu psychologique ; en conséquence de quoi la liberté de la personne est remise audit thérapeute (une liberté confisquée, puisqu'on refuse au sujet la responsabilité de ses actes rejetée sur les autres). Ceci a pour effet d'enfermer la personne dans une relation fusionnelle avec le gourou auto investi d'une toute puissance absolue.

La personne ainsi séduite, déstabilisée, détruite et reconstruite selon ces normes va devenir un agent déstabilisant et destructeur de son milieu familial qu'elle soumet à des relations affectives malsaines (chantage, sadisme et conflit). Un pardon pourrait ramener l'adepte à sa famille si l'affectif n'était pas détruit. Un exemple : le pardon demandé dans la lettre ci-jointe démontre la construction intellectuelle qui en est faite. En effet, plutôt que se situer comme le demande Jean-Paul II dans sa deuxième encyclique « La Miséricorde divine » où on peut lire p. 120 Ed. Tequi : « Il est évident qu'une exigence aussi généreuse de pardon n'annule pas les exigences objectives de la justice. La justice bien comprise constitue pour ainsi dire le but du pardon… En chaque cas, la réparation du mal et du scandale, le dédommagement du tort causé, la satisfaction de l'offense sont condition de pardon.  »

Dans sa lettre, le Père Modérateur des Béatitudes demande pardon à chacun, reconnaît les souffrances infligées mais reste dans le déni de la personne, en disant que pour diverses raisons elle ne pourra accueillir cette demande. La raison majeure en est que la personne continue à subir, aujourd'hui, le mal subi et qu'il ne peut y avoir de pardon faute de Vérité, Justice et Réparation. Ce qui, concrètement, n'est nullement pris en compte par le Modérateur puisqu'il s'estime quitte avec cette demande de pardon très simpliste.

L'adepte qui a abîmé ou brisé ses liens avec ses proches est seul. Il est dépersonnalisé et nié par le gourou. Il est devenu son objet et son jouet. D'où le déni dans lequel il met ses proches qu'il fait souffrir sans aucune culpabilité objective, car il ne peut les regarder comme des personnes. L'adepte est pris dans le non amour d'une toute puissance narcissique perverse ; il y subit un ressenti infantile en relation de dépendance et de régression avec son dit thérapeute. Avec ses parents, une relation malsaine peut-être maintenue tant qu'ils acceptent d'être devenus boucs émissaires reconnus porteurs de tout ce qui est négatif et de tout ce dont on les charge. Une relation redéfinie par le berger thérapeute dans le seul cadre de la communauté. Exemple vécu par des parents dont nous avons pu recueillir les témoignages :
-  leur fille n'a pas le temps de les recevoir.
-  quand ils arrivent dans la communauté, personne ne les salue, ils dérangent.
-  aucune question ne peut être posée à leur enfant sur ce qu'il vit dans la communauté sans une réponse cinglante. On ne peut parler de la communauté où tout est secret.
-  les lettres et les questions des parents sont soumises au berger ou au responsable…La relation parents-enfant est totalement sous la coupe du berger qui par la « thérapie » du jeune analyse pour lui toute la famille. Ceci est dans le témoignage de tous les parents victimes qui, quelles que soient leurs histoires, passent par ce schéma.

On peut dire que dans ce non amour, tout est permis à l'adepte. Comme tout est permis au gourou qui agit sur l'adepte et par lui sur ses proches. Pour les parents, déstabilisés par la souffrance et l'incompréhension qu'ils subissent ainsi, toute approche est interdite puisqu'ils veulent aimer et qu'ils aiment réellement alors que celui qui les déstabilise épouse la haine du gourou ; donc il devient gourou, c'est-à-dire manipulé-manipulateur.

Pour l'adepte, persuadé qu'il doit guérir de son mal être provoqué, la communauté est le seul lieu de guérison intérieure donc le seul lieu qui se présente comme d'Eglise. De plus on l'a amené par transferts affectifs à faire de son thérapeute ses parents et de la communauté sa famille. Les blessures remplacent le péché, il ne peut y avoir de culpabilité car l'amour est détruit par une construction intellectuelle mise à la place de l'affection où l'autre est instrumentalisé.

Pour vivre dans la communauté, il faut être blessé. « Je suis blessé donc je suis ». Etre reconnu par la communauté passe par là. Ce qui met le sujet dans l'obligation de s'auto manipuler au quotidien tout en subissant d'autres manipulations d'adeptes ou de gourous. Il renie son vécu antérieur désigné comme mauvais. Il renie ainsi ce qui l'a construit, il se renie sans le savoir, pour devenir l'image imposée par le gourou thérapeute.

Sous l'emprise de la communauté et de ses dits “bergers”, mais en fait de ses gourous, les liens du sujet avec ses proches ne peuvent être que manipulations des proches par le sujet selon les pratiques de la communauté, car retrouver son vécu réel mettrait en danger la construction psychique fabriquée par le thérapeute qui agit pour la communauté et instille sous le nom de communauté un communautarisme. Les témoignages que nous avons recueillis montrent que les jeunes qui retournent quelques jours chez eux retrouveraient leurs relations familiales mais se défendent de reprendre leur place dans la famille pour sauvegarder le communautarisme imposé. Partant de là, il ne peut y avoir de miséricorde, ni de pardon, puisque le sujet fonctionne dans le déni de l'autre, le non amour et la toute puissance. La grâce sanctifiante n'est plus. La seule chose qui existe est le chemin de guérison, seul projet de vie, par psychothérapie prétendue psycho spirituelle. La spiritualité bascule sur le psychisme altéré ne vivant que dans le ressenti uniquement subjectif sans lien d'intuition ou de rationalité avec un autre sujet que soi.

