Actualités sur les sectes en juin 2001

Elan Vital (*) Il était une fois Elan Vital
Elan Vital (*) La Femme, le gourou et le psychanalyste
Elan Vital (*) Ancien amoureux de Maharaji, désormais insoumis
Elan Vital (*) La reconversion hasardeuse du gourou Maharaji
Elan Vital (*) La manipulation religieuse d'Elan Vital, une parmi d'autres
Elan Vital (*) Ex-premie ou ex-primé ?
Elan Vital (*) La fronde des «ex-premies» contre le Seigneur de l'Univers
Elan Vital (*) Le jour où j'ai vu Maharaji au Palais des Congrès
Elan Vital (*) Chronique de la fortune de Maharaji
Elan Vital (*) Une SARL pleine d'élan
Moon Moon inaugure en grande pompe le siège américain de sa secte à Montevideo
Sectes Une nouvelle secte "malfaisante" découverte en Chine
Scientologie Une lettre au Directeur International de la Scientologie
Le Patriarche Affaire du " Patriarche " : nouveau rebondissement
Sectes La chasse aux gourous
Sectes Aliénation sectaire et contrôle social
Sectes Les Etats-Unis envisageraient de donner asile aux jumeaux mascottes karens
Sectes La secte des Cao Dai vit une lune de miel avec les autorités communistes
Mormons Quand les mormons tissent leur toile
Mormons Une mise au point
Sectes Six mois ferme pour avoir privé sa fille de traitement antipaludéen
Négationnisme Le négationnisme ronge toujours Lyon-III
Témoins de Jéhovah La garde des enfants
Sectes "le plus inquiétant, c'est les enfants"
Moon Le Maire de Janville-sur-Juine appelle ses administrés à la vigilance
Raël Le clonage humain au secours des extraterrestres
Anthroposophie Le combat des écoles Steiner
Scientologie Un Américain anti-scientologie cherche refuge au Canada
Sectes Les sectes prêtes à riposter
Sectes La guerre contre le clonage
Scientologie (*) Communication à la Society for the Scientific Study of Religion, San Diego, California
Falungong Pékin renforce son arsenal réglementaire contre le Falungong
Sectes (*) LOI no 2001-504 du 12 juin 2001 tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales
Aum La secte Aoum doit rester sous surveillance policière, décide un tribunal
Apôtres de l'amour infini Arrêt des procédures
Sectes La société Stratégique perd son procès contre quinze députés
Sectes Massimo Introvigne tente de s'opposer une fois de plus à la loi française
Contre-réforme catholique Communiqué de l'Evêque de Troyes
Contre-réforme catholique Le Vatican frappe d'interdit l'abbé Georges de Nantes
Sectes Paris a accueilli une réunion de travail sur les sectes en Europe
Contre-réforme catholique Interdit papal pour l'abbé adepte du bisou mystique
Eckankar Réunion sectaire à Charleroi
Sectes Le fruit défendu contre Satan !
Sectes Mise en garde contre les sectes qui ordonnent à leurs adeptes d'observer l'éclipse sans lunettes spécial
Raël Raël " prêche " contre l'Eglise
Raël L'administration Bush favorable à une criminalisation du clonage humain
Le Mandarom La préfecture assigne le Mandarom pour détruire la statue du Mandarom
Ordre du temple Solaire OTS Le tribunal de Grenoble rend son jugement lundi
Le Mandarom Une dizaine d'"aumistes" sur "la terre sacrée du messie"
Falungong Des adeptes du Falungong manifestent à Los Angeles
IVI Une secte au palais des congrés
Sectes Des voix s'élèvent contre un fléau
Ordre du Temple Solaire (OTS) Tabachnik relaxé
Ordre du Temple Solaire (OTS) Relaxe de Michel Tabachnik: extraits du jugement
Ordre du Temple Solaire (OTS) Michel Tabachnik clame son innocence, après sa relaxe
Ordre du Temple Solaire (OTS) Tabachnik relaxé - Le doute subsiste sur l'influence de l'idéologue sur la fin des adeptes.
Ordre du Temple Solaire (OTS) Tabachnik déclaré non coupable
Contre-réforme catholique L'abbé Georges de Nantes aurait préféré que sa soutane sale se lave en famille !
Sectes Entre Patriarche et mangeurs tout cru
Scientologie Le chef de Narconon Russie quitte la scientologie
Sectes Scientologie, Falungong, etc. Le phénomène sectaire inquiète
Sectes Les liaisons dangereuses des universités lyonnaises
Scientologie La section IDF de l'Eglise de scientologie en correctionnelle en décembre
Sectes Violation de la liberté religieuse: précisions d'ACS à propos de la France
Scientologie La juge Moracchini à nouveau mise en cause dans sa gestion du dossier de la Scientologie
Raël Pas de clonage sans autorisation
Témoins de Jéhovah Les témoins de Jéhovah en Géorgie veulent saisir la Cour européenne

 

(*) Articles ou documents qui, compte tenu de leur taille, ne sont pas ci-dessous, mais sur une page particulière ou sur le Web.



   Uruguay : Moon

Moon inaugure en grande pompe le siège américain de sa secte à Montevideo

AFP, 1er juin 2001

[Texte intégral]

Uruguay - Le "révérend" Sun Myung Moon, leader de l'Eglise de l'Unification, a inauguré le nouveau siège américain de sa secte à Montevideo, dans un palais du XIXème siècle, en présence du président uruguayen Jorge Batlle et de ses prédécesseurs Julio Sanguinetti et Luis Lacalle. "A la lumière de la souveraineté de Dieu, unissons-nous pour un monde de paix, d'amour et d'harmonie", a déclaré le révérend milliardaire lors de l'inauguration du siège de la Fédération universelle pour la paix et l'unification, mercredi soir dans un luxueux palais datant de 1876 et rebaptisé Jardin national d'Uruguay.

Le révérend Sun Myung Moon, 81 ans, s'est entretenu en privé pendant une vingtaine de minutes avec l'actuel chef de l'Etat uruguayen, ainsi que MM. Sanguinetti et Lacalle, mais rien n'a filtré de cette entrevue. Le gourou des moonistes prétend qu'il a été contacté par Jésus Christ en 1935 pour fonder ce qui est devenu l'Eglise de l'Unification. Créée en 1954, la secte revendique aujourd'hui quelque 200.000 membres à travers le monde. Elle est notamment célèbre par ses mariages de masse organisés dans d'immenses stades.

Politiquement classée très à droite, ouvertement anti-communiste, cette organisation a aussi été mise en cause pour ses pratiques commerciales, ses manipulations de l'opinion publique et ses fraudes fiscales. Le "révérend" coréen, qui a vécu aux Etats-Unis où il a été détenu dans les années 80 pour fraude fiscale et réside à présent dans son pays d'origine, séjourne souvent en Uruguay où il a commencé à investir en 1981, en pleine dictature militaire (1973-1985).

Une fausse alerte à la bombe a quelque peu perturbé la soirée de mercredi à laquelle participaient, selon le journal Ultimas Noticias appartenant à la secte, "les autorités les plus représentatives des entreprises internationales que possède le Groupe de l'Unification et les leaders spirituels qui accompagnent la gestion mondiale du révérend Moon".

Outre le président Batlle et ses deux prédécesseurs, plusieurs ministres, des parlementaires et des représentants du pouvoir judiciaire, ainsi que des dirigeants politiques, des hommes d'affaires et des diplomates étaient aussi présents.

Le luxueux palais, acquis en 1998 par l'Eglise de l'Unification, a abrité par le passé la délégation diplomatique française jusqu'en 1888, puis jusqu'en 1994 l'ambassade d'Argentine en Uruguay. Il a été entièrement restauré et son étage supérieur aménagé pour héberger le "révérend" et sa famille.

Le groupe Moon est présent au niveau international dans le secteur de la communication, où il détient notamment le Washington Times et l'hebdomadaire latino-américain Tiempos del Mundo, ainsi que dans la fabrication d'armes et de produits alimentaires. En Uruguay, il figure parmi les plus importants investisseurs du pays avec plus de 300 millons de dollars et emploie quelque 1.400 personnes. Il est notamment présent dans le capital de l'hôtel de luxe Radisson Victoria Plaza, l'usine métallurgique Tong-Il, le quotidien Ultimas Noticias et, en association avec l'Etat uruguayen, dans Banco de Credito, deuxième banque privée du pays.

Dans son premier éditorial de l'ère Moon, le 18 septembre 1981, le journal Ultimas Noticias s'était sans hésiter mis au service du président Gregorio Alvarez, général en retraite et dernier dirigeant de la junte militaire uruguayenne de 1981 à 1985.



   Chine : Sectes

Une nouvelle secte "malfaisante" découverte en Chine

AFP, 1er juin 2001

[Texte intégral]

PEKIN- Une secte "malfaisante" aux ramifications nationales a été découverte par la police chinoise qui a libéré une trentaine d'enfants détenus par l'organisation, a-t-on appris vendredi de source officielle. Quatre responsables d'un pensionnat de la secte Falanhui, ou "société de la loi bleue", ont été arrêtés fin mai dans la municipalité de Chongqing, a indiqué le quotidien Yangcheng Wanbao daté de jeudi.

Trente-deux enfants âgés de 10 à 17 ans ont été "sauvés" à cette occasion et renvoyés dans leur famille, a ajouté le quotidien, précisant que plusieurs sont des orphelins originaires de provinces voisines. Des parents ont expliqué aux policiers que des adeptes de la secte les avaient convaincus d'envoyer leur enfant dans "une école gratuite où ils recevraient une bonne éducation".

Selon le journal, la police a été informée le 16 mai de l'installation récente d'un pensionnat privé dans une zone montagneuse proche de la ville de Yunyang. "Les enfants psalmodiaient en classe d'étranges formules incompréhensibles. La police a immédiatement dépêché une enquête secrète qui a établi qu'il s'agissait d'une secte malfaisante", a rapporté le Yangcheng Wanbao.

