Actualités sur les sectes en décembre 2006

Soins Psy Pour vivre heureux, vivons coatchés
Eglise internationale du Christ Nathalie Gettliffe 2 ans de prison requis
Sectes Pékin fait exécuter trois membres d'une secte meurtrière
Eglise internationale du Christ Grant accuse son ex-femme d'avoir empoisonné sa relation avec ses enfants
Eglise internationale du Christ Nathalie Gettliffe a été condamnée à seize mois de prison pour avoir enlevé ses deux enfants
Tabitha's Place Des adeptes de la secte Tabitha's Place racontent six ans reclus
Eglise internationale du Christ Pascal Clément prêt à appuyer Gettliff
Eglise internationale du Christ Affaire Gettliffe : l'avenir des enfants a pesé lourd
Eglise internationale du Christ Fin du feuilleton Nathalie Gettliffe
Religions Faire vivre ensemble les différentes familles du protestantisme
Religions L'archevêque Milingo compte ordonner des prêtres mariés
Sectes Rapport sur les sectes : Vanneste ne votera pas le texte
Témoins de Jéhovah Les urgences médicales chez les enfants de familles Témoins de Jéhovah
Laïcité Rapport Machelon: la FPF (protestants) fait part de ses remarques à Sarkozy
Ostad Elahi Plainte pour faux et usage d'une note des RG
Sectes La commission parlementaire sur les sectes présente son 3e rapport mardi
Sectes La vie cachée des enfants des sectes
Sectes Les enfants sont des proies de plus en plus faciles pour les sectes
Sectes Rapport de la Commission parlementaire : Communiqué de l'UNADFI
Soins Psy et Sectes Assemblée Nationale - question/réponse Georges Fenech Psychothérapeutes
Sectes Assemblée Nationale - Question - Mme Paulette Guinchard - Rapports d'inspection écoles Steiner
Sectes S'adapter à une existence normale exige une véritable rééducation
Sectes Entre 50 000 et 80 000 mineurs sous influence sectaire
Témoins de Jéhovah La polémique sur le statut des Témoins de Jéhovah est relancée
Sectes Les élus au secours des mineurs
OTS (Ordre du Temple Solaire) Procès en appel : Michel Tabachnik définitivement relaxé
Sectes Rapport sur les sectes: réaction du CPDH
Sectes Rapport sur les sectes: réactions diverses
Sectes Sectes et maltraitances : enfants en danger
Témoins de Jéhovah Le redressement fiscal des Témoins de Jéhovah devrait se régler à l'amiable
Eglise Internationale du Christ Nathalie Gettliffe est arrivée en France
Sectes Rudy Salles : "L'Etat est sourd face au problème des sectes"
OTS Communiqué de presse de Jean-Pierre Brard
Eglise internationale du Christ (*) 29/12/2006 Le gourou vieillissant, Kip Mc Kean fait une tentative de retour. ( PDF)

(*) Articles et documents qui, compte tenu de leur taille, ne sont pas ci-dessous, mais sur une page particulière ou sur le Web


France : Soins Psy

Pour vivre heureux, vivons "coatchés"

La Croix, 1er décembre 2006 par Jean-Luc Ferré

[Texte intégral]

«Optimiser» les qualités des salariés, ou favoriser le mieux-être... Le marché du coaching est en plein essor. Comment contrôler et réguler l'afflux de ces professionnels dans un domaine où le meilleur côtoie souvent le pire ?

En ce temps-là, on employait des mots simples. Sur les pelouses, dans les gymnases, on écoutait « l'entraîneur ». Entraîneur : le terme n'était pas encore désuet. Puis arriva l'équipe de France de football. Les Bleus nous expliquèrent qu'ils essayaient d'appliquer au mieux « les consignes du coach ». Il s'appelait Aimé Jacquet, le « coach ». Il avait l'accent de chez lui et le bon sens de chez nous. Il allait porter ses troupes sur le toit du monde footballistique et, sans le vouloir, populariser un terme anglais qui sans doute sonnait plus moderne et plus efficace que le traditionnel « entraîneur ».

Le mot, certes, ne débarquait pas tout soudain dans l'Hexagone. Dans le monde sportif, le « coach », on lui obéissait depuis les années 1980, mais surtout sur les courts de tennis et on utilisait le terme avec parcimonie. Mais Aimé, c'était autre chose . Le coach qui transcende, qui réveille le meilleur de chacun, psychologue et stratège. Le coach de rêve...

Troquons les crampons pour les mocassins, et nous voilà dans le monde de l'entreprise. Après tout, le but est le même : gagner.
Pourquoi ne pas coacher les équipes dans les bureaux ? Alors que la puissance du coach sportif éclatait aux yeux du grand public, le coach professionnel asseyait déjà son savoir, importé des expériences anglo-saxonnes, dans les fauteuils de direction.

Association pionnière en la matière : la Société française de coaching est née en 1996 (lire les repères ci-contre).

2 500 et 3 500 coachs en activité

Dix ans plus tard, le coaching n'est plus seulement sportif ou professionnel. Il diffuse partout, veut dégripper tous les rouages de la société du « mieux-être ». Il accompagne à tout âge, aide à tous les étages du « développement personnel ». La France compterait, selon les estimations, entre 2 500 et 3 500 coachs en activité. Impossible de sortir une statistique plus précise, car tout le monde peut s'improviser dans ce métier. Avec au mieux un diplôme délivré par des sociétés de formation professionnelle du secteur, qui adoubent leurs pairs sans véritable reconnaissance officielle.

« Coacher » n'est pourtant pas neutre. François Délivré, un des plus influents et réputés professionnels du secteur, le soulignait déjà (en octobre 1999) dans un article publié par la revue des anciens élèves de l'école polytechnique, en listant « trois méfiances » habituelles vis-à-vis de son activité : « La première est que le coach se transforme en "gourou" : cette crainte
correspond à un risque réel, surtout dans la période actuelle où le coaching a tendance à se développer de façon sauvage (...). La seconde est que l'intervention provoque des dégâts psychologiques : la crainte est fondée, car la relation subtile qui s'établit lors du coaching entraîne fatalement un effet de transfert (...). La troisième est que le coaching ne devienne une thérapie déguisée (...) : la crainte est, là encore, fondée »...

Le coaching ne devrait donc se pratiquer qu'avec force règles et précautions. Face aux dérives constatées, Internet révélant à cetégard une jungle aussi luxuriante qu'inquiétante, la profession cherche de fait à se structurer. Et les quatre associations qui quadrillent le secteur affichent désormais un maître mot en vitrine : déontologie. Chacune sort sa « charte » ou son « code »,
tente parfois de faire le ménage en famille.

"Donner des repères"

Au début de l'automne, la Société française de coaching (SFC) est ainsi passée de 700 à 200 membres, modifiant ses procédures de titularisation et d'accréditation : « Pour éviter que certains viennent chercher chez nous une légitimité sans fournir de garanties vérifiables, explique Françoise Grand-Bois, une des responsables de la SFC. Nous essayons d'une part de trier,
poursuit-elle, d'autre part d'informer au mieux pour donner des repères et une meilleure connaissance de notre profession. Car si le charlatanisme de certains est dénoncé depuis quelques années, les choses ne s'arrangent malheureusement pas. »

Faut-il légiférer, dès lors, pour encadrer une activité de plus en plus diverse et floue ? Les professionnels s'interrogent, même si la plupart – et notamment les tenants du coaching d'entreprise, qui jugent leur spécialité plus « mature » que les autres pratiques – militent plutôt pour une labellisation qu'établiraient les associations. « Pour aboutir à une réglementation adaptée, les différents ministères qui pourraient se sentir concernés me semblent d'autant moins bien placés qu'ils ignorent tout de notre travail et que les pouvoirs publics ne nous consultent absolument jamais », commente Dominique Jaillon, le président de la SFC.

L'autorégulation revendiquée apparaît pourtant bien difficile. Elle est d'ailleurs loin de convaincre Guy Rouquet, président de l'association Psychothérapie Vigilance, fondée (en 2001) en réaction au vide juridique qui présidait à l'exercice de la psychothérapie (lire page 4). « Le parallèle est éclairant, jure Guy Rouquet. Pendant vingt-cinq ans, les psychothérapeutes se sont rassemblés au sein d'associations, de syndicats, de fédérations, cherchant à réguler leurs affaires. On sait aujourd'hui les graves dérives existantes au final.