La guérison non définie est la finalité de cette foi dans un enfermement pathologique (voir notre article plus loin sur la doctrine déviée de Thérèse de l'Enfant Jésus). L'idéologie de la guérison y donne l'illusion d'une écoute à la souffrance de l'autre et donc aussi l'illusion d'une relation humaine. Mais le sujet manipulé a besoin d'être assuré de sa toute puissance car si le proche désigné comme bouc émissaire devient réactif ou résistant il risque à son tour d'être déstabilisant pour le sujet et le système. Le sujet pour se sécuriser va alors utiliser des membres fragiles de la famille (fragilité mentale, conflit, manque de discernement, etc...). Par là il les déstabilise et les fait adhérer à sa thèse désignant le proche mauvais. Eux-mêmes vont alors avec lui mettre en place un système pervers d'exclusion et d'isolement pour rejeter de leur famille la personne désignée nocive, qui la plupart du temps subit sans comprendre. Tous les témoignages de parents victimes de cette manipulation ont vécu cette étape mise progressivement en place, avec divers cas de figures.

Un couple de médecins engagés dans la Fraternité St Camille de Lellis a isolé la maman en quelques mois et essayé de capter les autres membres de la famille qui ont débusqué à temps la manœuvre destructrice. Cette maman n'a plus de relations avec ce couple et est privée de ses petits-enfants. A ses questions sur le pourquoi d'un tel comportement, il lui a été répondu « qu'il y avait des non dits puissants dans la famille et qu'il fallait qu'elle fasse un chemin de vérité… » La maman souffre encore sans comprendre…

 D'autres parents ont vu leur famille totalement détruite, leurs enfants rejoignant un à un le discours de l'enfant manipulé en se retournant contre eux sans explication…

Il s'agit là d'une des plus violentes manipulations mentales pour tuer un être psychiquement et parfois par voie de conséquences le tuer physiquement. Violence de type proche du satanisme. Cette conséquence logique de la perversité narcissique établie en religiosité est le fonctionnement habituel de ceux qui pratiquent et de ceux qui subissent comme adeptes les techniques des prétendues thérapies psycho spirituelles


France : Faux souvenirs

"Fragile, on est une proie idéale"

Metro, 4 avril 2008 par Alexandra Bogaert

[Texte intégral]

Comment entre-t-on en contact avec ces psychothérapeutes aux pratiques déviantes ?
Par le bouche-à-oreille, par Internet, lors de stages professionnels de « développement personnel », payés par l'entreprise ou par l'Etat, dans le cadre du 1% reversés pour la formation professionnelle. Ou alors, plus simplement, on a mal au genou, on va chez le kiné et on tombe sur quelqu'un qui ne veut pas soigner notre mal physique mais notre âme. 

Quelles sont les techniques de manipulation employées ?

L'hypnose, la sophrologie, la psychogénéalogie, l'analyse des rêves, les images, les massages énergétiques… Le psychothérapeute suggère par ses questions un scénario que s'approprie son patient. Ce sont les faux souvenirs induits, mais les victimes sont persuadées de les avoir réellement vécus.

Se fait-on piéger quand on est équilibré ?

Non. Il faut être dans un état de fragilité : quand on a un souci, qu'on se pose des questions sur sa vie amoureuse, qu'on est influençable, on est une proie idéale. Le travail de séduction et de destruction en est facilité. A l'association, 73% des victimes sont des femmes trentenaires et diplômées, qui occupent des fonctions de cadre. 

Quel intérêt un psychothérapeute trouve-t-il à inciter son patient à réinventer sa vie ?

En plus d'un intérêt pécuniaire évident -car les séances coûtent cher-, il jouit de sentir son emprise sur une autre personne, de la libérer de sa supposée souffrance, de la soumettre. Pour que son influence soit totale, il faut que sa victime rompe avec sa famille. Bien sûr, le psychothérapeute dit que c'est pour son bien, que ça va guérir ses traumatismes, liés à son enfance. 

Comment cela se passe-t-il quand d'anciennes victimes reprennent contact avec leur famille ?
Il y a plusieurs cas. Avant tout, si certains enfants reviennent, ils sont peu nombreux. A l'AFSI, on ne compte qu'une dizaine de cas de retours en arrière sur les quelque 200 familles que compte l'association. Ces repentis sont cassés. Leur manipulation a parfois duré presque dix ans et le retour est difficile. Les souffrances causées ont été énormes. Par exemple, un père contre qui sa fille avait porté plainte et qui avait été blanchi, n'a pas voulu reprendre contact avec elle. D'autres victimes, qui n'ont jamais porté plainte contre leurs parents, ne veulent plus aborder le sujet
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France : Soins Psy - Faux souvenirs

Les psychothérapeutes de nouveau épinglés par la MIVILUDES

20 minutes, 4 avril 2008

[Texte intégral]

«Les dérives sectaires sont plus nombreuses dans le domaine de la santé, des thérapies alternatives et du développement personnel, que dans le cadre à proprement parler spirituel et religieux.» Dans son 5e rapport annuel, publié ce jeudi, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) se penche sur les psychothérapies déviantes et notamment celles qui pratiquent «le faux souvenir induit».

En clair, un(e) thérapeute suggère à son patient qu'il a pu être victime d'agression(s) sexuelle(s) ou de maltraitance dans son enfance. Peuvent s'ensuivre, selon la Miviludes, «des divisions et ruptures familiales, l'apparition de maladies et en particulier de dépressions nerveuses, des suicides, et l'ouverture de procédures policières et judiciaires avec le risque de condamnation d'innocents.»

«Les familles ne se mettent à parler que maintenant»

Si la Mission ne dispose d'aucun chiffre sur le nombre de victimes en France, elle cite le travail de l'association Alerte aux faux souvenirs induits (Afsi), qui a relevé 200 affaires sérieuses de ce type depuis sa création en juillet 2005. «Je reste persuadée qu'il y a des milliers de cas, mais les familles ne se mettent à parler que maintenant, affirme à 20minutes.fr sa présidente, Claude Delpeche. En France, on a dix ans de retard sur ce phénomène par rapport aux Etats-Unis.»

Selon Michel Meignant, le président de la Fédération française de psychothérapie et de psychanalyse (FF2P), ces déviances restent au contraire «marginales. Je préside des commissions de déontologie depuis trente ans et je n'ai jamais vu d'affaires comme cela au sein de la FF2P». Selon lui, «la suggestion n'a pas sa place dans la psychothérapie, qui travaille sur les sentiments et les émotions, mais elle peut avoir cours en revanche chez certains psychiatres».