L'expression est utilisée systématiquement par Pékin à l'encontre du Falungong, un mouvement d'inspiration bouddhiste combattu depuis deux ans par le régime communiste, qui a arrêté des dizaines de milliers d'adeptes parmi les 80 millions revendiqués par la secte.

Interrogé par l'AFP, le service de sûreté politique de la police de Yunyang a estimé que le Falanhui avait des ramifications nationales mais que le nombre de ses adeptes était inconnu. "Certains adeptes se sont échappés et sont actuellement recherchés", a déclaré un policier. Selon le Centre d'information sur les droits de l'Homme et la démocratie, au moins 17 mouvements spirituels forts d'au moins 100.000 membres sont considérés comme des "sectes malfaisantes" par Pékin. Outre le Falungong, d'autres mouvements de qigong (gymnastique) comme le Zhonggong, le Xianggong ou le Guanyin Famen ont été secrètement réprimés, ainsi que des organisations chrétiennes, estime le Centre d'information basé à Hong Kong



   Suisse : Scientologie

Une lettre au Directeur International de la Scientologie

Lu sur les news, 1er juin 2001

[Texte intégral]

Monsieur le Directeur International de l'Eglise de Scientologie,

Monsieur David Miscavidge,

Durant le programme de purification (une thérapie scientologue exigeant la prise de mégadose de vitamines et 4 à 6 heures de sauna journalières) sachez que j'ai été victime d'une inflammation de mon larynx, une inflammation non prise en compte par les thérapeutes scientologues, et qui, sans traitement aux antibiotiques, est devenue chronique, m'obligeant à interrompre ma carrière de musicien flutiste/saxophoniste.
 
De plus, sachez qu'en 1989, lorsque je suis arrivé à Clearwater (votre succursale de Floride), pour y suivre un cours destiné à soigner mon problème de gorge (cours Ned for OT), très fatigué par un voyage sans escale, vos employés n'ont rien trouvé de mieux que de me contraindre à rester dans un petit local sans fenêtre, sans aucun repas, sans pouvoir téléphoner à ma famille, et cela de 11h00 du matin à plus de minuit, dans l'unique but d'exercer sur ma personne toutes sortes de contraintes pour me faire payer une carte de membre patron de l'IAS (l'association internationale des scientologues) à 40'000 $ ... et qui, selon leurs dire, me garantissait de meilleurs services ...
 
Ensuite Peter Amquist, votre vendeur (registrar) en chef, a écrit sur son tableau noir une fausse promesse de donation de ma part pour la somme de 10'000 $ que je devais lui verser, selon lui, avant le prochain jeudi midi ... Ne voulant pas trop allonger ma missive, et pour résumer au mieux les méthodes de vos employés, sachez encore que lorsque je suivais le cours OT6, deux gardes armés sont venus me sortir de force de la salle de cours pour me conduire devant la responsable du département de l'éthique, une responsable qui par toutes sortes de contraintes, la dernière étant de m'interdire la possibilité de continuer mes cours, voulait me faire signer mon affiliation au réseau des entrepreneurs scientologues avec une promesse de versements de royalties de ma part à la société WISE ...
 
Par conséquent, - refusant toutes ces contraintes, des contraintes toutes illégales - expulsé par vos employés - souffrant d'une maladie qui a ruiné ma carrière de musicien, et cela par vos négligences - ayant dû subir les cours des niveaux OT1 à OT6, des pseudos "cours" puisqu'en fait ils se sont avérés être de véritables scéances d'exorcismes auxquelles je n'étais absolument pas intéressé, ni préparé, je vous ai demandé, ainsi que ma femme, en septembre 1989 le remboursement intégral des sommes versées. De nombreux scientologues sont alors venus à notre domicile pour nous convaincre qu'il y avait eu des erreurs de thérapie et de faux rapports sur ma personne ..., ajoutant toutefois que, si je le souhaitais vraiment je serai remboursé intégralement.
 
Des propos tenus entre autres par les médecins Albert Franceschetti à Genève, Bernard Uthemann à Blonay, et par les avocats scientologues Gisèle de Benoît et Maître Roger Budin.
 
Par conséquent, je vous somme par la présente de me rendre ce qui m'est dû, et vous informe avoir entamé une procédure civile avec des dommages et intérêts.
 
D' autre part, j'aimerais connaître votre réponse à mon précédent fax vous demandant d'annuler la totalité des règlements contraires aux lois européennes et suisses, et spécialement cette étonnante règle d'éthique où vous incitez vos adeptes à ne pas respecter la lois, les conseillant même de tuer vos adversaires par une nuit sombre, une incitation au crime qui devra bientôt être poursuivie d'office par plusieurs juges.
 
Jean-Luc Barbier - président
Association d'aide aux victimes de la dianétique et de la scientologie, case postale 224, 2900 Porrentruy 2, Suisse AVDS@anti-scientologie.ch
 
copies : conseil fédéral suisse chef du département fédéral de justice et police

 

Jean-Luc Barbier - président
Association des Victimes de la Dianétique et de la Scientologie .case postale 224 2900 Porrentruy 2 Suisse AVDSN@hotmail.com
copies : conseil fédéral suisse chef du département fédéral de justice et police



   France : Le Patriarche

Affaire du " Patriarche " : nouveau rebondissement

Journal du mois de l'UNADFI, 1er juin 2001

[Texte intégral]

L'ancien député RPR de Haute-Garonne Jean-Paul Séguéla, conseiller de Charles Pasqua au ministère de l'Intérieur pour les questions de toxicomanie jusqu'en 1995 a été mis en examen et écroué hier soir pour " recel d'abus de confiance et blanchiment aggravé " dans l'affaire de l'association le H Patriarche ". Jean?Paul Séguéla, ancien doyen de la faculté de médecine, de Toulouse est soupçonné d'avoir bénéficié à hauteur d'environ 6 millions de francs, en particulier sous forme de prêts jamais remboursés, de détournements de fonds reprochés au fondateur de (association d'aide aux toxicomanes le " Patriarche- Marcel Engelmajer.

Marcel Engelmajer est recherché depuis deux ans par la justice française dans le cadre de deux dossiers confiés à la juge d'instruction toulousaine Nicole Bergougnan, qui a délivré deux mandats d'arrêts internationaux en novembre 2000 et janvier 2001, d'une part pour " abus de biens sociaux et emploi de travailleurs clandestins " d'autre part pour " viols et tentatives de viols sur mineures de moins de 15 ans ".

Les enquêteurs cherchent à déterminer la destination de fonds, d'un montant de 10 à 20 millions de francs notamment collectés par des pensionnaires en vendant la revue de l'association.

La seconde instruction a été ouverte à la suite de plusieurs plaintes déposées par d'anciennes pensionnaires de centres du cc Patriarche ", qui affirment que Lucien Engelmajer leur avait fait subir des viols ou tentatives de viols. Lucien Engelmajer a toujours vivement nié ces accusations.

Le quotidien La Dépêche indiquait hier matin que Jean-Paul Séguéla, qui a perdu son dernier mandat électif en mars dernier avec la mairie de Bessières (nord de la Haute-Garonne), s'était rendu lundi à la convocation de la division financière du SRPJ de Toulouse et avait été placé en garde à vue.

Commissions rogatoires dans toute l'Europe De source proche de l'enquête, on indique que sa mise en examen reflète les progrès de l'enquête sur les opérations financières suspectes de l'association. Les commissions rogatoires exécutées dans toute (Europe ont permis de retrouver des comptes sur lesquels avaient transité plus de 100 millions de francs suisses en Suisse, au Liechtenstein, au Luxembourg. De mêmes sources on confirme la mise en examen par la juge Bergougnan et l'incarcération lundi pour " recel d'abus de bien sociaux " d'un banquier de l'association, Jean-Yves Le Garrec. Selon la Dépêche ce résident suisse demeurant à Gimont (Gers) aurait permis le transit de fonds d'Espagne et de France vers la Suisse.

Lucien Engeimajer, un moment repéré au Brésil, serait actuellement en fuite en Amérique Centrale. II a dirige l'association de 1974 à 1998, avant d'être mis à l'écart et n'a pas reparu en France depuis. Cet ancien marchand de meubles, avait créé " Le Patriarche " après l'ouverture d'un premier centre d'accueil de toxicomanes en 1972 à La Boëre (Haute-Garonne), fondé sur un sevrage absolu, une rupture avec le monde extérieur et une prise en charge de toxicomanes par d'anciens toxicomanes. Jusqu'en 1996, l'association a bénéficié en France de subventions publiques. " Le Patriarche " avait ensuite essaimé dans 17 pays, sous l'appellation d'" Organisation internationale Lucien Engelmajer ", accueillant dans ses centres quelque 100.000 personnes.

L'association s'appelle désormais Dianova.


   Belgique : Sectes

La chasse aux gourous

Le Vif L'Express, 1er juin 2001 par Dorothée Klein

[Texte intégral]

Remous : la volonté de la ministre de la Santé de réglementer la profession de psychothérapeute pourrait en réduire fortement le nombre

À la Fédération belge des psychologues (FBP), nous recevons régulièrement des plaintes, reconnaît Nady van Broeck, la présidente. Des clients reprochent à leur thérapeute de ne pas avoir su conserver une certaine distance, d'avoir noué une relation trop intime avec eux, sexuelle, parfois, ou d'avoir violé le secret professionnel, par exemple. En cas de faute grave, nous ne pouvons qu'exclure le membre de notre fédération. C'est peu comme sanction, d'autant que beaucoup de psychothérapeutes ne sont pas psychologues et que, s'ils le sont, ils ne sont pas forcément affiliés à la FBP. "

Actuellement, les patients n'ont en effet aucune garantie quant aux diplômes de leur psy, à l'exception des psychiatres (médecins spécialistes) et des psychologues (licenciés en psychologie). Tout le monde peut placer sur sa façade une plaque de psychothérapeute. Ainsi certains ont effectué une spécialisation postuniversitaire. Mais d'autres se sont contentés d'un vague stage.