"Les dérives psycho-sectaires ne sont pas du domaine du fantasme"

Depuis la loi de 2004, dont nous attendons bientôt les décrets d'application, nombre de psychothérapeutes se reconvertissent dans le coaching. Si l'État ne prend pas de mesures, nous serons face à de réels problèmes dans dix ans. Les dérives psycho-sectaires, notamment dans les entreprises et à travers le coaching, ne sont pas du domaine du fantasme. Je ne condamne pas la profession dans son ensemble, mais je crois qu'une législation s'impose. »

C'est là une nuance dont ne s'embarrassent pas le psychanalyste Roland Gori et le philosophe Pierre Le Coz dans leur récente charge contre la profession. Celle-ci est rejetée en bloc dans leur essai L'Empire des coachs (lire l'entretien page 4) pour le « contrôle social » qu'elle exercerait. « Il s'agit d'un pamphlet excessif, qui témoigne une nouvelle fois de la méconnaissance de notre travail, se défend Dominique Jaillon. La théorie du complot, le thème du pouvoir souterrain intéresse toujours plus que ce qui marche et qui suscite chez les « coachés » des réactions très favorables. »

Légiférer ou laisser faire le marché ?

Coup de sang encore plus vif chez Marc Traverson, ancien journaliste et président de l'association des coachs du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) : « Le fantasme de gens totalement infantiles qui se livreraient à des coachs tout puissants est absurde. Je préfère ne pas prendre le client pour un idiot, et être doublement méfiant à l'égard des diverses tentatives d'encadrement de la profession. D'abord celle des associations fortes du secteur, dont l'intérêt est de verrouiller et de s'accaparer le marché. Ensuite celle de l'État, qui répond à une démarche sécuritaire partout à l'oeuvre désormais et devenue exaspérante. »

Légiférer ou laisser faire le marché ? Une certitude dans l'affaire : si tous les coachs, et parfois les plus sérieux, ne vivent pas exclusivement de leur pratique, les tarifs en cours ont de quoi susciter des vocations. Le prix moyen serait de 150 à 300 € la séance de deux heures, si l'on en croit la SFC... Mais l'on trouve de plus en plus de propositions oscillant entre 250 et 500 €. Or, comme la plupart des coachs préconisent de 10 à 20 séances pour atteindre l'efficacité, escompter la performance laisse au final un goût plutôt salé.


Canada : Eglise Internationale du Christ

Nathalie Gettliffe 2 ans de prison requis

Nouvel Obs, 1er décembre 2006

[Texte intégral]

Dans son réquisitoire, le parquet canadien a souligné que Nathalie Gettliffe, jugée pour l'enlèvement de ses deux enfants, semblait prête à récidiver.

L 'accusation a requis jeudi 30 novembre deux ans d'emprisonnement à l'encontre de Nathalie Gettliffe, cette Française accusée d'avoir enlevé ses enfants pour les ramener dans l'Hexagone.

Une éventuelle condamnation à deux ans de prison serait toutefois réduite de dix mois, pour prendre en compte le temps que la jeune femme a déjà passé derrière les barreaux.

La procureure Gail Dickson a également requis trois années de probation assorties de conditions, expliquant que Nathalie Gettliffe n'avait aucunement tenu compte des meilleurs intérêts de ses enfants, Maximilien, âgé de 12 ans, et sa soeur de 11 ans, Joséphine.

Prête à récidiver

Me Dickson a estimé que Nathalie Gettliffe semblait prête à récidiver. Elle a fait état d'une entrevue accordée par Nathalie Gettliffe à la télévision française, diffusée le 6 novembre et dans laquelle on lui demandait si elle serait prête à recommencer.
"Compte tenu des circonstances, oui, oui, c'est certain (...), aurait répondu Nathalie Gettliffe. J'avais le choix entre fuir et mourir."

Elle lui reproche d'avoir créé l'émoi général en France en vilipendant son ex-mari et en affirmant que ce dernier appartenait à une secte religieuse.

La procureure a expliqué que Nathalie Gettliffe appartenait comme le père de ses enfants à l'église du Christ, et que ce n'est que plus tard qu'elle a qualifié le mouvement de "secte" dont les enfants devaient être protégés.
En début de mois, Nathalie Gettliffe a plaidé coupable de deux chefs d'inculpation pour enlèvement.

Refus de se plier aux ordres

Le procureure Gail Dickson a également reproché à la Française de d'avoir refusé à plusieurs reprises de se plier aux ordres du tribunal ou de respecter les avis d'experts. En juin 2002, un psychologue a conclu que Scott Grant était apte à avoir une relation avec ses enfants et qu'ils devraient rentrer au Canada. Nathalie Gettliffe avait refusé de se conformer à l'avis du tribunal français qui avait donné raison à Scott Grant.

Entre 2001 et 2006, a précisé Me Gail Dickson, Nathalie Gettliffe et Scott Grant n'ont eu que des contacts sporadiques. Scott Grant a pu rencontrer ses enfants à quatre reprises pendant cette période, mais trois de ces visites n'ont duré que quelques heures.

Nathalie Gettliffe est détenue au Canada depuis le 11 avril pour l'enlèvement de ses deux enfants.

Elle a donné naissance le 26 septembre à son troisième enfant Martin.

Arrêtée en avril alors qu'elle arrivait au Canada dans le cadre, selon elle, d'une médiation internationale avec son ex-mari, elle a toujours soutenu qu'elle avait ramené ses enfants en France en 2001 pour les soustraire à l'influence de leur père canadien, Scott Grant, un fidèle de l'Eglise internationale du Christ, considérée comme une secte en France mais pas au Canada.
(AP)


Chine : Sectes

Pékin fait exécuter trois membres d'une secte meurtrière

Le Figaro, 1er décembre 2006 par Jean-Jacques Mével - correspondant à Pékin

[Texte intégral]

Chine - Reconnu coupable du meurtre de vingt fidèles, Xu Shuangfu, fondateur d'un culte violent et messianique, vient d'être mis à mort avec deux de ses lieutenants.

À défaut d'accueillir le retour du messie, Xu Shuangfu a fini comme un martyr. Faux prophète mais vrai meneur et sans doute parfait criminel, le fondateur d'un des cultes clandestins les plus prospères de Chine vient d'être exécuté en compagnie de deux de ses lieutenants, d'après les familles et les avocats.

Xu, âgé d'une soixantaine d'années, avait été arrêté en 2005, puis condamné à mort, en juillet dernier, pour avoir trempé dans le meurtre de vingt fidèles passés à une congrégation rivale. Depuis, 21 membres de son église des « Trois degrés de serviteurs » ont été condamnés à la peine capitale. La sentence avait déjà été appliquée à une douzaine d'entre eux.

Mardi après-midi, la nouvelle de l'exécution du fondateur et de ses deux bras droits a été signifiée à l'épouse d'un des trois suppliciés, Li Maoxing. Le tribunal de Shuangyashan (Nord-Est) lui a demandé de venir chercher « le plus vite possible » les cendres de son mari.

Règlements de comptes

La responsabilité de la secte de Xu dans un sanglant règlement de comptes avec un autre culte messianique, « l'Illumination orientale », ne fait aucun doute. Les deux congrégations d'inspiration chrétienne, aujourd'hui interdites, se sont livré pendant des années une concurrence féroce faite d'enlèvements, de tortures et d'assassinats. « C'est une affaire criminelle et elle s'est conclue dans le respect de loi, expliquait hier Mme Jiang Yu, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Cela n'a rien à voir avec la religion. »

La sévérité de la justice à l'encontre du fondateur témoigne cependant de l'acharnement de l'État-parti contre toute expression religieuse qu'il ne contrôle pas, fût-elle guidée par des charlatans ou des tortionnaires. Pékin a voulu faire un exemple.

Entre les sessions de prière et les appels à donation, Xu Shuangfu s'attribuait des pouvoirs divins, y compris la connaissance d'un calendrier précis de l'Apocalypse. Sa grande rivale à la tête de l'Illumination orientale, une femme nommée Deng, prétendait être la réincarnation féminine du Messie.

Ce qui inquiète bien plus la dictature, c'est la génération spontanée de groupes clandestins, bien organisés et qui, par définition, échappent à son pouvoir. La pratique religieuse n'est pas interdite en Chine. Mais elle est à ce point enrégimentée que les catholiques et surtout les protestants préfèrent rejoindre en masse les congrégations souterraines, les églises « à domicile », la mouvance évangéliste, les sectes dissidentes, voire les faux messies, à l'image de Xu.