La moitié des psychothérapeutes ni médecins ni psychologues

Le rapport de la Miviludes a en tout cas de quoi relancer le débat sur l'encadrement des psychothérapeutes par par une autorité indépendante. La Mission rappelle que sur les 10 à 15.000 psychothérapeutes répertoriés par la FF2P, environ la moitié ne sont ni médecins ni psychologues mais issus de formations diverses (travailleurs sociaux, professions paramédicales et autres). «Ce constat, s'il ne doit pas aboutir à la conclusion hâtive que la moitié au moins des psychothérapeutes aurait des pratiques charlatanesques et dangereuses, est néanmoins un facteur de risque aggravé dans ce secteur de prestations où l'appellation “psychothérapeute” n'est pas encore encadrée dans l'attente du dispositif réglementaire prévu à l'article 52 de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique», écrit la Miviludes.

Cet article, voté à l'initiative du président (UMP) de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer, avait créé un registre national des psychothérapeutes. Mais le gouvernement n'a jamais publié le décret précisant dans quelles conditions pouvaient être inscrits sur ce registre ceux qui ne sont ni médecins, ni psychologues, ni psychanalystes. «On ne peut pas supprimer comme ça, d'un coup de crayon, toute une profession», confiait Jacques-Alain Miller, directeur du département de psychanalyse de Paris VIII, à 20minutes.fr


France : Sectes - Faux souvenirs

Ces gourous qui utilisent la manipulation mentale

Le Figaro, 4 avril 2008

[Texte intégral]

Le phénomène des «faux souvenirs induits» se répand en France.

Un phénomène aux mille visages réclamant la plus grande attention : tel est le portrait que brosse la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) du mouvement des sectes en France.

Dans son rapport 2007 rendu public jeudi un mois après les réserves émises sur son action par la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon l'organisme met ainsi l'accent sur le développement de nouvelles méthodes employées par certaines mouvances afin de gagner quelques adeptes de plus : lobbying déguisé au cœur même des entreprises, multiplication de pseudo-thérapies visant à «l'accomplissement de soi», ou encore incursions douteuses dans le secteur de l'humanitaire. Comme l'avait révélé Le Figaro (nos éditions du 16 février 2008), le satanisme subit par ailleurs une radicalisation profonde : avec 92 cas de profanations recensés en onze mois sur 2007 et une communauté d'adeptes estimée à 25 000 personnes, ­cette dérive demeure particulièrement préoccupante.

Quelques pages de ce rapport sont également consacrées au «syndrome des faux souvenirs induits», phénomène reposant sur la manipulation mentale. Par la voie de la suggestion, des thérapeutes parviennent à faire émerger dans la mémoire de leurs patients le «souvenir» d'expériences douloureuses, liées le plus souvent à leurs parents. En résultent des accusations d'abus (attouchements, viols, mauvais traitements…) «totalement infondées», comme en témoigne Claude Delpech, présidente de l'association Alerte faux souvenirs induits, elle-même accusée à tort de maltraitance par sa fille de 36 ans. Si le temps de la prescription rend impossible nombre de poursuites judiciaires la plupart des patients ont 35-40 ans , quelques affaires se retrouvent devant les tribunaux. Ainsi, une quarantaine de dossiers seraient actuellement instruits en France.

Drames familiaux

Depuis huit ans, Annick et Christian sont ainsi coupés de leurs trois fils. Un jour, ceux-ci ont débarqué au domicile parental, accusant leur père d'être «un pédophile» et leur mère d'avoir été «complice» d'abus sur ses enfants. Tous mariés et pères de famille, «ils nous reprochaient de les avoir rendus malheureux», raconte Annick, qui ne se souvient d'«aucun signe avant-coureur». «L'un de nous avait parlé de la méthode de programmation neurolinguistique qu'il suivait chez un thérapeute», se souvient-elle.

Fin février, le président de l'Assemblée Bernard Accoyer avait réclamé que le décret sur l'encadrement du titre de psychothérapeute entre enfin en application. Le texte n'est toujours pas ficelé.


France : Sectes

L'OSCE accusée d'être infiltrée par les sectes

Le Temps, 4 avril 2008 par Sylvain Besson - Paris

[Texte intégral]

L'organisation qui défendait les dissidents du bloc soviétique dans les années 1970 est-elle devenue une «tribune idéale pour les «multinationales» sectaires et leurs alliés»? C'est l'accusation lancée jeudi par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qui dépend du premier ministre français. Dans son rapport annuel, elle affirme que l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) est devenue le forum préféré de la scientologie, de la secte Moon et des raëliens pour critiquer la France, la Belgique, l'Autriche et l'Allemagne, Etats européens les plus méfiants envers les «nouvelles religions».

Chaque année, devant le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme, basé à Varsovie et dépendant de l'OSCE, des ONG comme Droits de l'homme sans frontières, le Bureau européen des droits de l'homme ou l'Institut sur la religion et la politique publique y attaquent, en termes parfois virulents, la politique de surveillance des sectes développée en France.

Selon Catherine Katz, secrétaire générale de la Miviludes, ces organisations agissent comme des «faux nez» de mouvements sectaires en délicatesse avec les autorités françaises. L'OSCE répond que son forum sur les droits de l'homme est ouvert à toutes les ONG, ce qui permet des «échanges de vue animés». «Il n'y a pas de restrictions, précise son porte-parole Jens-Hagen Eschenbächer, sauf pour les organisations qui défendent la violence.»


Etats-Unis : Mormons fondamentalistes

52 fillettes extraites d'une secte au Texas

Le Figaro, 5 avril 2008

[Texte intégral]

.Agées de six mois à 17 ans, elles ont été évacuées d'un ranch appartenant à une secte mormone polygame, après le signalement de mauvais traitements sur l'une d'elles.

Ce ranch d'Eldorado, dans l'Etat du Texas, était sous la surveillance des autorités américaines, depuis son rachat en 2003 par l'Eglise Fondamentaliste des Saints des Derniers Jours (FLDS en anglais, courant fondamentaliste mormon).