Dès 1997, la Commission d'enquête sur les sectes avait soulevé le problème. Elle avait notamment épinglé les agissements suspects d'un médecin de Diepenbeek, qui réclamait des honoraires élevés pour des séances de yoga mâtinées de massages et de pratiques exorcistes, ou ceux d'un vicaire de la région de Charleroi, qui prônait " l'abandon total ". " Tout cela n'a certainement pas contribué à améliorer la crédibilité des psychothérapeutes ", remarquait, le 18 mai dernier, Bob Cools, attaché au cabinet de Magda Aelvoet (Agalev), ministre de la Santé, lors d'un forum organisé par la Fondation Julie Renson. Cette association devait récolter, pour le 31 mai, les réactions du terrain au projet de la ministre de réglementer le titre de psychothérapeute.

La réflexion a débuté voici quelques années. Au moment de l'affaire Dutroux et des témoins X, la Commission nationale contre les abus sexuels d'enfants avait déjà proposé de créer, comme pour les médecins, un ordre des psychothérapeutes. En 1998, un groupe de travail a été mis en place par Marcel Colla (SP), alors ministre de la Santé. Il était composé de représentants d'associations (Fédération belge des psychologues, Association européenne de psychothérapie et Association flamande des psychiatres-psychothérapeutes), de grandes écoles thérapeutiques (psychanalyse, cognitivo?comportementaliste, systémique et thérapie non directive), ainsi que de spécialistes de la psychothérapie infantile.

A la fin de l'an dernier, ce groupe a donné un avis qui n'a toutefois pas fait l'unanimité. Pour beaucoup de ces experts, le psychothérapeute est un praticien de niveau universitaire qui poursuit sa recherche. Dans cette optique, la formation proposée en psychothérapie est une spécialisation postuniversitaire assez exigeante. Dispensée à temps partiel pendant trois ans, elle comprend une formation théorique et technique, une pratique supervisée et un travail personnel, où l'on se met dans la situation du patient. La pierre d'achoppement ? Pour le groupe de réflexion, elle devrait être réservée aux psychiatres et aux licenciés en psychologie. Les sexologues et les pédagogues pourraient y avoir accès moyennant, préalablement, un complément de formation.

Une conception quelque peu restrictive qui priverait de leur gagne-pain des dizaines, voire des centaines d'assistant, sociaux, d'infirmiers ou de sociologues ? Actuellement, les psychothérapeutes ont en effet des formations différentes: " Dans le métier, il y a beaucoup de criminologues, d'anthropologues ou même de mathématiciens, remarque Francis Martens, président de l'association des psychologues praticiens d'orientation psychanalytique (APPPsy). Ils ont souvent changé d'orientation après avoir traversé une crise de vie, à 30 ou à 40 ans. Ils ont alors suivi eux-mêmes une thérapie et se sont formés dans une école de psychothérapie. Il ont ainsi acquis une maturité personnelle, à laquelle ne peuvent prétendre bien des jeunes licenciés ou docteurs en psychologie."

Au cabinet de Magda Aelvoet, Cools le reconnaît: " Le groupe de réflexion a donné une définition très stricte du psychothérapeute. " Comme s'il ne fallait pas tout mélanger, et réserver ce titre à celui qui traite les pathologies psychiatriques de malades mentaux. A l'hôpital, le psychologue, l'infirmier ou l'assistant social qui propose un soutien psychosocial à un malade en phase terminale ou à une famille qui doit faire le deuil d'un enfant ne fait pas de la psychothérapie au sens strict, poursuit l'attaché de la ministre . Mais pour valoriser ce type d'accompagnement qui est aussi important, la ministre a proposé de reconnaître le titre de " counsellor." Cette appellation anglo-saxonne désignerait l'aide apportée à toute personne qui traverse une crise : adolescence, chômage, divorce, etc.
" Ce terme de "counsellor" ne correspond pas aux usages en vigueur en Belgique, regrette le Dr Willy Szafran, neuropsychiatre et psychanalyste, professeur à l'ULB et à la VUB. Il n'est pas compris du grand public. En outre, cette distinction accrédite l'idée qu'il existerait deux sortes de psychothérapie : l'une, élitiste, l'autre, plus terre à terre. En réalité, chez nous, le "counselling" est pratiqué par les psychothérapeutes. "

La frontière est d'ailleurs floue. " Les gens qui consultent un psy le font souvent spontanément, sans passer par un médecin, observe-t-on à la Fondation Julie Renson. Certains se considèrent comme de grands malades, alors qu'ils ont simplement besoin d'accompagnement. D'autres, au contraire, minimisent leurs troubles, bien qu'ils souffrent d'une pathologie grave. "
Minorisé au sein du groupe de réflexion, le Dr Szafran suggère, pour sa part, d'abandonner la distinction entre psychothérapie et " counselling " et d'ouvrir la formation de thérapeute à tout diplômé d'une haute école ou d'une université, comme il le fait déjà au sein de l'Association européenne de psychothérapie, qui propose un postgraduat de quatre ans. Autre proposition : pour Martens, dans un souci de transparence, les personnes spécialisées en psychothérapie pourraient simplement être tenues de préciser leur formation de base. " Au psychologue psychothérapeute, le patient qui a besoin de médicaments préférera un psychiatre psychothérapeute, le seul habilité à en délivrer ", renchérit Nady Van Broeck. Les autres clients pourront choisir, en fonction de leur sensibilité, entre un infirmier psychothérapeute, un philosophe psychothérapeute, etc.

Des suggestions pour éviter le corporatisme ? Actuellement, en effet, seuls les médecins psychiatres disposent d'un code Inami. Les psychologues convoitent depuis longtemps cette possibilité de remboursement pour le patient. Même s'il est exclu, pour le moment, d'étendre le principe du remboursement, il est clair que les psychologues ont tout intérêt à limiter le titre de psychothérapeute à un club restreint, pour plaider plus facilement leur cause ensuite.

Ces arrière-pensées nourrissent-elles aussi le projet de réglementation relatif à la psychologie clinique ? En effet, en septembre dernier, Magda Aelvoet a demandé à un groupe d'experts de plancher sur le sujet. Cela concerne les professionnels qui proposent un psychodiagnostic, des tests ou une aide psychologique dans un service hospitalier, dans un centre de santé mentale ou dans un cabinet privé. Un avant-projet de loi fait actuellement l'objet de consultations entre les ministres concernés.

" Voici quelques années, le titre de psychologue a été protégé, explique Nady Van Broeck. Mais cela n'oblige en rien le licencié en psychologie d'observer un minimum de déontologie. Ainsi, l'avant-projet propose la constitution d'un Conseil national de psychologie clinique. Il pourrait recevoir les plaintes de patients et remettre un avis au ministre qui aurait un droit de sanction. " Le problème ? " Le risque existe que tout acte clinique, même le plus anodin, ne puisse plus être posé que par des médecins ou des psychologues formés à la clinique, affirme Martens.Ce serait un appauvrissement considérable du secteur. "

Nady Van Broeck, qui est aussi professeur en psychologie clinique à l'UCL, le reconnaît: " Mais quand j'explique à mes étudiants comment poser un bon psychodiagnostic, il ne faut pas oublier qu'à l'heure actuelle je suis déjà dans l'illégalité. " En 1967, en effet, la législation sur l'art de guérir a réservé toute forme de diagnostic ou de traitement aux médecins. A l'époque, les psychologues, qui, historiquement, étaient issus de la faculté de philosophie et non de celle de médecine, avaient refusé de faire partie des professions paramédicales. Depuis, la psychologie clinique s'est développée hors la loi. Et la remettre dans le chemin du droit est décidément une gageure.



   France : Sectes

Aliénation sectaire et contrôle social

Combat face au sida, avril 2001 par Gilles Alfonsi

[Texte intégral]

Aliénation sectaire et contrôle social : deux faces de la manipulation mentale ? Peut-on parler des sectes autrement qu'en formulant un jugement moral ? Quels pourraient être les fondements d'une approche politique du phénomène sectaire ? Il faudrait à la fois être capable de dire ce qu'est l'aliénation sectaire et proposer une visée émancipatrice pour lui faire face. Gilles Alfonsi

En quoi le discours et les pratiques sectaires se distinguent-elles des discours religieux ou même d'un engagement militant quelconque ? Les réponses des politiques, des organisations anti-sectes et des intellectuels divergent. Les uns mettent l'accent sur la dimension "totale" de l'engagement dans une secte. Ils sous-entendent une différence de nature avec l'engagement religieux classique. D'autres affirment au contraire la ressemblance entre l'investissement d'une nonne auprès du Christ dans un couvent et celui d'un adepte consacrant sa vie à un Gourou.

Y a-t-il donc une différence de nature entre ces engagements ou seulement une différence de degré ? Les témoignages habituellement médiatisés montrent bien sûr que les groupes sectaires profitent financièrement et, parfois, physiquement, de leurs adeptes. Que ceux-ci sont parfois fanatisés. Que des abus terribles sont commis dans des groupes secrets, à l'abri de tout contre-pouvoir et des contrôles officiels. Mais l'on peut rétorquer que les fanatiques sont peu nombreux, les abus marginaux et les personnes "volontaires".

Dans une secte comme Elan Vital , des principes de fonctionnement "démocratiques" sont énoncés, la participation est volontaire, la sérénité est de rigueur. Son Conseil d'administration mise tout sur la normalité : Elan Vital serait une association comme les autres, circulez, il n'y a rien à voir. Il est insuffisant, face à ces stratégies de banalisation, de se contenter de rappels sur l'histoire de tel ou tel mouvement et sur ses abus. Il faut être capable de dire en quoi ces mouvements posent problème, au-delà des dimensions médiatisées à l'occasion d'un drame. Il faut examiner leurs fonctions dans notre société.