Le dilemme du pouvoir est aggravé par la soif de spiritualité qui s'empare de centaines de millions de Chinois. Face aux bouleversements de l'économie et au culte de l'argent, la religion est un refuge, notamment pour les paysans et les laissés-pour-compte. Sept ans après avoir eu la mauvaise surprise de voir 10 000 adeptes du mouvement mystique Falungong encercler à Pékin la nouvelle cité interdite de Zhongnanhai, le régime n'hésite jamais sur la répression.

Mais, pour lui, le vrai danger est peut-être moins le déferlement religieux que l'invocation de nouveaux martyrs.


Canada : Eglise Internationale du Christ

Grant accuse son ex-femme d'avoir empoisonné sa relation avec ses enfants

Corus nouvelles, 1er décembre 2006

[Texte intégral]

Vancouver (PC) - Nathalie Gettlife, qui a reconnu sa culpabilité à des accusations de kidnapping a pleuré et s'est dite désolée au cours au cours des plaidoiries sur sentence, vendredi.

"Je veux seulement m'excuser auprès des enfants et m'excuser auprès de (son ancien conjoint) Scott, a déclaré Gentliffe au tribunal. J'assume l'entière responsabilité de mes gestes."

Cette Française avait enlevé ses deux enfants, Maximilien et Joséphine, qui avait été confié à la garde de leur père, par un tribunal canadien. "Je veux quitter la prison le plus tôt possible pour entreprendre une meilleure relation avec mes enfants et leur père", a-t-elle ajouté.

Les représentations sur sentence ont pris fin, vendredi. La juge Marvyn Koenigsberg doit rendre sa décision lundi.

Plus tôt, l'ancien mari de Gettliffe, Scott Grant, avait expliqué au tribunal que les agissements de son ancienne femme avaient empoisonné sa relation avec ses enfants.

M. Grant livrait à la cour sa "déclaration de la victime". Il a affirmé que ses enfants sont en colère et méfiants, avant d'ajouter qu'il y a cinq ans, avant que Maximilien et Joséphine ne soient kidnappés et amenés en France par Gettliffe, il avait avec eux une relation étroite et aimante.

Il a dit avoir fréquemment rêvé d'une réunion pendant laquelle ils se précipiteraient dans ses bras. Ils ont plutôt eu besoin d'un interprète, puisque les enfants ne parlaient plus anglais.

"Quand je les ai retrouvés, j'ai été accueilli avec de la colère et des questions comme 'pourquoi as-tu mis maman en prison, pourquoi est-ce que tu nous détestes, pourquoi est-ce que tu appartiens à une secte"', a-t-il déclaré.

Son avocate, Gail Dickson, a pour sa part expliqué au tribunal que Gettliffe a grandement compliqué les choses en adoptant le rôle de la victime et en faisant de son ancien mari une brute.

Gettliffe a déjà reconnu sa culpabilité à des accusations d'enlèvement. Me Dickson a demandé au tribunal une peine de deux ans d'emprisonnement en plus de deux années de probation.

La juge Marvyn Koenigsberg a expliqué à l'avocat de Gettliffe, Richard Fowler, qu'elle aura beaucoup de difficulté à déterminer la sentence de sa cliente.

"Elle (Gettliffe) ne semble pas réaliser le tort qu'elle a causé à ces enfants, a-t-elle dit. Le plus grand tort ne sont pas ces cinq années qu'ils ont passés en France. C'est qu'ils détestent leur père."

Pour sa part, Me Fowler a déclaré que "ultimement, cela aura un impact sur Nathalie Gettliffe quand ils (les enfants) apprendront la vérité".

M. Grant affirme avoir dépensé 500 000 $ pour récupérer la garde de ses enfants. Il affirme que sa relation avec eux s'améliore lentement. L'anniversaire de Max est à la fin décembre, mais l'enfant craignait que ses amis ne puissent assister à sa fête pendant les vacances de Noël.

"Nous avons donc organisé une fête d'anniversaire anticipée", a-t-il dit, avant de préciser que son fils a été surpris quand il lui a offert un cadeau.

"Je lui ai dit 'Eh bien, j'ai raté plusieurs de tes anniversaires", a expliqué M. Grant, sa voix étreinte par l'émotion.


Canada : Eglise Internationale du Christ

Nathalie Gettliffe a été condamnée à seize mois de prison pour avoir enlevé ses deux enfants

AFP, 4 décembre 2006

[Texte intégral]

La Française Nathalie Gettliffe a été condamnée, lundi 4 décembre, par une juge de Vancouver, à une peine de seize mois de prison et à trois ans de mise à l'épreuve pour l'enlèvement des deux enfants nés de son mariage avec le Canadien Scott Grant. La magistrate, Marvyn Koenigsberg, l'ayant créditée de dix mois pour le temps qu'elle a déjà passé en prison, il lui reste six mois à purger.
Cette mère de 35 ans, qui a la double nationalité franco-canadienne, avait été arrêtée en avril 2006 à Vancouver (Ouest) à son retour au Canada. Elle avait quitté ce pays pour la France, en 2001, avec ses deux enfants nés de son mariage avec un Canadien, Scott Grant, en contravention d'une décision de justice, un délit passible de dix ans de prison. Enceinte de son quatrième enfant lors de son arrestation, elle avait plaidé coupable début novembre après que la justice canadienne eut refusé à deux reprises de la remettre en liberté sous caution.
Lors d'une audience, vendredi 1er décembre, l'accusation avait requis deux ans de prison, moins dix mois pour le temps déjà passé par la Française en prison, et trois ans de mise à l'épreuve. Son avocat, Me Richard Fowler, avait de son côté demandé que la peine n'excède pas seize à dix-huit mois, affirmant que le délit, même grave, n'était pas prémédité.


France : Tabitha's Place

Des adeptes de la secte Tabitha's Place racontent six ans reclus

Boursier.com, 5 décembre 2006

[Texte intégral]

PARIS (Reuters) - Deux anciens adeptes de la communauté biblique Tabitha's Place ont exposé mardi à l'Assemblée nationale leurs six années passées reclus dans un château des Pyrénées-Atlantiques, avec leurs enfants, éduqués en dehors du système scolaire et non suivis médicalement.

Devant la commission d'enquête parlementaire sur les sectes, le couple, Michel et Anne-Marie, a raconté les longues journées de travail au rythme des saisons, les repas frugaux, l'absence de médicaments, la surveillance constante et le "compte en banque qui se vide au fur et à mesure".

"Ils disaient que c'était la foi qui les animait, mais c'est une très bonne idée de business en se servant de la naïveté de gens comme moi", a expliqué le père, qui a pris la décision de rejoindre la communauté en décembre 1998. "Tout était très subtil, en douceur, avec des gens qui ont toujours le mot Dieu à la bouche".

Les parents ont surtout été interrogés sur la situation de leurs quatre enfants, dont la petite dernière est née au château de Sus-Navarrenx, dans les Pyrénées-Atlantiques, où Tabitha's Place est installée depuis le début des années 80.

La commission, dirigée par le député UMP du Rhône Georges Fenech, doit rendre le 19 décembre un rapport sur "l'influence des mouvements sectaires et les conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs".

Elle a réalisé pour cela une trentaine d'auditions, notamment d'anciens membres du Soka Gakkai, un mouvement bouddhiste prosélyte répertorié comme secte par plusieurs rapports parlementaires.

Le 21 novembre, des membres de la commission se sont rendus dans les Pyrénées-Atlantiques pour une visite surprise, découvrant 18 enfants en âge d'être scolarisés, ne connaissant ni internet, ni Zidane, ni Johnny Hallyday. Au total, la communauté compterait 120 membres, dont une soixantaine d'enfants mais les responsables de Tabitha's Place, également appelée "Ordre apostolique", n'ont pas fourni de chiffres exacts.

Ses membres ont eu plusieurs fois maille à partir avec la justice, notamment pour soustraction aux obligations légales des parents (refus de scolarisation et de vaccination). En 2001, un couple a été condamné à douze ans de réclusion criminelle pour avoir laissé mourir leur enfant de 19 mois. Il souffrait d'une malformation cardiaque et a été découvert en état de malnutrition avancée.

"Enfants purs, à l'image du crucifié"

"Le but de Tabitha's Place n'est pas de faire (des enfants) des citoyens mais des disciples de Yashuah", le nom hébreu de Jésus, a expliqué le père de famille, coordonnier-bottier avant d'être enrôlé. "Ils doivent être dans la soumission totale (...) des enfants purs, sans péché (...) des disciples à l'image du Crucifié".

On leur apprend notamment qu'ils "mourront avec joie" et à chaque "désobéissance", ils sont "corrigés" avec une baguette en osier.