Samedi, cinquante-deux fillettes et jeunes filles âgées de six mois à 17 ans ont été évacuées des lieux. Une intervention qui a pour origine un appel concernant des mauvais traitements sur une pensionnaire du ranch, âgée de 16 ans. Après un début d'enquête, au moins 18 d'entre elles auraient fait l'objet d'abus ou risquaient d'en subir dans un avenir très proche.

Les petites filles et adolescentes ont été transférées dans un endroit secret de San Angelo, au nord du ranch. Les services de protection de l'enfance tentent de leur trouver des foyers d'accueil.

Mariée à 14 ans

La FLDS est dirigée par Warren Jeffs, un polygame, arrêté en 2006 près de Las Vegas pour complicité de viol, et qui purge aujourd'hui une peine de réclusion à perpétuité. Il fait également l'objet de poursuites fédérales en Arizona et Utah.

L'Eglise des Saints des Derniers Jours, le principal courant de l'église mormone, a renoncé à la polygamie il y a plus d'un siècle en échange de l'admission de l'Utah dans la fédération des Etats américains. Elle excommunie les membres qui la pratiquent et a désavoué la FLDS, basée à Hildale et Colorado City, deux villes jumelles situées à la frontière entre Utah et Arizona.

Lors du procès de Jeffs à Saint George dans l'Utah, une jeune femme identifiée comme «Jane Doe IV» avait raconté en pleurant comment le gourou de la FLDS l'avait obligée à se marier en 2001 à l'âge de 14 ans avec un homme âgé. Lors de la cérémonie dans un hôtel du Nevada et malgré les protestations de l'adolescente, il lui avait ordonné de «se multiplier et remplir la terre d'enfants élevés dans le sacerdoce». Quand elle était par la suite allée voir Jeffs en lui disant détester avoir des relations avec son mari, il lui avait intimé l'ordre de «rentrer et de faire ce que celui-ci lui disait».


Etats-Unis : Mormons fondamentalistes

534 femmes et enfants évacués d'un ranch texan

Le Monde, 8 avril 2008

[Texte intégral]

Les autorités texanes ont déclaré, lundi 7 avril, avoir évacué 401enfants d'un ranch isolé de l'ouest du Texas, appartenant à une secte mormone pratiquant la polygamie, en raison de risques potentiels d'agressions sexuelles et physiques. L'opération, commencée jeudi soir, a également entraîné la sortie en masse de 133 femmes de ce temple de l'Eglise fondamentaliste des saints des derniers jours (FLDS, fondamentaliste mormone). D'autres enfants pourraient encore se trouver sur les lieux.

"L'enquête se poursuit sur le site", a déclaré Patrick Crimmins, porte-parole des services de protection de l'enfance du comté de Schleicher, où se trouve le ranch. Un nombre indéterminé d'hommes se trouvent toujours dans le domaine, selon les autorités.

L'opération a débuté après que les autorités ont reçu, lundi 31 mars, un appel d'une jeune fille de 16ans affirmant avoir été agressée sexuellement et avoir eu un enfant d'un homme de 50ans, épousé illégalement. La descente de police dans ce vaste complexe s'est poursuivie pendant plusieurs jours, mais l'adolescente n'a pas été identifiée parmi les enfants évacués.

"Nous sommes toujours inquiets chaque fois que nous avons une victime et que nous ne la trouvons pas", a déclaré Marleigh Meisne, des services de protection de l'enfance du Texas, à l'origine des poursuites. "Je suis persuadée que cette fille existe", a-t-elle ajouté. Les autres résidents du ranch évacués sont interrogés par les autorités de l'Etat, mais devront être remis en liberté dans les quinze jours, à moins que les autorités prouvent qu'ils sont en danger.

La FLDS, basée à Hildale et à Colorado, deux villes jumelles situées à la frontière de l'Utah et de l'Arizona, a été dirigée par un certain Warren S. Jeffs, un polygame de 51ans arrêté en 2006 près de Las Vegas pour complicité de viol sur une adolescente de 14ans. Il purge, depuis, une peine de réclusion à perpétuité. Il fait également l'objet de poursuites fédérales en Arizona et en Utah.

Le principal courant de l'Eglise mormone, l'Eglise des saints des derniers jours, a renoncé, en 1890, à la polygamie encouragée par son gourou fondateur, Joseph Smith, et excommunie les membres qui la pratiquent. Ce courant a désavoué la FLDS, dont le nombre d'adeptes est estimé à 10000 personnes.


France : Scientologie

Rectificatifs et précisions

Le Monde, 1er avril 2008 par Marianne Lopez

[Texte intégral]

Scientologie. Après la publication de l'article "L'Eglise de scientologie se prépare à affronter soupçons et enquêtes", paru dans Le Monde du 1er avril, l'Eglise de scientologie nous demande de préciser : "Il n'existe aucun code ou texte de notre Eglise interdisant l'utilisation des médicaments quels qu'ils soient. Ce que les scientologues dénoncent, ce sont les abus psychiatriques."


Belgique : Scientologie

Perquisition au siège de l'Eglise de Scientologie en Belgique

RTL INFO , 11 avril 2008

[Texte intégral]

La police belge a perquisitionné puis mis des scellés sur le siège de l'Eglise de scientologie à Bruxelles dans le cadre d'une nouvelle instruction contre la section belge de cette organisation, a annoncé vendredi le parquet fédéral.

"Une enquête pour faux en écriture et escroquerie a été ouverte après que l'Office régional bruxellois pour l'emploi eut porté des faits nouveaux à notre connaissance", a indiqué à l'AFP la porte-parole du parquet, Mme Lieve Pellens.

"Durant la perquisition menée de jeudi à vendredi par des policiers fédéraux, au siège de l'Eglise de scientologie, dans le sud de Bruxelles, de nombreux documents ont été saisis, et les scellés ont été ensuite apposés", a-t-elle ajouté. Selon les médias belges, la police a emporté un volumineux matériel, notamment des ordinateurs et des dossiers de comptabilité.

La perquisition n'est cependant pas terminée, a précisé Mme Lievens, sans donner plus de détails sur les faits imputés à l'Eglise de scientologie.