Vous avez dit "manipulation mentale" Un débat est en cours entre les parlementaires, les associations et les représentants religieux sur l'opportunité de pénaliser la "manipulation mentale". Les uns, représentants de "sous"-cultures reconnues ou de milieux alternatifs "raisonnables" considèrent que le champ potentiel d'application d'une telle notion est tellement large qu'il pourrait... les concerner ! Les autres pensent qu'il est nécessaire de créer un délit spécifique permettant d'affronter juridiquement des groupes qui développent des pratiques dangereuses pour les personnes elles-mêmes et/ou pour la société. D'autre part, à l'évidence, l'ensemble des démarches faisant appel à une recherche ou une implication spirituelle ne mérite pas d'être combattu : une telle quête relève de la liberté de chacun ; elle est un puissant élément structurant des identités individuelles ; elle est un facteur de socialisation. Reste que cela ne doit pas empêcher une réflexion sur l'ensemble des modes de contrôle social existant dans notre société. On ne voit pas pourquoi les responsables d'un mouvement sectaire seraient poursuivis tandis que les responsables d'une communauté religieuse manipulant ses ouailles à des fins politiques ne le seraient pas. Deux stratégies sont dès lors possibles pour le législateur. Soit il considère que la manipulation mentale est un combat citoyen, qui ne doit pas relever de la justice mais du débat dans la société civile et que d'autres canaux, indirects, doivent permettre à chacun de ne pas recourir à des organisations néfastes. Soit il légifère, en considérant que toutes les formes de manipulation mentale doivent pouvoir être juridiquement combattues, ce qui d'ailleurs n'exclut pas d'autres formes de lutte à leur encontre.

L'aliénation sectaire Au royaume de la manipulation mentale, des formes variées de contrôle social et de normalisation, l'aliénation sectaire pourrait cependant avoir une place spécifique. Plus que le degré de manipulation, c'est le type même de processus en jeu qui fait son originalité : elle se caractérise non seulement par un comportement conforme aux attentes du groupe, mais par un engagement exclusif qui condamne tout autre investissement. Ce n'est pas le discours du groupe qui est en cause - les mouvements sectaires manient souvent fort bien le langage -, mais la représentation concrète de l'expérience : elle seule peut apporter le Salut, par exclusion des autres formes spirituelles, ce qui en fait l'unique solution possible, une solution totalitaire. Dans l'aliénation sectaire, l'adepte est le garant et le responsable de sa propre implication : celle-ci est non seulement consentie mais revendiquée, souhaitée avec passion. Sa force est moins d'instrumentaliser, de l'extérieur, la personne que de lui permettre de créer l'illusion, de permettre l'auto-illusion - dans laquelle il devient possible d'être, à ses propres yeux, sur le chemin de la Paix intérieure ou du bonheur. Il ne suffit pas de renvoyer au retour à la réalité ou de vouloir briser les illusions.

C'est faire abstraction du fait que l'aliénation sectaire peut - partiellement ou pour un moment - combler un besoin - "vital" - de sécurité. Cependant, cette sécurité, la satisfaction tirée de l'emprise sectaire ou la gestion d'une angoisse existentielle ont une contrepartie : l'absence de recherche et de construction d'autres alternatives de vie ; le fait de renoncer à d'autres projets possibles.

L'aliénation sectaire est l'aliénation à un ordre préétabli, rigide, mais aussi un renoncement à s'inscrire dans le jeu démocratique, fût-ce en participant à des contre-pouvoirs ou en s'inscrivant dans la recherche d'alternatives politiques. Elle ne supporte pas la contradiction. Maîtriser sa vie, décider, ce qui implique d'avoir le choix, suppose au contraire une liberté d'esprit... Au sens propre, l'aliénation sectaire pose donc un problème de démocratie, un problème au politique lorsque celui-ci destine son action à la construction d'une société où chacun soit, à tout moment, aussi maître de son destin que possible. Le temps et l'aliénation On décèle dans les discours des anciens adeptes un sentiment de gâchis et de perte de temps. Or, le temps est une condition de l'épanouissement. Il n'y a pas d'homme libre qui n'ait le temps, précisément, de s'émanciper. Aux tentatives d'organisations qui prétendent, en définitive, régenter le temps des citoyens qu'ils recrutent, ne faut-il pas opposer, plutôt qu'un discours qui diabolise et qui exclut, une démarche qui facilite en toutes circonstances la maîtrise que chacun peut avoir de son temps, de sa vie ?



   Etats-Unis : Sectes

Les Etats-Unis envisageraient de donner asile aux jumeaux mascottes karens

AFP, 1er juin 2001

[Texte intégral]

BANGKOK - Les Etats-Unis envisagent d'accorder l'asile aux deux gamins mascottes de "l'Armée de Dieu" après leur reddition en Thaïlande au début de l'année et la débandade de cette petite milice de l'ethnie karène insurgée contre la junte birmane, selon les autorités thaïlandaises.

"Jusqu'à présent, seule l'ambassade des Etats-Unis a montré de l'intérêt (pour les jumeaux) et les a interrogés", a expliqué le chef du district de Suan Phung, près de la frontière thaïlando-birmane, où les adolescents vivent avec parents et proches sous la surveillance de la police des frontières thaïlandaise. "Un représentant de l'ambassade américaine les a rencontrés le 11 mai, mais il faut que des responsables de l'immigration (américains) les interrogent avant de prendre une décision. Le processus n'est pas encore terminé", a toutefois ajouté le chef du district, Payakphan Phokaew. L'ambassade américaine n'était pas joignable samedi.

Le Conseil national de la sécurité de Thaïlande a demandé au ministère de l'Intérieur de contacter un pays tiers pour un possible accueil du groupe des jumeaux qui comprend 24 personnes, dont des femmes et des enfants. Luther et Johnny Htoo, des jumeaux adolescents, se sont livrés en janvier à des soldats thaïlandais, avec une vingtaine de leurs partisans, dans la province occidentale de Ratchaburi, limitrophe de la Birmanie.

Leurs partisans prêtaient aux énigmatiques jumeaux des pouvoirs surnaturels, comme celui d'être immunisés miraculeusement contre les balles. D'obédience protestante fondamentaliste,

"l'Armée de Dieu" (God's Army) était née en 1997 d'une scission des militants les plus radicaux de l'Union nationale karène (KNU), la principale guérilla encore en activité contre la junte de Rangoon. Elle s'apparentait, selon certains experts, à une secte. Alliée à des activistes étudiants birmans en exil, elle était basée le long de la frontière birmane, en face de la province thaïlandaise de Ratchaburi, son territoire s'amenuisant comme une peau de chagrin depuis la chute de son QG de Kamaplaw fin 1999



   Viet-Nam : Sectes

La secte des Cao Dai vit une lune de miel avec les autorités communistes

AFP, 3 juin 2001 par Luke

[Texte intégral]

Hunt Tay Nin (Vietnam) - Si les autorités vietnamiennes sont fréquemment critiquées pour le traitement qu'elles réservent aux autorités religieuses, la secte syncrétiste des Cao Dai, autrefois ennemie jurée des communistes, a su tisser des relations harmonieuses avec le régime de Hanoï. "Les choses ont beaucoup changé en dix ans. Nous n'étions pas autorisés à tenir certains services religieux, mais maintenant, nous en avons la possibilité", affirme M. Le Van Khiem, un disciple de la secte qui regroupe plusieurs centaines de milliers de fidèles dans le sud du Vietnam.

M. Khiem ajoute que le gouvernement a donné des fonds destinés à rénover les édifices dignes de hollywood qui couvrent une centaine d'hectares près de la ville de Tay Ninh, dans le sud-ouest du Vietnam, à la frontière du Cambodge. L'écrivain Graham Greene avait qualifié dans "Un américain bien tranquille", son roman de 1955 sur les origines de la guerre du Vietnam, le Caodaisme de "prophétie de pacotille". "Le Christ et Bouddha regardent du haut d'une cathédrale une fantasia digne d'un Walt Dysney asiatique, des dragons et des serpents en technicolor", écrivait-il dans son livre célèbre. Dans la cathédrale de la secte, appelée "Saint siège", les fidèles s'agenouillent pour prier leurs saints devant un oeil en plâtre de trois mètres de diamètre. "Nous prions pour l'âme des défunts" explique un prêtre sur fond de chants de style bouddhiste. "Nous prions pour leur paix". Les principaux saints du caodaisme comprennent le père de la république chinoise Sun Yat Sen, le poète français Victor Hugo et le poète vietnamien Nguyen Binh Khiem. Moise et Jésus sont considérés par la secte comme la première et seconde incarnation humaine d'un lien avec Dieu et Nguyen Binh Khiem est censé être la troisième réincarnation. De nombreux "cardinaux" et "papes" - hommes ou femmes au statut égal - règnent sur les quelques 300.000 fidèles de la secte.

Fondée dans les années 1920 par un fonctionnaire colonial français, la secte des Cao dai a joué un rôle important pendant les guerres qui ont opposé communistes, français, américains et leurs alliés durant des décennies dans l'ancienne Indochine. Les Cao Dai disposaient d'armées privées connues pour leur haine des communistes et combattaient aux côtés des français d'abord, puis des américains jusqu'à la fin de la guerre du Vietnam en 1975. Mais depuis 1997, année de reconnaissance officielle de la secte, les choses ont changé. Les touristes visitent par milliers le "saint siège" coloré des Cao Dai, et des étoiles scintillent au dessus des guides qui escortent les étrangers débarqués d'autocars venus de l'ancienne Saïgon pour assister d'un balcon du deuxième étage à l'une des quatre "messes" quotidiennes. "Nous accueillons quotidiennement de 100 à 200 touristes venus des Etats-Unis, de France, d'Allemagne, ou de pologne", précise M. Khiem.