Les membres de la commission ont voulu savoir pourquoi ils étaient restés si longtemps au détriment de l'éducation de leurs enfants, à qui des membres ont enseigné des rudiments de français et de mathématiques mais seulement l'histoire de l'Ancien Testament - "Cela a été très dur pour eux d'apprendre l'existence des hommes préhistoriques", a rapporté le père.

"On vivait comme si on était dans un pays étranger, on nous disait que la société autour était le mal personnifié, Satan etc... Vous n'avez pas envie de mettre vos enfants au monde dans les ténèbres", a avancé la mère de famille, qui a accouché sans assistance médicale, perdant deux litres de sang et mettant des mois à s'en remettre.

"Les croyances des uns et des autres, ce n'est pas notre problème. Notre problème c'est le problème citoyen et républicain que pose les enfants", a expliqué le rapporteur de la commission, le député PS des Ardennes, Philippe Vuilque, promettant une "réaction à la hauteur" dans le rapport à venir.

La commission envisage notamment de mieux encadrer, en accentuant les contrôles, la scolarisation à domicile, "qui ne doit pas être interdite parce qu'elle est vitale pour les enfants handicapés", a-t-il ajouté.

Les parents, qui étaient arrivés dans la communauté pour un "séjour de quatre jours", n'ont trouvé le courage de s'enfuir qu'à l'été 2004, rescolarisant leurs enfants en Bretagne.

Leur fils "parle parfois d'envie de vengeance", deux de leurs filles font des cauchemars où un avion militaire vient enlever tous les enfants sauf elles, un "comportement de bêtes traquées" que leur père attribue aux "litiges incessants avec l'inspection académique".


Pascal Clément prêt à appuyer Gettliffe

Nouvel Obs, 5 décembre 2006

[Texte intégral]

Pascal Clément se dit prêt à appuyer Nathalie Gettliffe auprès des autorités canadiennes, afin qu'elle purge ses six derniers mois de prison en France.

Le garde des Sceaux Pascal Clément est prêt à demander aux autorités canadiennes que la Française Nathalie Gettliffe purge le restant de sa peine en France si elle en fait la requête, a-t-on indiqué mardi 5 décembre à la Chancellerie.
La Française Nathalie Gettliffe, qui a reconnu avoir enlevé ses enfants au Canada pour les ramener en France afin de les extraire d'une secte, avait écopé, lundi, d'une peine de 16 mois d'emprisonnement - moins les 10 mois de détention provisoire qu'elle a déjà purgés.

La juge Marvyn Koenigsberg, de la Cour suprême de Colombie-Britannique, lui a également imposé une période de trois ans de mise à l'épreuve.

L'accusation avait requis deux ans d'emprisonnement à son encontre.

La ressortissante française âgée de 35 ans avait été appréhendée en avril dernier alors qu'elle était revenue à Vancouver pour défendre sa thèse à l'Université de Colombie-Britannique. Depuis, elle est détenue pour l'enlèvement en 2001 de ses enfants, Maximilien, et Joséphine, qui avaient été confiés à la garde de leur père par un tribunal canadien. 

"J'assume l'entière responsabilité de mes geste" 

Nathalie Gettliffe avait emmené les enfants avec elle en France, où ils ont vécu durant cinq ans. Maximilien et Joséphine ont été remis à leur père en juillet.

Au dernier jour de son procès à Vancouver, vendredi, Nathalie Gettliffe s'est déclaré désolée. "Je veux seulement m'excuser auprès des enfants et m'excuser auprès de (mon ancien conjoint) Scott", a-t-elle dit au tribunal. "J'assume l'entière responsabilité de mes gestes".

"Je veux quitter la prison le plus tôt possible pour entreprendre une meilleure relation avec mes enfants et leur père", a-t-elle ajouté après avoir reconnu le mois dernier sa culpabilité.

La juge Koenigsberg a à ce moment-là souligné que le plus grand tort que la jeune femme avait causé à ses enfants n'avait pas été de les emmener en France durant cinq ans, mais de leur faire détester leur père.

Appelé à faire une déclaration à titre de victime, l'ancien mari de Nathalie Gettliffe, Scott Grant, a de son côté expliqué au tribunal que les agissements et les mots de son ex-femme avaient empoisonné sa relation avec ses enfants. 

Membre de l'Eglise internationale du Christ 

Il a raconté que les deux enfants, avec qui il entretenait une relation chaleureuse avant l'enlèvement, étaient devenus complètement hostiles quand on les lui avait remis, lui demandant notamment pourquoi il avait envoyé leur mère en prison et pourquoi il avait été méchant avec elle.

Scott Grant est membre de l'Eglise internationale du Christ, considérée comme un mouvement sectaire en France, mais pas au Canada.

Lundi, il a estimé devant le tribunal qu'il s'agissait d'un triste jour pour sa famille. "Nathalie a besoin d'aide et sa famille a besoin d'aide", a-t-il estimé.

Maximilien et Joséphine seront autorisés à rendre visite à leur mère, qui a donné naissance à un autre enfant durant sa détention.

En France, le compagnon de Nathalie Gettliffe, Francis Gruzelle, a vivement condamné la sentence, s'en prenant aux autorités françaises et canadiennes, tout en déplorant la situation ainsi créée pour les quatre enfants de la Française. Il est le père de deux de ces enfants, dont le petit Martin, né en septembre alors que sa mère était incarcérée au Canada. 

"La France a baissé son pantalon" 

"La France a baissé son pantalon dans cette affaire. Si la France ne l'avait pas livrée (...) aux autorités canadiennes, elle ne serait pas en prison à l'heure qu'il est", a-t-il déclaré au micro de LCI.

"Six mois ça veut dire (...) qu'on martyrise quatre enfants, et pour les quatre enfants, le Père Noël canadien Harper est une ordure", a ajouté M. Gruzelle, faisant référence au Premier ministre canadien Stephen Harper.

De son côté, le député PS de l'Ardèche Pascal Terrasse a espéré lundi après l'annonce de la sentence, que les autorités canadiennes fassent un geste à l'occasion des fêtes de fin d'année et en a appelé à l'intervention de Jacques Chirac.

"Je trouve que la décision est très sévère", a-t-il dit à France Info. "Evidemment, il appartient aux autorités canadiennes judiciaires de défendre le droit canadien, mais dans le même temps, il y a une raison humanitaire supérieure dans ce contexte-là qui n'a pas été prise en compte". 

"Regardons l'avenir avec espérance" 

"J'ai été lourdement peiné d'apprendre ça, mais j'ai envie de dire: 'regardons avec espérance l'avenir'. On pourrait solliciter le président de la République française Jacques Chirac, qui lui-même pourrait solliciter son homologue canadien", a observé le député.

Et d'ajouter: "Je vais solliciter vraisemblablement l'ambassade du Canada" et "plaider l'idée selon laquelle elle pourrait bénéficier d'une forme d'extradition de manière à ce que, à l'occasion des fêtes de fin d'année (...), les autorités canadiennes, les autorités françaises trouvent la voie juste. On pourrait imaginer qu'elle puisse être incarcérée dans une prison de la région pour terminer les six mois qui lui restent à faire". AP


Affaire Gettliffe : l'avenir des enfants a pesé lourd

Le Figaro , 6 décembre 2006 par Anne-Charlotte de Langhe et delphine mallevoue

[Texte intégral]

Les Canadiens ont non seulement sanctionné l'enlèvement mais aussi le traumatisme que la Française a imposé à Joséphine et Maximilien.

Une sentence sévère mais pas scandaleuse. Telle est la réaction de nombreux spécialistes, au lendemain du verdict prononcé à l'encontre de la Française Nathalie Gettliffe, condamnée lundi à seize mois de prison et trois ans de mise à l'épreuve par la justice canadienne pour avoir soustrait deux de ses enfants à l'autorité de son ex-mari. Un geste qui avait conduit les autorités françaises à dépêcher des gendarmes cet été pour remettre les enfants à leur père.

Incarcérée en Colombie-Britannique depuis avril, la jeune femme s'est tout de même vue accorder un crédit de dix mois pour le temps déjà passé derrière les barreaux, ce qui lui laisse six mois à purger. Tout en admettant que la peine infligée est lourde, la juge Marvyn Koenigsberg a justifié sa décision par la gravité du délit qui a mené à la perte d'affection des enfants pour leur père, après leur départ forcé du Canada pour la France avec leur mère, en 2001. Selon la juge, qui estime que c'est l'une des affaires « les plus tragiques à laquelle [elle a] été confrontée », Nathalie Gettliffe a fait de ses enfants, aujourd'hui âgés de 11 et 12 ans, et de leur père des « victimes », leur causant des « dégâts incalculables et peut-être irrattrapables ». Ils en seront sans doute « marqués pour le reste de leur vie », a-t-elle insisté.