La RTBF a diffusé cependant un petit reportage sur des offres d'emplois anonymes, émanant en fait de l'Eglise de scientologie. Selon le témoignage d'une personne ayant répondu à une de ces offres parues dans la presse, un contrat lui a été alors présentée où elle était priée d'"adhérer" aux vues des scientologues.

Interrogée par la RTBF à ce sujet, une dirigeante de l'Eglise de scientologie, Myriam Zonnekeyn, a affirmé qu'il ne s'agissait que d'une recherche de "bénévoles".

Réagissant à cette perquisition, l'Eglise de scientologie, qui récuse l'appellation de secte, a affirmé être "victime d'une violation de ses droits fondamentaux", selon un communiqué cité par l'agence de presse Belga. L'organisation a également dénoncé la "mauvaise foi" de la justice belge, engagée dans "une tentative qui dure depuis dix ans pour trouver des preuves" à son encontre.

La section belge et le "bureau européen pour les droits de l'Homme" qui est une émanation à Bruxelles du siège américain de l'Eglise de scientologie, ainsi qu'une douzaine de scientologues étaient déjà sous le coup de poursuites pénales dans une affaire d'escroquerie et d'exercice illégal de la médecine, dont l'origine remonte aux années 1990.

En février dernier, la cour de cassation avait rejeté le pourvoi introduit par l'Eglise de scientologie pour faire stopper la procédure intentée contre elle.

Pour cette affaire, "le réquisitoire du parquet est prêt", a confirmé Mme Pellens.


France : Sectes

Comment reconnaître une secte?

Doctissimo, 12 avril 2008 par Catherine Maillard

[Texte intégral]

Il n'est pas toujours facile de faire la distinction entre une secte, un groupe de thérapie, de méditation ou de développement personnel. Il existe pourtant certains critères qui ne trompent pas. Le point avec Jean-Pierre Jougla, juriste et membre d'une association de défense des victimes de sectes.

Le renouveau spirituel, l'intérêt actuel pour les thérapies et les groupes de paroles peuvent entraîner certaines dérives. Dans la quête du mieux être et de la paix intérieure, des individus, peut-être plus fragiles que d'autres, se jettent dans les filets des sectes. Et ce n'est pas si simple de faire le tri. Tout d'abord, une secte, qu'est-ce que c'est ? Ce mot est issu du latin "sequi", qui veut dire suivre, et secare (couper). Appartenir à une secte, c'est donc à la fois suivre un enseignement, une personne, et se couper de son environnement. A partir du XIXe  siècle, ce terme est employé de manière péjorative et signifie l'intolérance d'esprit, avec nombre de dangers potentiels. Certains critères ne trompent pas, Jean-Pierre Jougla, juriste et membre de l'Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l'Individu (Unadfi), les a regroupés en quatre grands thèmes.

Manipulation financière et sectes

Quand l'autonomie du gourou semble reposer en grande partie sur votre apport financier, Méfiance ! Dans une secte, la plupart du temps les tarifs sont exorbitants et dépassent largement la valeur de l'enseignement, ou d'un week-end de thérapie. La participation n'est pas libre, mais imposée et les montants sont disproportionnés. Certains vont même jusqu'à s'endetter. Vous pouvez aussi être amené à participer à l'achat de différents biens pour le gourou. Mais où va réellement cet argent ? En cas d'excès, Jean-Pierre Jougla propose de vérifier la transparence dans la tenue des comptes. Il y a une différence entre participer à la réparation du toit du lieu d'accueil à la campagne, et payer les vacances du gourou...

Manipulation sexuelle et secte

Sous couvert de soins énergétiques, les gourous ont l'habitude d'imposer des pratiques sexuelles. Ils peuvent soit vous choisir un partenaire ou bien exiger un rapport, pour selon eux "réveiller les chakras" ou encore "faire monter la Kundalini (une des énergies du yoga)". Les pratiques manuelles sont également fréquentes et le plus souvent déviantes. Par ailleurs, être choisi par le gourou est un très grand honneur, refuser ses avances est non seulement difficile et mais de plus mal vu par le groupe. "Toute proposition sexuelle doit éveiller votre méfiance, quelle qu'elle soit" assure Jean-Pierre Jougla. "Il s'agit tout simplement d'abus sexuels qui en aucuns cas ne participent à votre épanouissement".

Les pressions physiques et les sectes

Fatigue, jeûnes, réveils nocturnes... sont préconisés par le gourou. Au final, l'ensemble de ces pratiques visent à affaiblir physiquement les "adeptes" dont les capacités de résistance et de réaction sont alors amoindries. Dans certaines sectes, vous devez vous réveiller la nuit pour méditer, les repas sont plutôt frugaux quand ce ne sont pas des jeûnes, et il arrive même que vous participiez à un travail communautaire épuisant. "Bref pour asseoir son pouvoir, le gourou agit sur le physique, vous êtes ainsi plus malléable et apathique", conclut le spécialiste.

La perte des repères et les sectes

La manipulation mentale peut se poursuivre par une rupture avec l'environnement d'origine. Peu à peu, la secte occupe davantage de votre temps. En dehors des séances de groupe, vous avez des rendez-vous réguliers et obligatoires avec un autre "adepte".
Intellectuellement, vous adoptez la pensée du groupe, ses lectures et tous ses choix culturels.
Avec vos amis, vous parlez beaucoup de votre activité, d'ailleurs ils feraient bien d'essayer. Les sectes comportent des systèmes de parrainages, des soirées où vous devez amener un proche. "La manipulation peut aller jusqu'à la rupture avec le noyau familial" ajoute Jean-Pierre Jougla. La nouvelle famille, c'est le groupe !

En cas de doute, n'hésitez pas à en parler à une association pour ne pas tomber en de mauvaises mains.

Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l'Individu. (Unadfi)
130, rue de Clignancourt.