Contrairement aux autres sectes bouddhistes non-officielles dont les dirigeants sont souvent considérés comme des dissidents et en but aux tracasseries des autorités, les Cao Dai ont été reconnus officiellement comme religion en 1997. "Les Cao Dai sont donc autorisés à pratiquer leur foi comme toutes les autres religions", affirme M. Le Hong Dien, responsable local de la Culture et des Affaires religieuses. "Il y a encore dix ans les visiteurs du Saint-Siège des Cao dai se comptaient sur les doigts d'une main", se rappelle un résident étranger de la région. .



   Canada : Mormons

Quand les mormons tissent leur toile

La Presse, 4 juin 2001, par Remi Lemée

[Texte intégral]

La chemise est blanche, impeccablement repassée, amidonnée. L'homme est jeune, avenant, le cheveu court, le sourire perpétuel. Son compagnon lui ressemble comme deux gouttes d'eau. Vous les avez probablement rencontrés au détour d'une rue, avalant les kilomètres, leur petit livre à la main.

Les mormons sont connus pour leur travail de moine, si l'on peut dire. Plus d'une cinquantaine de milliers de missionnaires parcourent la planète de porte en porte pour baptiser les morts de l'humanité, condition sine qua non pour que «nos ancêtres atteignent le paradis». Ces infatigables globe-trotters du baptême en profitent pour distribuer Le livre de Mormon, la bible de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours.

Si aujourd'hui, ces prophètes des temps virtuels sont généralement accueillis avec le sourire, il n'en a pas toujours été de même. Le fondateur, Joseph Smith, fut massacré en 1844 à Nauvoo dans l'Illinois, par une foule l'accusant de polygamie. La polygamie sera d'ailleurs pendant longtemps une pierre d'achoppement avec le gouvernement fédéral américain. Pour échapper aux persécutions, les mormons s'installeront aux abords du Grand Lac salé, dans l'Utah. Dès lors, Salt Lake City deviendra la capitale des mormons.

L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours est riche. «Les contributions volontaires des membres de l'église sont le fondement financier de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours», explique Kim Farah, du département des affaires publiques de l'Église, qui ajoute que la totalité des contributions provient des 10% reversés par les fidèles sur leurs revenus.

Selon Kim Farah, «les contributions permettent de construire près de 400 lieux de réunion chaque année, de rénover les églises», ou encore de construire des centres pour recevoir les «600000 étudiants des 128 nations», qui assistent aux cours que dispensent les mormons. Toujours selon la porte-parole du département des affaires publiques, «l'église a des intérêts financiers limités et n'a pas de prise de contrôle majoritaire dans des entreprises américaines d'envergure nationale ou internationale».

En aucun moment, les mormons n'ont répondu de manière chiffrée à nos questions sur les revenus, le chiffre d'affaires de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Notre question sur la richesse et les revenus de l'église a récolté un expéditif «No».

Problèmes éthiques

Pourtant, ce n'est ni sur ses avoirs, ni sur des soupçons de polygamie que l'Église mormone est désormais attaquée. C'est plutôt sur le terrain de l'Internet. Jusqu'à tout récemment en effet, les disciples de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers Jours copiaient et microfilmaient les registres d'état-civil. Ils allaient ensuite enfouir ces derniers dans leur gigantesque abri antiatomique de Salt Lake City. Or, voilà que depuis peu, les mormons ont décidé de transposer le patrimoine de l'humanité sur le réseau des réseaux, ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes éthiques.

Ainsi, sur le site familysearch.org, vous pouvez retrouver vos ancêtres. Quatre ou cinq pages peuvent être microfilmées par minute et cela prend de deux à cinq minutes pour indexer un nom. Plus de 400 millions de noms ont été indexés minutieusement par les mormons. Le Québec n'est pas en reste. L'index généalogique international, l'une des bases de données disponibles sur familysearch.org, contient 2400000 événements pour le Québec (naissances, baptêmes, mariages, décès...). Le site ne désemplit pas et bat tous les records d'affluence.

Si familysearch.org est une mine d'or pour les généalogistes, c'est en revanche un danger certain pour les renseignements personnels. Les premiers à s'en soucier ont été les autorités françaises. Depuis 1987, le gouvernement français et l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours avaient passé un accord: les mormons microfilmaient les registres de baptêmes dans l'Hexagone et donnaient un double de leurs travaux aux Archives de France. Opération intéressante pour la poussiéreuse institution, qui obtenait gratuitement la généalogie des Français.

Un fichier religieux

Mais l'automne dernier, les Français ont commencé à s'inquiéter. Le directeur des Archives de France découvrait Internet et déclarait au quotidien Libération: «Pourquoi l'Église met-elle ces données sur le Web? Dans quelle finalité et dans quel contexte? La convention passée en 1987 ne prévoyait pas la révolution des nouvelles technologies». L'accord prévoyait bien un microfilmage, mais ne faisait en aucun moment mention du Web. Tout de suite, les Européens ont vu des dérives possibles. Que deviendrait ce fichier s'il tombait en de mauvaises mains?

Le site familysearch.org a connu plus de trois milliards de connexions lors de sa première année d'existence. Depuis peu, l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours vend des logiciels de généalogie spécialisés et commercialise des CD-ROM comportant les noms de nos ancêtres. Si vous désirez savoir si un de vos aïeux européens a immigré aux États-Unis, le CD-ROM Mormon immigration index devrait vous donner la réponse. Paul Nauta, du département de la famille et de l'histoire de l'église, balaie la discorde: «L'accord de coopération entre le Gouvernement de France continue, le microfilmage continue et il n'y a pas eu de conflit».

Il y a un autre souci, éthique celui-là. La manie des mormons de baptiser les morts fait que vos ancêtres sont peut-être devenus mormons, alors qu'ils étaient catholiques, musulmans, athées... Votre tante Agathe et votre oncle Gaston, bons catholiques, n'auraient peut-être pas aimé changer de religion après leur mort!

Sites à consulter

Les ex-mormons
Les mormons
Real Mormon History



   Canada : Mormons

Une mise au point

Un message de Peter FORMANN, 5 juin 2001

[Texte intégral]

Bonjour,

Je voulais vous dire et donc porter à votre connaissance que l'état des finances et l'utilisation de l'argent des membres "mormons" font l'objet d'un état annuel lors des conférences semi annuelle à Salt Lake City et ce rapport financier est publié dans le magazine "le liahona" anciennement l'étoile.

Seuls, les dons dit "dont de jeûne" sont localement utilisés pour aider des familles nécéssiteuses dans les différentes paroisses du monde entier par les évêques locaux et ne sont pas rapportés sur ce magazine.

Tous les chiffres statistiquement parlant sont donnés dans le journal "Church news" chaque mois, ainsi que tous les changements notables liés à cette obédience.

D'autres parts tous les dons, et toutes les "dîmes" donnés par les membres de cette église sont destinés aux fins suivantes :

- construction des chapelles
- achat de terrains pour les constructions
- construction de temples (104 en service actuellement)
- aides humanitaires internationales
- budget de fonctionnement de l'église
- aides humanitaires locales et ponctuelles

Selon le rapport annuel du 14 avril 2001 sur le magazine "Church news" :

nombre de pieu année 2000 : 2581
nombre de paroisses année 2000 : 25915
nombre de missions année 2000 : 334
nombres de districts année 2000 : 621
nombre total de membres en 2000 : 11 068 861
nombre de missionnaires en 2000 : 89734
nombres de convertis en 2000 : 273973
nombre de temples en activité en 2000 : 104

ces chiffres sont réels et proviennent de la conférence générale du 31 mars 2001.

Mes suggestions sont que vous devriez publier dans votre site le plus d'informations possibles sur l'église mormone telle qu'elle et aujourd'hui tout en gardant les informations historiques que vous avez mais en soulignant peut être l'évolution de cette obédience au long des années vers cette importance de la famille et des principes familiaux et moraux qui sont si souvent bafoués aux jours d'aujourd'hui en mentionnant également toute l'aide humanitaire distribuée régulièrement dans le monde.

Je suis membre de cette église et j'ai une fonction financière que j'ai exercé sur plusieurs continents, et je peux vous dire que c'est sans risque pour moi que je vous donne ces quelques renseignements et ceux que vous pourriez me demander ultérieurement.

Je suis totalement d'accord avec vous d'avertir les gens sur ce à quoi ils s'engagent lorsqu'ils sont contactés par des missionnaires mormons, et cela devrait être en vigueur par les missionnaires mais ce n'est pas leur mission.

Je vous félicite de lutter contre le danger sans cèsse grandissant des sectes et cela contribut à renforcer les valeurs morales et familiales dispensées par l'église mormone.

Peter FORMANN
VINSON.FISHER@wanadoo.fr



   France : Sectes

Six mois ferme pour avoir privé sa fille de traitement antipaludéen

AFP, 5 juin 2001

[Texte intégral]

VALENCE - Le tribunal correctionnel de Valence a condamné mardi à six mois de prison ferme, un père de famille qui avait refusé un traitement antipaludéen pour sa fille de 13 ans avant un séjour à Madagascar à l'automne 1999, où elle a contracté le paludisme.

Lors de l'audience le 4 mai, le procureur de la République avait requis six mois ferme à l'encontre de Gérard Rehlinger, un ancien maçon de 47 ans, qui comparaissait pour manquement à l'obligation de soins et blessures involontaires.

Ce dernier avait invoqué les préceptes de l'institut de santé globale, une communauté installée à Taulignan (Drôme) dont il est membre actif, et qui refuse tout médicament. La jeune fille avait contracté la maladie durant son séjour de deux mois à Madagascar et avait été rapatriée en France, où sa mère l'avait alors fait hospitaliser à Montpellier pour y suivre un traitement lourd.

Lors d'une première audience, le 6 mars, M. Rehlinger avait été condamné par défaut à huit mois de prison ferme et à la déchéance de ses droits familiaux, mais il avait fait opposition au jugement, en faisant valoir qu'il n'avait pas reçu sa convocation.