Alors que cette dimension psychologique a aggravé la peine de la Française devant une cour canadienne, elle aurait moins pesé devant une juridiction française. « Le Canada est très attaché à la notion d'intérêt supérieur de l'enfant, contrairement à la France où les gamins passent par pertes et profits », déplore Pascale Limarola, présidente de SOS Enlèvements internationaux d'enfants. Pour elle, les magistrats d'outre-Atlantique « sont beaucoup plus conscients des dégâts occasionnés sur le comportement et la vie affective de l'enfant ». Des propos qui exaspèrent Me Muriel Laroque, présidente de l'Association des avocats de la famille. « L'intérêt supérieur de l'enfant est une notion très subjective, c'est un vrai fourre-tout, assure-t-elle. Parfois, l'intérêt de l'enfant contredit même la loi .»

«Pas de recours à la force »

En France, le facteur susceptible d'alourdir la peine n'est pas tant la dimension affective ou psychologique mais « les conditions d'exécution du délit » quand elles sont assorties de violence. « C'est un élément décisif au moment du procès », confirme Me Jean-Pierre Cuny, spécialiste du droit de la famille.

Rodé à ce type d'affaires, l'avocat qualifie d'ailleurs la peine infligée à Nathalie Gettliffe de « particulièrement sévère, dans la mesure où elle n'a pas eu recours à la force ». « En France, ajoute-t-il, on n'a jamais vu une juridiction se comporter aussi durement ». Quand un parent enlève son enfant et l'emmène à l'étranger, « la peine prononcée par défaut se situe généralement aux alentours de douze mois ferme assortie d'un mandat d'arrêt », indique Me Jean-Pierre Cuny. À l'issue de sa comparution devant un tribunal, le parent mis en cause « voit toutefois sa peine transformée en simple sursis ».

Dans deux mois, Nathalie Gettliffe pourra faire une demande de libération conditionnelle et, peut-être, purger le reliquat de sa peine en France. Le père de Maximilien et Joséphine a indiqué qu'il exigerait la garde exclusive de ses enfants. Toutefois, si ces derniers le veulent un jour, a-t-il dit, « ils pourront retourner en France »


Fin du feuilleton Nathalie Gettliffe

La Presse, 6 décembre 2006 par Louis-Bernard Robitaille

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Après avoir fait une assez belle carrière médiatique en France au cours des huit derniers mois, le feuilleton Nathalie Gettliffe vient de connaître sa conclusion. La Franco-Canadienne de 35 ans, qui avait finalement plaidé coupable début novembre, a été condamnée lundi soir à 16 mois de prison et aurait donc encore six mois au maximum à purger.
En fait, elle pourrait, à brève échéance, purger la fin de sa peine dans une prison française, en vertu des accords existants entre la France et le Canada. Le ministre français de la Justice, Pascal Clément, a fait savoir hier qu'il appuierait la demande de transfert de Nathalie Gettliffe aux autorités canadiennes. Le sort de cette jeune mère de quatre enfants (dont le dernier est né en détention à Vancouver) a nourri depuis le mois d'avril dernier une campagne de presse abondante. Et contrastée.

Dans le « camp Gettliffe », on trouve plusieurs médias populaires nationaux la chaîne de télé TF1 ou l'influent quotidien Le Parisien qui se sont jetés sans réserve sur cette belle histoire d'une jeune femme enceinte de huit mois, en détention préventive au Canada pour avoir en 2001 « soustrait ses deux jeunes enfants à l'influence d'une secte ». On trouve aussi de nombreux élus locaux en Ardèche et en Rhône-Alpes, où vivaient Mme Gettliffe et son nouveau compagnon, Francis Gruzelle, un journaliste régional.

Dans le camp « adverse », des médias de référence comme Le Monde ou Le Nouvel Observateur, se montraient dès le départ plus circonspects. Ils rappelaient que l'argument de la secte n'avait été invoqué par Mme Gettliffe que longtemps après qu'elle eut quitté illégalement le Canada avec ses enfants. Que les tribunaux français jusqu'au niveau de la Cour de cassation avaient à trois reprises examiné cet argument de la secte et avaient entièrement donné tort à la jeune mère.

Vérités et contrevérités

Hier encore, Jean-Philippe Deniau, de France-Info, première radio nationale d'info continue, abondait dans ce sens : Mme Gettliffe, à qui les tribunaux français avaient toujours donné tort, avait trouvé le moyen de répéter jusqu'à la fin qu'elle ne
« regrettait rien ». Et pendant ce temps, Francis Gruzelle, père de ses deux derniers enfants, « publiait un communiqué par jour truffé de contrevérités et de diffamations ». Sans parler du livre qu'il a cosigné avec Nathalie et qui décrit « l'enfer des prisons canadiennes ».

Fait inusité, dans son numéro du 2 novembre dernier, L'Express publiait une page entière faisant état d'une vigoureuse mise au point de l'ambassadeur du Canada en France concernant notamment l'état du régime carcéral au Canada, avec à l'appui une photo du centre de détention de Mme Gettliffe, qui ressemble davantage à un camp de vacances en forêt qu'à une prison française.

De son côté, le même Francis Gruzelle commentait hier le verdict en ces termes : « Pour quatre enfants, dont deux bébés, ça veut dire que le père Noël canadien est une ordure Notre fils Martin (né en détention) est le plus jeune prisonnier politique du monde »
Pour des raisons qu'on imagine, les diplomates canadiens en France ne sont pas fâchés de voir arriver le mot FIN dans ce feuilleton.


France : Religions

Faire vivre ensemble les différentes familles du protestantisme

La Croix, 6 décembre 2006 par Elodie Maurot

[Texte intégral]

Denis Heller sera le nouveau secrétaire général de la fédération protestante

Ce pasteur de l'Église réformée de France prendra la responsabi­lité du secrétariat général de la Fédération protestante de France le 1er juillet 2007.

La Fédération protestante de France ( FPF) poursuit le renouvellement de ses instances dirigeantes. Le conseil de la Fédération vient de nommer Denis Heller comme nouveau secrétaire général. Ce pasteur de l'Église réformée de France ( ERF), âgé de 50 ans, prendra ses fonctions l'été prochain, pour cinq ans renouvelables. Chargé de la gestion du personnel, des questions administratives, des dossiers d'adhésion à la FPF et du suivi de la vie fédérative, il sera le proche collaborateur du futur président de la FPF – sauf surprise, le pasteur Claude Baty
– qui sera élu le 31 mars pour succéder à Jean- Arnold de Clermont.

Pasteur depuis 1984, marié et père de quatre enfants, Denis Heller a commencé une vie professionnelle comme conseiller forestier à l'Institut du développement en Normandie et à Paris. C'est au Tchad, jeune volontaire du service national ( VSN), qu'il découvre son « appel au ministère » , dans « un retour à l'essentiel et au sens de l'humain face à la pauvreté » . De retour en France, il effectue une année diaconale au sein de l'Armée du salut comme éducateur spécialisé, puis s'engage dans des études de théologie à la faculté d'Aix- en-Provence, puis de Montpellier.

Enraciné dans la famille réformée, Denis Heller a rencontré toute la diversité du protestantisme.
« Comme beaucoup de jeunes réformés de ma génération, j'ai participé à des camps bibliques évangéliques. Je me suis enrichi de la piété et de l'expression de la foi du monde évangélique. » Une expérience de dialogue qu'il a poursuivie comme pasteur, puis comme président de la région Est de l'ERF (1994-2001), en approfondissant les relations avec les communautés évangélique, mennonite et catholique. En 2000, à Nancy, il sera l'un des organisateurs de la célébration oecuménique de Pâques.

Depuis 2001, Denis Heller préside la commission des ministères de l'ERF, qui suit le discernement, la formation et les premiers pas des nouveaux pasteurs. Cette expérience d'écoute sera certainement utile au futur secrétaire général, qui souhaite faire vivre ensemble les différentes familles du protestantisme pour « qu'une interpellation mutuelle, un dialogue théologique soit rendu possible entre le protestantisme historique et le protestantisme de tendance évangélique, souligne­t- il. La Fédération doit consolider sa communion, fortifier les liens, même si elle n'est pas une super­Église. »


Etats-Unis : Religions

L'archevêque Milingo compte ordonner des prêtres mariés

AFP, 8 décembre 2006

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New York - L'ancien archevêque de Lusaka, Emmanuel Milango, excommunié fin septembre pour avoir ordonné quatre évêques mariés, a prévu de récidiver dimanche dans le New Jersey (est) en ordonnant de nouveau trois hommes d'églises ayant renoncé au célibat.