75018 Paris.
Tel : 01 44 92 35 92.
www.unadfi.org


France : Sectes

Les dérives sectaires : analyse du dispositif juridique

Témoignages, 12 avril 2008 par Sophie Périabe (Avec le rapport de la MIVILUDES, décembre 2007)

[Texte intégral] 

Le décret qui a institué la Mission Interministérielle de Vigilance et de LUtte contre les DErives Sectaires (MIVILUDES) fait obligation à son Président de présenter chaque année un rapport au Premier ministre.

Depuis la création de la Mission en décembre 2002, un cinquième rapport a été remis au Premier ministre en décembre dernier. Un des points forts des travaux synthétisés dans ces pages consiste en un rappel indispensable des règles juridiques en vigueur, tant pour ce qui concerne le cadrage de l'action des acteurs publics qui ne peut s'effectuer que dans le respect des principes constitutionnels et des lois, mais surtout en pleine transparence, qu'en ce qui touche à l'attente des citoyens face au service public de la justice, en charge de la défense des droits et libertés de chacun.

DEPUIS bientôt 25 ans, l'État français a fortement affirmé sa volonté de protéger les victimes des comportements dérivants des mouvements sectaires.
Cette réponse de l'État s'est construite peu à peu à la suite des rapports parlementaires et de l'évolution de la forme des organismes de lutte mis en place par les Premiers ministres successifs.
Depuis le 28 novembre 2002, la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires, comme son intitulé l'indique, exerce à la fois une mission de vigilance, c'est-à-dire de prévention et de détection du risque sectaire, et une mission de lutte contre les dérives avérées.
Il n'y a pas en droit français de définition juridique de la secte, pas plus qu'il n'y a de définition de la religion. Cela résulte, pour partie, de ce que la France, en vertu du principe de laïcité, s'interdit de définir, de limiter le fait religieux et spirituel, évitant ainsi le risque de porter atteinte au principe absolu de la liberté de conscience.

L'Etat : acteur de la lutte contre les dérives sectaires

En France, plusieurs associations œuvrent en faveur des victimes et de leurs familles, mais les responsables politiques, législatifs et exécutifs confondus, ont estimé que l'État ne pouvait se soustraire à ses responsabilités et à ses devoirs en ce domaine.
C'est pourquoi, l'action des services de l'État pour lutter contre ces dérives sectaires multiformes est mise en place à plusieurs niveaux :

- L'action du responsable administratif consiste à mettre en œuvre les mesures de surveillance et de prévention adéquate.

- L'action de l'acteur social permet de déceler les dangers et de venir en aide aux victimes.

- La MIVILUDES, quant à elle, coordonne l'ensemble des moyens d'action des services de l'État aux plans départemental, régional et ministériel, informe le public et les fonctionnaires, analyse l'évolution du phénomène pour le compte du Premier ministre.

- Enfin, l'action du juge, gardien des libertés, va dans le sens de la protection contre toute sujétion physique ou psychologique et elle s'inscrit dans le sens du respect de la loi, auquel nul gouvernement, nul citoyen ne doit se soustraire.

Pas de loi “anti-secte” dans la législation française...

Il n'y a pas en France de législation “anti-secte”, mais des textes de droit pouvant s'appliquer aux dérives sectaires.
Compte tenu de leur mode d'organisation ou de financement, de l'activité économique qu'ils mettent en place ou du mode de vie qu'ils revendiquent, certains mouvements à caractère sectaire développent des formes particulières de délinquance.
Il est absolument essentiel de se référer à la doctrine du mouvement, car elle contient de manière quasi systématique l'idéologie qui préconise ou aboutit à la violation de la loi.
Les infractions les plus fréquemment relevées, sans que cette énumération soit exhaustive, car l'imagination des gourous est sans limites, sont les suivantes :
• Les groupements à prétentions thérapeutiques ou guérisseuses s'exposent à commettre des infractions au code de la santé publique, notamment au titre de l'exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie, et dans les cas les plus graves, cela peut aller jusqu'à l'homicide involontaire.
• Les atteintes aux biens, les faits d'escroquerie ou d'abus de confiance, les tromperies sur les qualités substantielles ou les publicités mensongères sont régulièrement signalés dans certains mouvements proposant des prestations de développement personnel ou d'amélioration sensible et rapide des potentialités de leurs clients ou de leurs membres.
• Les atteintes aux personnes, les violences physiques, les abus sexuels, la non-assistance à personne en péril et les privations de soins ou d'aliments au préjudice de mineurs, sont constatés, le plus souvent, au sein de communautés repliées sur elles-mêmes et résolument coupées du monde extérieur.

... ni dans la législation européenne

La Cour Européenne des Droits de l'Homme a un grand souci de protéger la liberté de conscience et de religion, et le pluralisme religieux qui en est la conséquence. Elle prend donc soin de ne pas différencier les “sectes” des “religions” dites traditionnelles.
Toutefois, elle n'a jamais eu à statuer sur des griefs de personnes se prétendant victimes d'agissements de sectes. Les requêtes jugées émanaient d'adeptes actifs de mouvements qui revendiquent la liberté de conscience et de religion. Il est possible qu'à l'avenir, les victimes des mouvements sectaires la saisissent à leur tour et que l'exploitation faite des décisions de la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) par les organisations sectaires ne soit plus aussi facile pour elles.
La CEDH, depuis quelques années, a rendu plusieurs arrêts dans cette matière. Selon Jean-Paul Costa, Président de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, « autant il faudra que la Cour continue de protéger efficacement la liberté de conscience et le pluralisme religieux, autant il lui faudra certainement se pencher sur les abus commis au nom de la religion (au sens le plus noble du terme), ou de pseudo religions qui ne revêtent le manteau religieux que pour déployer plus tranquillement des activités nocives, voire abominables. De même que la liberté d'association ne doit pas servir à protéger les associations de malfaiteurs, de même la liberté religieuse ne doit pas assurer l'impunité aux coupables d'agissements délictueux ou criminels menés au nom de cette liberté ».