   France : Negationnisme

Le négationnisme ronge toujours Lyon-III

Libération, 5 juin 2001 Par Olivier Bertrand

[Texte intégral]

Après un mémoire sur «la race», enquête sur les liens de la fac avec l'extrême droite.

«Je me suis laissé entraîner dans une spirale par des profs qui ont laissé des étudiants démolir leur avenir sans jamais payer.» Pascal Garnier, étudiant «repenti»

Elles veulent en finir avec l'ambiguïté. Cette semaine, plusieurs associations lyonnaises vont demander au ministère de l'Education nationale la mise en place d'une commission d'historiens, chargée d'étudier le poids de l'extrême droite au sein de l'université Lyon-III (Jean-Moulin). L'ampleur des dérapages négationnistes et néonazis des années 1990 n'est pas encore connue (1), mais l'on sait que des enseignants d'extrême droite continuent d'assurer, en plus de leurs cours, le recrutement et la promotion de leurs amis (lire ci-contre). En outre, un collectif d'associations (2) va également réclamer l'annulation du diplôme de maîtrise de Pascal Garnier, aujourd'hui militant de la Ligue savoisienne et «repenti de l'extrême droite», selon ses termes. Ce serait le deuxième cas après celui de Jean Plantin, dont la maîtrise avait été annulée en novembre 2000 par Lyon-II (3). La maîtrise de Garnier, truffée de références antisémites, a reçu la mention bien en 1990 de la part des professeurs qui avaient validé le DEA de Plantin. Le parcours des deux étudiants montre l'étonnante porosité entre l'université et les milieux d'extrême droite, ainsi que le rôle ambigu joué par leur directeur de recherche commun, un mandarin dont la réputation ne le rendait guère suspect de sympathies négationnistes.

Bière et chants nazis. Dès son arrivée à Lyon-III, au début des années 80, Pascal Garnier croise un grand nombre d'enseignants marqués politiquement. Notamment Pierre Vial, qui anime le courant néopaïen du Front national, Jean-Paul Allard, qui a validé en 1985 la première thèse négationniste française, ou encore Jean Varenne, cofondateur du Grece (Groupement de recherche et d'étude pour la civilisation européenne), mouvement des intellectuels de la nouvelle droite. Ce dernier recrute Garnier au Grece. En ville, l'élève retrouve en outre certains de ses maîtres dans des mouvements d'extrême droite. Il appartient également à Edelweiss, un groupuscule fondé par Pierre Vial : randonnées en montagne, soirées à boire de la bière en chantant des chants nazis et entraînement au tir dans les monts du Lyonnais.

Pour sa maîtrise, Pascal Garnier se rapproche de Régis Ladous, un professeur plus proche de la démocratie chrétienne que de la droite dure. Ladous peine à expliquer ce choix et surtout les raisons pour lesquelles il a accepté ce drôle d'étudiant. «Quand je suis arrivé à la fac, j'étais très con, reconnaît-il. Il n'y a pas d'autre mot. Je croyais qu'un garçon de 20 ans ne devait jamais être considéré comme perdu. Eh bien, non. Un garçon de 20 ans peut être aussi dangereux et aussi fossilisé qu'un vieux salaud de 60 ans. Mais convenez que ce n'est pas facile à reconnaître, quand on a voulu être enseignant.» Pascal Garnier travaille avec Ladous sur «Le thème de la race dans l'Emancipation nationale», journal collaborationniste de Jacques Doriot. Il empile les réflexions antisémites et fait longuement l'éloge de Georges Montandon, «raciologue» français qui se livrait à des expertises pour les SS pendant la guerre, dans les «cas douteux d'aryanité». Pascal Garnier décrit le personnage comme un «esprit nuancé et subtil». Il décroche la mention bien du jury qui validera plus tard le DEA de Plantin.

L'année suivante, Garnier n'obtient curieusement que 3/20 à son DEA, pour un mémoire pourtant moins sulfureux que la maîtrise. Son directeur de recherche prétend que l'étudiant a présenté un travail qui n'avait rien à voir avec celui qui avait été préparé. «A mon avis, estime Garnier, en parlant de ses professeurs, il a pris peur : l'affaire Notin venait d'éclater à Lyon (4), il fallait devenir prudent. Mais avant ça, plus les sujets étaient sulfureux et plus Ladous était intéressé.» L'enseignant répond qu'il a «appris à ne pas craindre les voisinages sulfureux, à condition que cela reste des voisinages». Mais, du voisinage à l'encerclement...

En 1992, Régis Ladous participe à la tenue d'un colloque, coorganisé à Lyon par le Cesnur, mouvement italien fondé en 1988 pour étudier les «nouveaux mouvements religieux», formule pudique qui désigne les sectes. L'époque est au syncrétisme. Mouvements d'extrême droite, intégristes religieux et responsables de sectes se rapprochent, avec parfois la bienveillance d'universitaires. A la tribune, on retrouve des professeurs lyonnais, mais aussi un militant néonazi, responsable du mouvement radical Nouvelle Résistance.

«Dérives». Régis Ladous assure qu'il s'est écarté du Cesnur après trois colloques, dès qu'il a constaté les «dérives» de son directeur, Massimo Introvigne, un avocat proche des mouvements catholiques traditionalistes de l'extrême droite italienne. Mais auparavant, Ladous aura aidé le Cesnur, comme Garnier ou Plantin, dans leur quête de légitimité universitaire. Son nom apparaît en effet dans les statuts du Cesnur, déposés en 1990 à Foggia. Il a fait partie du «comité scientifique» du Cesnur de 1990 à 1993, avec une poignée d'autres professeurs européens et américains, comme ce chercheur californien parti en 1995 enquêter au Japon sur l'attentat au gaz sarin attribué à la secte Aum dans le métro de Tokyo. Le voyage avait été payé par la secte elle-même.

«Si tout cela est vrai, Régis Ladous doit à présent s'expliquer sur ces éléments, estime Pierre Hémon, secrétaire national de Ras l'front. Nous voulons comprendre s'il a été manipulé ou s'il était conscient de ce qu'étaient les étudiants et associations qu'il a soutenus.» Les ambiguïtés du professeur compliquent en effet nettement la lutte contre le négationnisme à Lyon. Car Régis Ladous appartient par ailleurs à l'association René-Cassin, engagée à l'université contre l'extrémisme et le négationnisme. Jusqu'à la révélation de l'«affaire Plantin», il dirigeait également l'Institut d'histoire du christianisme, une institution lyonnaise dont le précédent directeur travaille aujourd'hui auprès du Vatican. De nombreux mandarins s'étonnent, mais sont embarrassés. Récemment, le président de Lyon-III a demandé à Régis Ladous de réunir à nouveau le jury qui avait validé le DEA de Plantin. Une décision que la plupart des associations luttant contre l'extrême droite analysent comme une diversion, pour ne pas répondre aux questions plus structurelles posées par l'encombrante présence de cette composante au sein de l'université. Régis Ladous refuse d'obtempérer, estimant que Plantin sortirait gagnant d'un bras de fer.

«Spirale». Pendant que leur ex-directeur d'études se débat, Jean Plantin est devenu éditeur et Pascal Garnier a continué quelques années sa route au sein de l'extrême droite. Plusieurs fois, Garnier a croisé ses anciens professeurs dans les universités d'été de Synergies européennes, mouvement né d'une scission du Grece. Il a intégré la Ligue savoisienne en 1997, tout en continuant ses activités à l'extrême droite jusqu'à l'été 1998. Avant de décrocher. Aujourd'hui, il estime s'être «laissé entraîner dans une spirale par des professeurs qui ont laissé des étudiants démolir leur avenir sans jamais payer. C'était mon voyage au bout de l'extrême droite».


(1) Plusieurs mémoires ont disparu de l'université, dont la bibliothèque a depuis été incendiée, en juillet 1999.
(2) Hippocampe (association étudiante), la Ligue des droits de l'homme et l'association Laïcité et République demandent l'annulation de la maîtrise de Pascal Garnier et s'associent à Ras l'front, SOS Racisme, le cercle Marc-Bloch, l'Union des étudiants juifs de France et l'Unef-ID pour réclamer celle du DEA de Plantin.
(3) Cet étudiant négationniste a été condamné le 13 mars 2001 par la Cour de cassation pour «contestation de crimes contre l'humanité».
(4) En 1990, l'enseignant Bernard Notin avait publié un texte négationniste et antisémite dans une revue financée par le CNRS.



 



  Belgique : Témoins de Jéhovah

La garde des enfants

Web, 6 juin 2001 , par Jacques Luc

[Texte intégral]

Le tribunal de Liège vient de décider ce qui suit :

Lorsqu'un couple se sépare ou divorce et qu'un seul des partenaires est Témoin de Jéhovah, la garde du ou des enfants sera automatiquement confiée à celui qui n'est pas témoin de Jéhovah, et ce jusqu'à ce que l'enfant ou les enfants atteigne(nt) l'âge de 12 ans.

Lorsque le conjoint Témoin de Jéhovah bénéficie de son droit légal de visite et accueille l'enfant chez lui pour une courte période (par exemple le week end), il lui sera interdit de l'amener aux réunions ou en prédication, et ce jusqu'à ce que l'enfant atteigne l'âge de 12 ans.

Ce n'est que dans le cas où le non Témoin de Jéhovah est totalement inapte à la garde de l'enfant que ce dernier sera confié au conjoint Témoin de Jéhovah mais toujours avec les restrictions qui viennent d'être mentionnées.



   France : Sectes

"le plus inquiétant, c'est les enfants"

Lyonmag, 6 juin 2001 pris sur le site de Roger Gonnet

[Texte intégral]

Présidente de l'Adfi Lyon, une association qui lutte contre les sectes, Yvette Genosy fait le point sur les mouvements sectaires présents dans la région. Les sectes les plus actives à Lyon ?