Le turbulent prélat africain, guérisseur exorciste et musicien à ses heures, marié à une adepte de la secte Moon, avait reçu la peine la plus sévère de l'Eglise, une excommunication automatique ("latae sententiae"), pour avoir ordonné en septembre à Washington quatre évêques mariés.

Ces ordinations sont illégales selon le droit canon. Dans l'Eglise catholique, les évêques sont nommés par le pape.

"Le célibat n'est pas un élément essentiel à la prêtrise", a affirmé récemment à l'AFP l'archevêque zambien, âgé de 76 ans, qui vit à Washington.

Selon lui, "dans le Nouveau Testament, Jésus n'a jamais imposé le célibat aux apôtres qui sont ensuite devenus prêtres". "La plupart étaient mariés", affirme-t-il.

La Curie romaine, le "gouvernement" de l'Eglise catholique, a réaffirmé en novembre l'importance du célibat pour les prêtres au cours d'une réunion exceptionnelle.

"La réunion a réaffirmé l'importance du choix du célibat des prêtres, selon la tradition catholique et a réitéré l'exigence d'une bonne formation humaniste et chrétienne, aussi bien pour les séminaristes que pour les prêtres déjà ordonnés", a indiqué un communiqué du Vatican publié à l'issue de cette réunion au sommet.

A la suite de son excommunication, Emmanuel Milingo avait écrit au pape pour lui demander que "les prêtres et les évêques mariés" soient progressivement "réintégrés" dans l'Eglise.

Il y affirmait également qu'une "nouvelle Eglise catholique" serait formée "avec ou sans votre bénédiction", laissant planer la menace d'un schisme.

"Nous avons presque 25.000 prêtres mariés aux Etats-Unis et 150.000 dans le monde qui ne sont pas appelés à servir dans cette Eglise médiévale qui impose le célibat", avait dit en septembre l'archevêque zambien quand il avait ordonné quatre évêques mariés.

Mgr Milingo a créé le mouvement "Married Priest Now" ("Prêtres mariés maintenant").

Dans le cadre de cette association, il défend l'idée que "les prêtres devraient se marier pour pouvoir donner un modèle de famille vertueuse dans la communauté religieuse et ainsi mieux communiquer avec les familles qu'ils servent".

Selon lui, "la vie de l'Eglise est en jeu" alors que "plus de 150.000 prêtres mariés" sont prêts à la servir. "Ils doivent être rappelés au sacerdoce immédiatement", estime-t-il.

Il a par ailleurs souligné que les prêtres mariés "ont constitué la norme pendant douze siècles" et que "39 papes se sont mariés" au cours des premiers siècles de la chrétienté.

La réunion des prêtres mariés organisée par Mgr Milingo débutera vendredi soir dans un grand hôtel de Parsippany (New Jersey) et se terminera dimanche avec l'ordination de trois prêtres mariés.

Les organisateurs espèrent rassembler au moins 200 prêtres mariés. "Nous espérons en réunir beaucoup plus", a même dit Peter Paul Brennan, l'un des quatre "évêques" ordonnés en septembre par Mgr Milingo.


France : Sectes

Rapport sur les sectes : Vanneste ne votera pas le texte

Chrétienté info, 9 décembre 2006 par Henri Védas

[Texte intégral]

Le député du Nord, contacté par Philippe Maxence, a annoncé qu'il ne voterait pas le rapport de la commission parlementaire "anti-sectes". Ce dernier sera présenté le 19 décembre prochain et tout indique qu'il remettra en cause la liberté des parents de scolariser leurs enfants à domicile

Le site de Ph. Maxence permet de télécharger l'excellente contribution (word) où Vanneste appelle à limiter le champ d'action anti-sectes aux "sectes nocives" plutôt que de l'étendre par des critères subjectifs tels que les "dérive sectaire".

Il poursuit :

Je m'inquiète, dans la partie "Education", de la première proposition relative à l'instruction à domicile : il me semble que "limiter l'instruction à domicile à deux familles" et exiger "un recours à l'enseignement à distance" constituent une intrusion dans l'autonomie de la famille et dans la vie privée.

Le député du Nord s'inquiète aussi, entre autres, de

... la proposition numéro 30, qui garantit l'assistance, dans un contentieux familial, d'un avocat pour le mineur dont les parents sont réputés adhérer à une organisation présentant un risque de dérive sectaire

Gare à vous demain si vous êtes "réputés" fréquenter un mouvement charismatique ou la messe en latin...

[.....]


Les urgences médicales chez les enfants de familles Témoins de Jéhovah

Pulsus, 11 décembre 2006

[Texte intégral]

"Paediatrics and Child Health" : Official Journal of the Canadian Paediatric Society - December 2006, Volume 11, Number 10 : 655-658

Les urgences médicales chez les enfants de familles orthodoxes Témoins de Jéhovah : Trois causes judiciaires récentes, des problèmes éthiques et des propositions de prise en charge

Trois causes judiciaires canadiennes récentes ont porté sur la transfusion projetée de sang à des adolescents de familles Témoins de Jéhovah (TJ). Dans chaque cas, le tribunal a autorisé les transfusions si elles s'imposaient d'un point de vue médical.

Une grande partie de l'analyse critique du traitement forcé d'adolescents compétents à prendre leurs décisions est exclusivement axée sur la compétence et sur les raisons pour lesquelles des mineurs matures ne peuvent pas décider eux-mêmes.

Les auteurs font valoir que la seule compétence de prise de décision constitue un point de vue trop restreint. Avant d'accorder ou de refuser légalement le consentement à un traitement médical, trois conditions doivent s'appliquer : la compétence, l'information pertinente et l'absence de coercition. Dans leur recherche d'une entente quant au traitement médical à administrer, les médecins, les patients et les membres de la famille TJ s'efforcent de parvenir à une entente mutuelle et à une coopération.

Souvent, ils y réussissent. Il est toutefois possible d'exercer une coercition par des mesures ou des menaces de fuite ou de reniement et d'excommunication, et ces facteurs peuvent influer sur la prise de décision de l'adolescent. Dans un tel contexte, l'ordonnance d'un tribunal autorisant le traitement médical peut donc être perçue comme une accentuation de la liberté du patient.

Les auteurs postulent qu'en plus de respecter leur obligation statutaire de déclarer un enfant qui a besoin de protection, les professionnels de la santé qui soignent les patients en soins aigus de familles TJ doivent évaluer activement si le patient possède l'information médicale exacte et s'il agit sans coercition. Les auteurs évaluent également des suggestions sur la manière d'affronter les complexités inhabituelles de ces cas.



France : Laïcité

Rapport Machelon: la FPF (protestants) fait part de ses remarques à Sarkozy

AFP, 11 décembre 2006

[Texte intégral]

La Fédération protestante de France (FPF) a exprimé lundi son désaccord à propos des propositions du rapport Machelon sur la possibilité d'un financement par les communes des lieux de culte, dans une lettre au ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.

La FPF a en revanche marqué son intérêt pour les recommandations concernant le droit de préemption des communes et souligne qu'elle "ne manquera pas le cas échéant de saisir les préfets, comme le préconise la commission", selon cette lettre de son président, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, citée par un communiqué.

Si M. de Clermont se réjouit de tout ce qui va dans le sens d'une simplification des conditions concernant l'affectation des lieux de culte, il exprime "le désaccord de la Fédération protestante concernant le financement des lieux de culte", ajoutant: "l'attachement au culte se manifeste aussi par la capacité à y consacrer des moyens financiers".

M. Sarkozy avait sollicité des remarques après la publication le 20 septembre du rapport de la commission présidée par le juriste Jean-Pierre Machelon.

Le rapport Machelon "est un très bon rapport donnant un état complet des questions qui se posent aux cultes dans leurs relations avec les pouvoirs publics", estime le pasteur de Clermont, se félicitant que "toutes les questions que la FPF avait posées aient été prises en compte et traitées avec attention", en particulier à propos des lieux de culte.

"Les Eglises évangéliques sont confrontées à la difficulté de se doter de lieux de culte conformes à leurs besoins et à leurs moyens. Il arrive que pour une même communauté, trois cultes soient nécessaires le même dimanche", souligne la FPF. "La commission a entendu les difficultés qu'elles rencontrent, dues à la méconnaissance et à la méfiance dont elles sont l'objet".