Le droit de la famille

L'appartenance à un mouvement sectaire ne saurait à elle seule constituer une cause de divorce (Cour d'Appel de Dijon, 2 septembre 1997).
C'est seulement quand le comportement d'un époux perturbe gravement la vie du couple que le juge aux Affaires familiales peut estimer que celui-ci constitue une faute rendant intolérable le maintien de la vie commune, et prononcer le divorce sur ce fondement (Cour d'Appel de Nancy, 2 février 1996 ; Cour d'Appel de Montpellier, 7 novembre 1994).
En cas de séparation, lorsque les pratiques d'un parent présentent un risque sérieux de perturbation physique ou psychologique des enfants, le juge aux Affaires familiales peut décider de fixer la résidence habituelle chez l'autre parent et/ou de restreindre l'exercice du droit de visite et d'hébergement (Cour de Cassation, 2e civ. 1 juillet 2000 ; Cour d'Appel d'Aix-en-Provence 2004).
La Cour d'Appel de Grenoble a réaffirmé le principe de la liberté religieuse d'un père et de sa fille sous réserve d'une ouverture et d'une participation à la vie sociale.

L'enfance en danger

Le juge des enfants est saisi lorsque la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur sont en danger ou que les conditions de son éducation, de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises.
Au-delà des privations de soins et d'aliments ou des violences physiques ou sexuelles rencontrées dans certains groupes, le choix par des parents d'un mode de vie pour leurs enfants dans un “monde clos” où ils ne sont ni correctement scolarisés, ni sérieusement instruits est aussi de nature à justifier un signalement au Procureur de la République sur le fondement des articles 75 et suivants du Code civil, et l'engagement de poursuites par ce dernier.
Le rapport d'enquête parlementaire “L'enfance volée” clôturant la Commission parlementaire de 2006 a fait 50 propositions pour protéger les enfants, cibles particulièrement vulnérables des dérives sectaires.

La sphère du travail

Les parlementaires, dans leur rapport de 1999 intitulé “Les sectes et l'argent”, ont rappelé que l'enrichissement étant un des principaux objectifs des mouvements sectaires (avec le pouvoir), ces derniers se sont efforcés d'infiltrer les entreprises car ils peuvent en attendre trois avantages :

-  attirer les fonds, au premier rang desquels ceux de la formation professionnelle, dont le financement est très important et encore insuffisamment contrôlé,

-  retirer une certaine notoriété,

-  développer leur prosélytisme,

-  utiliser leur infiltration comme support de pénétration d'autres structures.

La forte soumission et la dépendance au responsable ou au gourou peuvent conduire des membres du mouvement à travailler dans des conditions sanctionnées par la loi au titre du travail dissimulé.
Il a été jugé également que des salariés pouvaient légitimement refuser de participer à une action de formation décidée par leur employeur quand les méthodes utilisées au cours de cette formation se rapprochaient de celles d'un organisme signalé comme étant de caractère sectaire (Cour d'Appel de Versailles, 22 mars 2001).


France : Sectes

Dérives sanitaires, sectaires et thérapeutiques

La Gazette Santé Social, 13 avril 2008

[Texte intégral]

Entretien d'Hélène Delmotte avec Jean-Michel Roulet, président de la MIVILUDES

La mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a remis le 2 avril son rapport annuel au Premier ministre. La santé, un champ très prisé par les mouvements sectaires, fait l'objet de nombreuses mises en garde.

- Pourquoi la santé occupe-t-elle une telle place dans le rapport 2007 ?
- Nos concitoyens sont extrêmement sensibles à leur santé et la définition qu'ils en donnent va bien au-delà du soin et du traitement des pathologies pour englober le bien-être. Ils peuvent donc être tentés par des prestataires de service, des gourous, qui vont insister sur le fait qu'il est impossible d'être bien dans son corps sans traiter les maladies de l'âme. Lorsque nous mettons en cause certaines pratiques, leurs adeptes invoquent la clause de conscience nous reprochant de reconnaître la seule médecine allopathique. Comme dans le domaine de la liberté de croyance, certains essaient de nous entraîner sur un terrain qui n'est pas le nôtre. Dans le domaine de la santé, il ne s'agit pas de dénoncer des excès thérapeutiques mais bien des dérives sectaires. Les thérapeutes contre lesquels nous mettons en garde sont ceux qui vont exercer une emprise sur leurs patients, les amener à abandonner leur traitement, et progressivement les éloigner de leur médecin généraliste et de leur milieu familial. Le plus souvent, ces comportements s'accompagneront d'exigences financières considérables avec dans certains cas des abus sexuels. A Lisieux, une gourelle formait des couples et imposait des relations sexuelles. Les victimes ont obéi parce qu'elles avaient progressivement perdu leur esprit critique. Le violeur ne voulait pas forcément en arriver à une telle extrémité. Dans ce type d'affaire, la victime peut être victime et bourreau. Le seul responsable est le gourou.

- Vous abordez également la technique des « Faux souvenirs induits ». Est-ce un phénomène nouveau ?
- C'est effectivement la première fois que nous développons cette question bien connue aux Etats-Unis depuis vingt ans. Cette technique, actuellement en plein développement dans notre pays, est dévastatrice. Le thérapeute ou prétendu tel va en effet insinuer un inceste dans l'esprit d'une personne. Par la persuasion de l'emprise, la victime fragilisée va le croire et ce faux souvenir va faire son chemin. L'idée de rechercher dans le passé des explications au présent n'est pas nouvelle mais la technique des faux souvenirs induits est très perverse car elle touche à ce qu'il y a de plus tabou et de plus honteux dans notre société. La personne qui va se croire victime d'inceste va évidemment s'éloigner de sa famille, dont chacun des membres sera accusé d'être ou responsable ou complice. Tous les cas que nous avons suivis ont entraîné une destruction de la famille.