Yvette Genosy : L'église de Scientologie et les Témoins de Jéhovah. C'est pour ces deux mouvements que nous avons le plus d'appels au secours. Mais aussi la Nouvelle acropole qui est toujours implantée sur les pentes de la Croix-Rousse même si elle fait un peu moins parler d'elle. Et il y a aussi Moon qui a fait deux réunions à Lyon depuis le début de l'année. Une troisième est encore prévue en juillet.

Ce sont les seuls mouvements présents ?

Y.G - Non, mais c'est difficile de connaître l'activité exacte des autres sectes qui n'ont pas de siège officiel. Exemple, on sait que les raëliens sont très actifs mais ils n'ont pas d'adresse. Même chose pour la Soka Gakkai qui organise des réunions chez les gens. En plus, les sectes avancent de plus en plus masquées.

C'est-à-dire ?

Y.G - Depuis certains procès, les sectes ont changé leur façon d'approcher les gens. Exemple, on voit de plus en plus de stages de formation qui sont en fait organisés par des sectes. Raël, par exemple, emploie beaucoup cette technique. Le contenu de ces stages ? Ce sont des formations qui sont proposées dans des lieux idylliques, pendant le week-end. On promet aux gens de leur apprendre à s'exprimer plus facilement, à mieux se défendre et à développer leur personnalité. Ça prend des allures anodines mais il faut se méfier. On a beaucoup de cas à Lyon car les chefs d'entreprise ne contrôlent pas ces stages.

D'autres nouvelles formes de recrutement ?

Y.G - proposer ensuite à leurs élèves d'aller plus loin... Et on dérape rapidement de la simple séance de yoga à des séances de relaxation, de méditation...

Mais ces religions orientales sont reconnues !

Y.G - Le vrai problème, c'est que ces pratiques ne sont pas adaptées au monde occidental. C'est particulièrement vrai pour Krishna. En Inde, Krishna ne pose aucun problème. Mais en Europe, beaucoup d'adeptes finissent par se suicider. Même chose pour le Karmaling à Grenoble qui est pourtant reconnu par les bouddhistes. Beaucoup de pratiquants se sont retrouvés en hôpital psychiatrique.

Il y a vraiment une menace sectaire ?

Y.G - Oui, c'est évident même si aujourd'hui les gens sont mieux informés et qu'ils ont appris à se méfier. Mais ce qui nous inquiète le plus aujourd'hui, c'est l'avenir des enfants d'adeptes.

Pourquoi ?

Y.G - Parce qu'aujourd'hui, on voit arriver la deuxième génération d'adeptes. Ce sont des enfants qui ont grandi auprès de leurs parents piégés par une secte. Ces jeunes n'ont donc pas d'autres repères que la secte. Ce qui rend encore plus difficile de les en sortir. C'est pour ça que je ne comprends pas que le concept de manipulation mentale ait été supprimé de la nouvelle loi qui vient d'être adoptée par le parlement. Le plus grave, c'est que la Ligue des droits de l'homme se soit opposée à ce délit de manipulation mentale

Mais il y aussi Mgr Billé qui a fait pression ?

Y.G - Quand on voit les problèmes qu'il a avec le mouvement de mère Myriam dans la Loire qui est une véritable secte, il ferait mieux de s'occuper d'abord de balayer devant sa propre porte. C'est la même hypocrisie que pour les scandales de prêtres pédophiles.



   France : Moon

Le Maire de Janville-sur-Juine appelle ses administrés à la vigilance

Le Parisien, 5 juin 2001 par Stéphanie Auguy

[Texte intégral]

 

Des membres de la Fédération des familles pour la paix, une association affiliée à la secte Moon, tenteraient de recruter des adeptes dans des communes du Sud-Essonne où ils sont fortement implantés. " Cela s'est fait par l'intermédiaire de la Fédération des familles pour la paix, une succursale de l'église dite de l'Unification du christianisme mondial, l'autre nom de la secte Moon ", prévient Francis Chalot, le maire de Janville-sur-Juine.

Les membres de cette association ont distribué, pendant les vacances de Pâques, des prospectus accompagnés de petits cadeaux, des bonbons et des gâteaux. Objectif : inciter les Janvillois à prendre contact avec eux. Dans la foulée, les mêmes habitants ont également reçu une invitation à participer à un dîner-débat sur le thème du couple et de la sexualité dans un restaurant des Ulis.

Des prospectus et des invitations " Chacun est libre de choisir ses croyances, tient à préciser Francis Chalot, et jusqu'à présent les adeptes étaient très bien intégrés dans la commune. Le problème, c'est le prosélytisme. Aucun délit n'a été commis, mais mon travail est de rester vigilant en termes de prévention et d'informer les habitants de la nature exacte de cette organisation. Des personnes affaiblies ou à la recherche d'un soutien pourraient être sensibles au discours moralisateur tenu, sans savoir ce qui se cache derrière. "

L'Association pour l'unification du christianisme mondial, une organisation évangélique dirigée par le révérend Moon, répertoriée dans le rapport des parlementaires sur " les Sectes en France ", compterait en Essonne près de 150 adeptes, basés aux Ulis et à Janville-sur-Juine.

En 1995, date du rapport, on dénombrait 500 membres en France et 180 000 dans le monde. " La secte Moon est en phase d'expansion sur le plan international, assure un membre de l'Adfi (l'Association de défense des familles et des individus contre les sectes). Mais en France, elle reste peu active. Depuis plusieurs années, nous pensions même qu'elle était en déclin. Pourtant, en ce moment, quelques signes dévoilent un regain d'activité de la part des adeptes. "

En Essonne, aucune tentative ouverte de recrutement ne semblait avoir eu lieu depuis dix ans. " Les membres de la secte, poursuit-on à l'Adfi, se manifesteraient en ce moment par le biais d'associations locales actives. "

Ces organisations proposent à la population de réfléchir sur des sujets souvent sensibles tels que la pédophilie, la drogue ou la morale. Selon le rapport sur les sectes, le principe de fondation de la secte Moon repose sur " l'échec de Jésus à créer une famille parfaite. Il revient au révérend Moon de créer cette famille... en acquérant une puissance économique qui lui permette de vaincre Satan ".



   France : Raël

Le clonage humain au secours des extraterrestres

Le Monde, 7 juin 2001 par Jean-Yves Nau

[Texte intégral]

Selon le mensuel franco-québécois "Médecine/Sciences", le projet de la secte des raéliens visant à créer en laboratoire le double génétique d'un être humain a, malheureusement, de fortes chances d'aboutir

Revue internationale de haut niveau spécialisée dans les avancées de la biologie et de la génétique, le mensuel franco-québécois Médecine/Sciences ne craint pas, à échéance régulière, de traiter des questions éthiques soulevées par le décryptage moléculaire et la maîtrise du vivant.

Après avoir, en 1997, dès la création de Dolly, exposé - sous la plume du professeur Axel Kahn - les principales raisons éthiques qui s'opposent au clonage reproductif dans l'espèce humaine, Médecine/Sciences revient sur cette question dans sa livraison de mai. Sous le titre "Attention, clones à l'horizon !", le professeur Bertrand Jordan (Marseille-Génopole), l'un des meilleurs généticiens français, fait le point des développements récents dans le domaine du clonage et fournit une série d'informations, inédites autant qu'inquiétantes, sur le projet de la secte des raéliens.

L'histoire de l'"Eglise raélienne" a commencé en décembre 1973 dans le Massif central, lorsque Claude Vorilhon, alors jeune journaliste français, dit avoir été abordé par un extraterrestre qui l'a appelé Raël et qui lui aurait confié un message "s'adressant à toute l'humanité". Cette Eglise est notamment fondée sur la croyance dans l'existence de plusieurs mondes habités, des visiteurs de l'espace et d'extraterrestres. Pour les membres de ce mouvement (qui refuse d'être qualifié de secte et qui compterait 50 000 membres à travers le monde), les acquis de la biologie, et notamment de la biologie moléculaire, sont autant d'éléments plaidant en faveur des thèses du fondateur, contre la théorie évolutionniste.

Avec la création de Dolly et la démonstration ainsi faite de la possibilité du clonage des mammifères adultes, les raéliens furent pleinement confortés dans leurs convictions scientistes et religieuses. En 1997, ce mouvement annonçait la création de "la première compagnie de clonage humain". Domiciliée aux Bahamas, cette société avait pour but de soutenir les recherches scientifiques sur le clonage des êtres humains et de proposer dès maintenant ces procédés "aux parents potentiellement désireux d'avoir un enfant qui serait le clone de l'un d'eux" (Le Monde du 21 avril 1997). Quatre ans plus tard, où en est-on ? Les raéliens s'approchent-ils de l'immortalité qu'offre, à leurs yeux, la pratique du clonage ? "Cette idéologie, les moyens financiers non négligeables dont dispose le mouvement, mais aussi et surtout son caractère sectaire sont en l'occurrence de sérieux atouts, souligne le professeur Jordan. La matérialisation du projet raélien est liée à la rencontre avec un couple américain qui a perdu un enfant l'an dernier à dix mois, à la suite d'une erreur médicale. Bien que jeunes (ils n'ont pas atteint la quarantaine), les parents, qui ont déjà deux autres enfants, tiennent absolument à recréer ce bébé afin qu'il poursuive sa vie prématurément et injustement interrompue."