France : Ostad Elahi

Plainte pour faux et usage d'une note des RG

AFP, 15 décembre 2006

[Texte intégral]

Plainte pour faux et usage d'une note des RG présumée falsifiée Un chef d'entreprise a déposé plainte mardi au tribunal de Paris pour "faux et usage de faux", estimant qu'une note des Renseignements généraux (RG) falsifiée aurait été utilisée par la mairie d'Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) dans une campagne de diffamation.

Selon la plainte, après "une campagne de presse (...) lancée à l'encontre de Mayetic et son président, dénonçant leur prétendue affiliation à une secte", la société a connu "de graves difficultés".

Contacté par l'AFP, le maire UMP d'Asnières, Manuel Aeschlimann, a réfuté ces accusations. Il admet avoir eu en main deux notes, mais il ne les a en aucun cas communiquées à la presse, affirme-t-il, précisant: "les deux notes m'ont été fournies par la DCRG après leur parution dans la presse".

La plainte contre X avec constitution de partie civile a été déposée par Bruno de Beauregard, président de l'ex-société de télétravail Mayetic liquidée en décembre 2005, et ex-habitant d'Asnières proche de l'opposition municipale.

La "secte" serait la fondation reconnue d'utilité publique Ostad Elahi, qui promeut les "principes éthiques et sociaux" du philosophe kurde iranien éponyme "sur le concept du spirituel et les droits et devoirs de l'homme", selon un arrêt de la cour d'appel de Versailles.

La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) a confirmé son caractère non sectaire en octobre, relevant néanmoins un "communautarisme exacerbé". Plusieurs organes de presse, citant deux notes RG datées des 7 et 29 septembre 2005, avaient publié fin 2005 des articles prétendant que la fondation présentait des dérives sectaires.

Fin avril 2006, la commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) avait déclassifié la note RG datée du 7 septembre 2005. Dans une lettre de juillet 2006, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy indiquait ensuite que "la DCRG (Direction centrale des renseignements généraux, ndlr) n'a (...) identifié aucune deuxième note" portant sur la fondation Elahi.

Ainsi, déduit le rédacteur de la plainte, la note RG du 7 septembre 2005 "constitue la seule et unique note de ce service concernant la fondation" et cela "conduit à penser que la note de la DCRG du 29 septembre 2005 constitue un faux".

Selon le même document, "la distribution de deux notes par la mairie d'Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine, ndlr) entre les mains de journalistes est aujourd'hui confirmée par plusieurs organes de la presse" (Le Monde, Marianne, L'Express). Ce que nie, donc le maire d'Asnières, interrogé par l'AFP.


France : Sectes

La commission parlementaire sur les sectes présente son 3e rapport mardi

AFP, 16 décembre 2006

[Texte intégral]

La commission parlementaire d'enquête sur les sectes présentera mardi son troisième rapport, intitulé "L'enfance volée. Les mineurs victimes des sectes", qui comporte 50 propositions visant à mieux protéger les enfants.

Plusieurs de ces mesures concernent vraisemblablement les conditions de scolarisation et le contrôle médical, ces sujets ayant été abondamment abordés au fil des 65 auditions qui ont rythmé le travail de la Commission mise en place le 28 juin 2006.

Présidée par Georges Fenech (UMP, Rhône), la commission a entendu des représentants de l'enseignement, des juristes, des spécialistes du phénomène sectaire, des défenseurs des victimes, le directeur du bureau central de Cultes du ministère de l'Intérieur, un pédopsychiatre et d'anciens adeptes.

La dernière audition a ainsi été consacrée à un couple d'anciens de la communauté biblique de Tabitha's place. Ils ont insisté à plusieurs reprises sur le fait que les enfants de cette communauté seraient beaucoup moins coupés du monde s'ils allaient à l'école à l'extérieur.

La question du suivi médical et de la transfusion sanguine a également été longuement étudiée par la Commission. Les témoins de Jéhovah, hostiles à la transfusion, s'en sont émus et ont écrit aux membres de la Commission pour rappeler qu'ils respectaient les lois de la République et que leurs enfants allaient à l'école publique, invoquant aussi la liberté de culte. Ils estiment devoir se trouver hors du champ d'investigation de la "commission d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs". Les Témoins de Jéhovah avaient été considérés comme une secte dans un précédent rapport parlementaire en 1995.

D'autres associations ont exprimé leurs réserves sur les travaux de la Commission avant même qu'ils ne soient publiés, notamment l'Eglise de Scientologie, qui réfute toute référence au mouvement sectaire, et la Coordination des associations de particuliers pour la liberté de conscience (Caplc), qui conteste les statistiques qu'auraient utilisées les parlementaires.

Ce rapport parlementaire sera le troisième du genre : celui de 1995 était consacré au phénomène sectaire et celui de 1999 à l'argent des sectes.

La commission d'enquête compte 30 membres. Martine David (PS, Rhône) et Alain Gest (UMP, Somme) en sont les vice-présidents, Jean-Pierre Brard (app-PCF, Seine-Saint-Denis) et Rudy Salles (UDF, Alpes-Maritimes) les secrétaires, et Philippe Vuilque (socialiste, Ardennes) le rapporteur.


France : Sectes

La vie cachée des enfants des sectes

La Croix , 18 décembre 2006 par Marie Boeton

[Texte intégral]

Pour prévenir les dérives, une commission d'enquête parlementaire préconise de limiter l'enseignement à domicile. « La Croix » rapporte les témoignages de deux jeunes femmes ayant vécu, enfants, dans une secte

Interdiction d'écouter de la musique, de regarder des films, de sortir cheveux au vent, de porter des pantalons... La scène ne se passe pas chez les talibans, mais en France. Née dans une secte prônant l'application à la lettre des versets de la Bible, Nadège, aujourd'hui âgée de 28 ans, a dû elle aussi se plier à ces règles durant l'enfance.

Jusqu'à son « évasion » réussie en 1999. « Petite, je ne trouvais rien à redire à tout cela, confie-t-elle aujourd'hui. Comment aurais-je pu ? Je vivais là depuis ma naissance, entourée de mes parents, grands-parents, oncles et cousins. J'étais persuadée que nous étions les seuls dans le droit chemin et qu'un «étang de feu» attendait tous les autres. »

À l'adolescence pourtant, Nadège commence à remettre en question les valeurs de la secte. Et cela, notamment grâce aux amitiés qu'elle lie au collège. « Je ne savais pas quoi répondre, raconte-t-elle, quand mes copines me demandaient pourquoi moi et mes cousins ne pouvions pas aller à la piscine, manger à la cantine, faire des sorties scolaires, assister à certains cours de biologie. » À la fin du collège, la sanction tombe : le chef de la communauté lui interdit de poursuivre ses études. Tirant du même coup un trait sur le rêve de l'adolescente : devenir infirmière.

Plongée dans la dépression

La décision plonge Nadège dans une profonde dépression. Elle pense même au suicide. « Je n'osais pas dire, tout haut, mon dépit. Cela m'aurait fait courir le risque d'être mise au ban de la communauté. Et quand on a très peu de contacts avec l'extérieur, c'est un risque qu'on ne prend pas. »

Sa chance ? Recueillir un jour les confidences de son cousin, bien décidé, lui, à tout faire pour s'évader de la communauté en vue de se marier avec la femme qu'il aime. Quelques mois plus tard, c'est au tour d'une cousine d'émettre un souhait identique, lors d'une discussion avec Nadège. À partir de ce jour, les trois jeunes décident de mettre au point un plan d'évasion. Au final, une dizaine de jeunes s'échapperont de la communauté le même jour. Nadège avait alors 20 ans. « Nous avions préparé notre départ pendant plus de six mois : il fallait trouver un petit boulot pour survivre, demander à nos connaissances de nous héberger. Le tout sans que rien ne filtre. »

Une fois le pas sauté, la jeune femme se retrouve isolée, sans repère. « Pendant longtemps, je n'ai plus su ce qu'était le bien ou le mal, témoigne-t-elle. J'étais totalement déboussolée. Heureusement, j'ai fait la connaissance de mon mari. Il a été d'un très grand soutien. » Aujourd'hui maman, Nadège souffre de vivre coupée des siens, restés dans la communauté. Et pense surtout à tous les enfants de la secte qui n'ont plus, comme à son époque, la chance d'être scolarisés. Ils sont désormais éduqués à domicile. « Moi, c'est l'école qui m'a sauvée, assure-t-elle. Comment ces petits pourront-ils, sans cela, développer un quelconque esprit critique vis-à-vis du reste du groupe ? »

"Complètement hypnotisée par mon chef"

Changement de décor. La secte dans laquelle est entrée Hélène à 16 ans, n'avait, elle, a priori rien d'inquiétant. Elle n'avait en tout cas rien de commun avec les principes stricts et la vie en communauté imposés à Nadège. « Le gourou nous demandait simplement de le retrouver le dimanche dans un atelier d'artiste de la capitale pour y apprendre les principes chamaniques », se souvient Hélène, aujourd'hui âgée de 24 ans.