- Dans le même ordre d'idées, où en est le décret sur la compétence des psychothérapeutes ?
- Il y a eu plusieurs étapes à l'époque où Xavier Bertrand était ministre de la Santé. Le gouvernement avait clairement affiché une volonté de concertation. Mais le Ministère s'est vite retrouvé confronté aux intérêts contradictoires de deux catégories de thérapeutes : les diplômés de l'université titulaires de diplômes récents et les praticiens autoproclamés depuis plusieurs années qui demandaient l'application la clause du grand-père selon laquelle cinq ans d'expérience valident un titre professionnel. Or la durée d'exercice n'est pas un critère suffisant. Il faut prendre en considération les diplômes antérieurs et les compétences professionnelles. Une formation a été proposée dont les propositions de durée ont varié considérablement de part et d'autre. Ce décret n'est finalement pas sorti sous une forme qui aurait pu être néfaste. Le Président Accoyer, à l'origine de l'amendement demandant de meilleures garanties pour l'exercice de psychothérapies et actuel Président de l'Assemblée nationale, possède aujourd'hui davantage de pouvoir pour imposer son point de vue aux membres du gouvernement. La sortie de ce décret devrait être une affaire de semaines.

- De longs développements sont également consacrés dans le rapport 2007 aux stupéfiants…
- Nous évoquons ce sujet depuis trois ans. Nous avons obtenu le classement au tableau C des stupéfiants de l'ayahuasca, une plante possédant un risque létal réel et de l'Iboga, un produit hallucinogène qui peut avoir un rôle déstructurant pouvant conduire au suicide. Depuis, les chamans utilisent le Datura qu'il n'est pas nécessaire d'importer. Il s'agit d'une mauvaise herbe qui pousse dans nos contrées or ce produit est également extrêmement dangereux et ses principes actifs ne possèdent aucune qualité thérapeutique.

- Le rapport présente également un état d'avancement des propositions du rapport d'enquête parlementaire « L'enfance volée : les mineurs victimes de sectes » de décembre 2006. Quelles conclusions tirez-vous ?  
- Rappelons que ce rapport clôturait les travaux de la 3ème Commission d'enquête parlementaire sur les dérives sectaires, présidée par M. Georges Fenech et dont le rapporteur était M. Philippe Vuilque. Un an après, il est apparu utile de faire le point sur la mise en œuvre de leurs recommandations. Il reste encore beaucoup de travail, en matière de renforcement des contrôles scolaires ou d'accès des grands-parents à la justice. Suite à mon audition par cette Commission, j'ai été poursuivi, comme d'autres responsables d'associations ou familles de victimes, par les mouvements que j'ai dénoncés. C'est une instrumentalisation de la justice qui permet à ces organisations d'écrire sur leur site que je suis mis en examen… Début avril, l'Assemblée nationale examinera en première lecture une proposition de loi sur la protection des personnes qui témoignent devant la commission d'enquête parlementaire à l'initiative de M. Bernard Accoyer.

- A propos de justice, de nombreux arrêts ne servent-ils pas de « caution » à certains mouvements sectaires ?
- La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) n'a pour le moment pas été saisie par les victimes. Par ailleurs, la justice ne peut qu'appliquer les textes et pour cela, elle doit réunir un élément légal, un élément moral et un élément matériel. Il lui faut des faits avérés pour qu'il y ait des poursuites. Mais s'arrêter au principe qu'il n'y a pas de victime parce qu'il n'existe pas de condamnation est aussi erroné que de dire que les mouvements qui ne troublent pas l'ordre public ne sont pas des sectes, car les plus grands mouvements se gardent bien de se manifester publiquement. Enfin, n'oublions pas que les organisations sectaires qui ont à la fois beaucoup d'argent et de temps vont systématiquement devant les juridictions nationales et internationales et qu'elles interprètent ensuite les arrêts selon des méthodes parfois discutables ! La Scientologie prétend par exemple qu'un arrêt de la CEDH a obligé la Russie à la reconnaître comme une religion alors que l'arrêt reproche plus modestement à la ville de Moscou – qui n'est pas la Russie - de ne pas avoir traité les demandes de la Scientologie aussi équitablement que celles d'autres associations en termes de pièces à fournir et de délais…

- La Miviludes tire également la sonnette d'alarme concernant le satanisme. Comment expliquer la progression de ce phénomène qui met les adolescents en danger ?
- C'est un problème que nous évoquons depuis deux ans. Nous avons d'ailleurs édité un guide à l'usage des éducateurs et des familles. Il s'agit d'un phénomène en pleine évolution, pas forcément parce qu'il y a davantage d'adeptes mais parce que nous avons donné aux services les moyens d'identifier les actions sataniques. Un cimetière profané ne relève pas forcément ou uniquement de l'antisémitisme. Le nombre de faits constatés a quasiment triplé passant en deux ans de 30 à 92, ce qui signifie qu'il se commet en France un acte satanique un jour sur trois. Les sites Internet sur le satanisme sont fréquemment consultés par des adolescents qui s'inscrivent ensuite dans une démarche initiatique. Ils peuvent passer progressivement du satanisme dit romantique au satanisme militant prosélyte et actif et rejoindre des groupes organisés. Certains finissent par voler un crâne dans un cimetière. Or nul ne se remet jamais d'une telle expérience.

- Olivier Bobineau, membre du groupe « Sociétés religions et laïcités » prétend que le satanisme est « un non problème » qui « ne représente aucun danger » (Le Monde, 18 mars 2008) ? Que lui répondez-vous ? 
Je me suis trouvé dans l'obligation de mettre fin à la collaboration d'Olivier Bobineau qui travaillait à la Miviludes. Je ne m'attendais pas à ce qu'il nous félicite…

- Pour reprendre le qualificatif de « non problème », que pensez-vous de la polémique soulevée par la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie et de la directrice de cabinet du président de la République, Emmanuelle Mignon début 2008 (voir newsletter GSS des 11 et 25 février 2008) ?
- Ce type de polémique est contreproductif à l'action de l'Etat, il peine inutilement les victimes et donne l'occasion aux mouvements sectaires de redresser la tête. Il n'est pas raisonnable pour un ministre de critiquer un fonctionnaire d'Etat qui est  sous l'autorité du Premier Ministre. Ce qui a fait la force de notre engagement dans la lutte contre les dérives sectaires, c'est le consensus qui s'est dégagé sur les plans politique et administratif. Donner l'impression d'une faille, c'est renforcer les mouvements sectaires… A l'occasion du dernier changement de gouvernement, des lobbystes ont fait le siège des  nouvelles équipes. Il ne faut donc pas êt