Et pourtant. L'adolescente, qui y suivait sa mère tous les week-ends, a dû, elle aussi, s'initier aux « lavages de mémoire ». « Le leader du groupe m'expliquait comment totalement me couper de mon père, qui venait de divorcer d'avec ma mère. Il m'assurait que je vivrais mieux en oubliant mon passé. Il a d'ailleurs réussi : j'ai fini par ne plus vouloir le voir. » À la demande du gourou, il fallait aussi à la jeune fille « découpler ses convictions de son «être intérieur» », au risque de développer une double personnalité. Le tout afin de « vivre plus intensément le moment présent ». « Je ressortais épuisée des dimanches passés à pratiquer ce genre d'exercices, raconte Hélène. Je finissais aussi par être complètement hypnotisée par notre chef. »

À l'époque, la jeune fille passe pour être une collégienne sans histoire. Les enseignants ne notent rien d'anormal et se disent même plutôt satisfaits de ses résultats scolaires. « Je ne parlais à personne du chamanisme. J'éprouvais une certaine fierté à être seule à en connaître les principes et à les appliquer. » Le gourou ne s'en tient pas à la seule manipulation mentale. L'adolescente consent à une séance « d'harmonisation des chakras », consistant à se dénuder pour se prêter à divers massages. Choquée, mais mise en confiance par le leader du groupe, Hélène se convainc de la normalité de tels attouchements et n'en parle à personne.

"J'ai réalisé que c'était n'importe quoi !"

Sa grande chance, paradoxalement, sera d'être l'une des adeptes préférées du gourou. Convaincu de son intelligence, il conseille à la jeune bachelière d'entamer des études de psychologie dans le but de devenir une praticienne d'obédience
« chamanique ». Mauvais calcul. « En fac, j'ai découvert l'extrême rigueur des théories de Freud, Jung et Lacan, comparées à tout ce qu'il m'enseignait, précise Hélène. À toutes mes questions gênantes, il m'assurait que le mystère était la cause de tout. J'ai réalisé que c'était n'importe quoi ! » Alors que la jeune femme commence à douter du sérieux des valeurs véhiculées dans la secte, sa mère, elle, s'y implique davantage.

Sur les conseils du gourou, cette dernière vend son pavillon, part en préretraite, quitte son compagnon et décide de fonder un groupe « chamanique » en province. Doutant à son tour du bien-fondé de son choix, la mère d'Hélène souffre alors d'une profonde dépression qui la mène au suicide en 2005. Âgée de 23 ans, Hélène traverse à ce moment-là une crise longue et douloureuse. « Tout d'un coup, je me suis retrouvée totalement vide et hantée par la peur du suicide, explique-t-elle. Heureusement, mon père et de ma sœur m'ont apporté un réel soutien. C'est grâce à eux que j'ai pu me reconstruire. »


France : Sectes

Les enfants sont des proies de plus en plus faciles pour les sectes

Vie femme , 19 décembre 2006

[Texte intégral]

Les enfants sont des proies de plus en plus faciles pour les sectes aussi la Commission d'enquête formule-t-elle 50 propositions destinées à "contrer les dangers du phénomène sectaire".

"Les conclusions qui se dégagent de nos travaux permettent de dresser un double constat", résume la commission d'enquête dans son rapport présenté mardi sous le titre "L'enfance volée. Les mineurs victimes des sectes".

"D'une part les enfants représentent une proie de plus en plus facile pour les sectes. D'autre part, l'engagement des pouvoirs publics contre l'influence des dérives sectaires sur les enfants s'avère très inégal", affirme la commission d'enquête qui remet mardi son rapport au président de l'Assemblée, Jean-Louis Debré.

La commission d'enquête, créée le 28 juin dernier et présidée par Georges Fenech (UMP), le rapporteur étant Philippe Vuilque (PS), a procédé à l'audition de plus de 65 personnes.

Elle s'est également rendue à Sus (Pyrénées-Atlantiques) le 21 novembre afin d'enquêter sur la communauté biblique Tabitha's Place avant d'auditionner le 5 décembre deux de ses anciens adeptes.

Le rapport cite un haut fonctionnaire du ministère de la Santé et des Solidarités qui évalue "au minimum, de 60.000 à 80.000" le nombre d'enfants élevés dans un contexte sectaire dont "environ 45.000" chez les Témoins de Jéhovah.

Dénonçant "l'emprise mentale" sur les enfants exercée par les mouvements sectaires, le rapporteur estime que "sans aller jusqu'à (l') extrémité de la tentation suicidaire, l'emprise mentale subie dans l'organisation à caractère sectaire peut provoquer de graves troubles de la personnalité et du comportement".

POUVOIRS ACCRUS POUR LA MIVILUDES

Il ajoute que "les spécialistes de la protection de l'enfance, au-delà même du phénomène sectaire, soulignent que tous les systèmes clos sont susceptibles de favoriser la maltraitance et les abus sexuels".

La commission, qui souligne le travail "remarquable" accompli par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) depuis sa création en novembre 2002, affirme, qu'en dépit "des avancées législatives" et la mise en place d'une politique de lutte au niveau national et régional, "force est de constater que des failles perdurent".

"Celles-ci sont perceptibles dans plusieurs domaines: la sensibilisation des administrations aux problèmes sectaires, la procédure de reconnaissance du statut d'association culturelle, les mécanismes du contrôle éducatif et l'absence de contrôle des activités des psychothérapeutes", est-il précisé.

"Les dispositifs juridiques et administratifs existants demandent à être complétés pour assurer aux mineurs victimes d'une organisation sectaire une réelle protection", estime le rapporteur.

Ainsi la commission propose-t-elle de redéfinir le régime de l'instruction à domicile et celui de l'enseignement à distance et de renforcer celui des agréments des organismes de soutien scolaire.

La commission, qui plaide en faveur d'une formation spécifique des auditeurs de justice et des avocats stagiaires au fait sectaire, veut rendre obligatoire un contrôle médical annuel par la médecine scolaire pour les enfants de plus de six ans instruits dans leur famille ou scolarisés dans des établissements hors contrat.

Elle propose également de préciser les conditions d'attribution du titre de psychothérapeute, ou bien encore, en matière de justice, d'autoriser les grands-parents à saisir directement le juge des enfants "lorsque la santé, la sécurité ou la moralité d'un enfant sont en danger".

Elle demande aussi de sanctionner l'enfermement social des mineurs ou bien encore de redéfinir les conditions de l'engagement des poursuites pour prosélytisme à l'encontre des mouvements à caractère sectaire.

Enfin, elle plaide pour la création au sein du ministère des Affaires étrangères d'un poste de correspondant chargé de ce dossier et propose de renforcer les pouvoirs et compétences de la MIVILUDES tant au niveau national, que local et international.
Reuters


France : Sectes

Rapport de la Commission parlementaire : Communiqué de l'UNADFI

Courriel, 19 décembre 2006

[Texte intégral]

L'UNADFI accueille avec un vif intérêt le rapport de la commission parlementaire qu'elle remercie pour son travail. Il va dans le sens d'une reconnaissance accrue du statut de victime pour les mineurs embrigadés dans des mouvements sectaires.

L'UNADFI se félicite des aménagements législatifs proposés qui prennent en compte la vulnérabilité particulière de ces enfants appartenant de fait à une structure sectaire. Ils permettraient une meilleure prise en compte de leur situation en leur offrant la possibilité d'être représentés lors de procédures judiciaires et de bénéficier d'un meilleur suivi éducatif et sanitaire. En tant que citoyen français, tout enfant, quelle que soit la croyance de ses parents, est en droit d'obtenir une éducation complète et ouverte sur l'extérieur, de bénéficier de soins adaptés et éprouvés et d'avoir accès à toutes les activités nécessaires à sa socialisation.

Il est donc important que l'Etat, les proches et les associations d'aide aux victimes soient pourvus d'outils légaux pour intervenir dans des situations où l'équilibre, voire la santé, de l'enfant est en danger.

Les mesures permettant un signalement direct aux juges des affaires familiales, l'obligation de soins, la multiplication des relais institutionnels assureront un meilleur suivi des enfants afin d'éviter certaines situations dramatiques.


France : Soins Psy