"JE FRÉMIS" L'auteur explique aussi que ces parents sont prêts à y consacrer des sommes importantes provenant notamment du procès qu'ils ont gagné contre l'hôpital où est décédé leur enfant. Ils ont pris contact avec les raéliens en juin 2000. Et quoique n'appartenant pas à la secte, un accord a pu être trouvé : c'est leur enfant que les raéliens tentent actuellement de cloner. Le professeur Jordan précise que la directrice scientifique de la société créée en 1997 (dénommée Clonaid) est une chimiste française, Brigitte Boisselier, qui a longtemps travaillé pour Air liquide. Parmi les atouts dont dispose la secte, il faut compter avec les dizaines de jeunes femmes prêtes, d'une part, à donner leurs ovocytes pour pratiquer le clonage et, d'autre part, à offrir leur utérus pour la gestation de l'embryon cloné. "Je frémis (et je ne suis sûrement pas le seul) à l'idée qu'un jour la grande presse puisse annoncer la naissance du premier clone humain et présenter cet événement comme un éclatant succès de la secte raélienne - et, quelque part, comme une preuve de ses théories délirantes et une incitation à leur accorder crédit", conclut le professeur Jordan.



   France : Anthroposophie

Le combat des écoles Steiner

L'Express,, 7 juin 2001 par Barbara Romero

[Texte intégral]

Accusées de sectarisme, elles répliquent

Les écoles Steiner s'apparentent-elles à une secte ou non? Ces établissements - 17 en France - dont la pédagogie s'appuie sur l'anthroposophie, la théorie de Rudolf Steiner (1861- 1925), ont été classés comme tels en 1999 par le rapport de la commission parlementaire sur les sectes.

Son président, Jacques Guyard, qui a accusé, sur France 2, ces écoles d'être des sectes, a été condamné pour diffamation et devait être jugé en appel le 7 juin.

Sitôt le rapport publié, un commando de 70 inspecteurs de l'Education nationale avait déboulé sans s'annoncer dans les écoles. Et la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (Mils) avait alors recommandé une extrême vigilance face à la "galaxie anthroposophique". "Mais nous n'avons jamais dit que l'anthroposophie était une secte, précise Anne Fournier, de la Mils. Nous voulions juste prévenir les parents qu'il ne s'agissait pas de simples écoles alternatives."

Président de la Fédération des écoles Steiner, Jacques Dallé s'insurge: "Cette année, de nouveaux inspecteurs sont venus. Ils se sont désolidarisés des conclusions des premiers."

Inspecteur général, Daniel Groscolas, qui doit remettre ses conclusions à la fin du mois, émet des réserves sur la qualité des enseignants et de la pédagogie, ainsi que sur le taux de vaccination. "Mais rien n'alimente la thèse de relations sectaires dans les écoles Steiner", affirme-t-il.

Une pétition de 24 000 signatures vient d'être remise à Jack Lang pour réclamer le respect du pluralisme scolaire.

Même les antisectes de l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu soutiennent les écoles Steiner. "Je n'ai jamais eu aucune plainte", affirme sa présidente, Janine Tavernier. Qui y a inscrit ses enfants, puis ses petits-enfants.



   Canada : Scientologie

Un Américain anti-scientologie cherche refuge au Canada

Agence Reuters Canada, 7 juin 2001 par Julie Rémy

[Texte intégral]

Un ingénieur américain décrit comme un "expert en explosifs" et reconnu coupable par une cour californienne d'avoir menacé l'Église de Scientologie a demandé jeudi le statut de réfugié aux autorités canadiennes, ont indiqué des responsables gouvernementaux.

Keith Henson, un résident de Palo Alto âgé de 58 ans, a été arrêté lundi dernier à Oakville, en Ontario, et détenu dans une prison en banlieue de Toronto après qu'un membre canadien de l'Église de scientologie ait averti la police que l'homme avait un dossier criminel et une expertise en explosifs. Un juge californien l'a reconnu coupable d'avoir entravé les droits de croyance religieuse des membres de l'Église - reconnue comme une religion aux États-Unis mais considérée comme une secte en France.

Henson était notamment accusé d'avoir écrit des messages haineux sur son site internet. Il ne s'est pas présenté en cour le 16 mai dernier pour entendre sa sentence, qui pourrait atteindre jusqu'à un an d'emprisonnement, et son absence pourrait se traduire par six mois de prison supplémentaires. À l'issue d'une audience tenue dans la prison où il a été détenu pendant une semaine, un arbitre canadien a permis jeudi sa libération conditionnelle, a indiqué un porte-parole du ministère canadien de l'Immigration.

Les conditions pour sa libération impliquent qu'il ne peut communiquer, directement ou indirectement, avec les membres de l'Église de scientologie, et qu'il ne peut s'approcher des locaux de l'organisation. Il doit également contacter la police tous les mois et coopérer si sa déportation est ordonnée, a précisé le porte-parole. L'avocat d'Henson a refusé de préciser les raisons invoquées dans sa demande de statut de réfugié mais l'ingénieur a indiqué dans une entrevue au quotidien The Hamilton Spectator qu'il avait reçu des menaces de mort sur internet et qu'il avait peur de retourner en Californie. Son avocat, Guidy Mamann, a dit à Reuters qu'il étudierait les documents déposés au tribunal californien. "Plusieurs questions restent en suspens dans ce procès. Il y a eu beaucoup de fausses informations diffusées à propos de M. Henson et mon travail est de l'aider à obtenir une justice à la fois ici au Canada et aux États-Unis", a-t-il dit.

Un membre de l'Église de scientologie à Toronto a dit à Reuters qu'il était très inquiet de la présence au Canada de Henson, qui possède selon lui "des connaissances poussées en explosifs" et déteste profondément la scientologie. "C'est un potentiel (Timothy) McVeigh", a-t-il dit en faisant référence au jeune homme reconnu coupable pour l'attentat à la bombe d'Oklahoma City, le plus meurtrier de l'histoire américaine. Mamann a réfuté ces allégations. "M. Henson n'est pas un spécialiste en bombes. Il ne constitue une menace pour personne", a-t-il dit à Reuters.

Ce dernier a dit au Hamilton Spectator que son conflit avec l'Église de scientologie avait débuté il y a six ans lorsque le groupe a tenté de faire fermer son site web parce qu'il critiquait leurs activités. Il a reconnu avoir dit qu'il voulait "les détruire complètement".



   France : Sectes

Les sectes prêtes à riposter

Le Point, 8 juin 2001 par Ugo Rankl

[Texte intégral]

Une loi permettant de dissoudre une formation qualifiée de sectaire a été adoptée la semaine dernière à l'unanimité par l'Assemblée nationale.

Ce texte s'appuie essentiellement sur deux dispositions. On a toiletté la vieille notion datant du Code Napoléon d'" abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse ".

Cela signifie que si un gourou reste libre de délivrer son message, il tombe sous le coup de la loi s'il en tire profit ou s'il met en péril la sécurité physique, morale ou matérielle de ses adeptes.

Deuxième disposition : le droit octroyé aux associations antisectes de se porter partie civile.

L'Association de défense des familles et de l'individu (ADFI) et le Centre de documentation, d'éducation et d'action contre les manipulations mentales (CCMM) pourront ainsi se substituer à des individus trop fragilisés par une expérience sectaire pour obtenir condamnations et réparations.

Cette dernière innovation irrite tout particulièrement les sectes, qui savent faire pression sur d'anciens adeptes pour qu'ils renoncent à toutes poursuites. Cette extension du pouvoir des associations antisectes suscite une forte contre-réaction. En effet, la sphère sectaire a elle-même créé ses groupes de défense.

Le plus actif en France, l'Omnium des libertés, dirigé par Joël Labruyère, s'est contenté pour le moment d'abreuver les journaux d'une littérature juridico-philosophico-scientifique peu convaincante.

Par contre, l'Omnium ne cache pas sa volonté d'être présent sur le terrain judiciaire, chaque fois que l'ADFI ou le CCMM se porteront partie civile. On peut donc s'attendre à de sérieuses empoignades devant les tribunaux qui, finalement, devront trancher la sempiternelle question : qu'est-ce qu'une secte ?



   Canada : Sectes

La guerre contre le clonage

Le Québécois Libre, 9 juin 2001 par François Tremblay (1)

[Texte intégral]

La montée de l'anticapitalisme – l'opposition à la liberté dans les échanges, surtout entre citoyens de pays différents – doit certainement nous inquiéter. Cependant, l'antitechnologisme, qui fait partie de ce mouvement contre le progrès, devrait aussi nous inquiéter. Les deux sont évidemment inter-reliés: le commerce stimule l'avancée de nouvelles technologies, qui réciproquement rendent le commerce plus efficace et les produits plus appréciés.

Personne, sauf les anarchistes les plus dérangés, ne mettrait en doute le fait que la technologie a amélioré notre niveau de vie de plusieurs ordres de grandeur. Les racines du mouvement ne résident pas directement dans ce fait, mais plutôt concernent la désirabilité des effets secondaires de ce niveau de vie. Les effets sur l'environnement, la sécurité, et la liberté humaine (plus précisément la plus grande liberté que quelques technologies nous donnent, comme la cryptographie) sont les plus décriés.

Levée de boucliers

La nouvelle guerre contre le clonage et les pratiques médicales basées sur la génétique est le premier retentissant coup de canon dans la lutte antitechnologiste. Presque tous les pays du monde ont joint la lutte, à part quelques îlots de liberté en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique, qui se referment rapidement sous la pression des pays plus développés.

La question des découvertes génétiques en général est beaucoup plus vaste que la simple question de copier la génétique d'un être humain, même si c'est le clonage qui a toute l'attention. Les implications se ramifient dans des domaines comme la fabrication d'organes, les traitements géniques et autres modifications génétiques, les aliments transgéniques, etc.

L'information génétique d'un individu est contenu dans son ADN, et cette molécule est donc la clef du processus. Pour le clonage, le processus consiste à implanter un ovule dans la femme, ovule dont l'ADN a été préalablement substitué par la séquence à « cloner ». La création d'organes serait rendue possible par le clonage de cellules humaines. Évidemment, l'ADN même peut être modifié, comme dans le cas des aliments transgéniques, pour produire des plantes plus résistantes aux changements de températures, ou de plus gros fruits.

Au Canada, l'avant-projet de loi d'Allan Rock interdit le clonage humain, ainsi que la plupart des pratiques génétiques, sauf le clonage animal et le clonage de cellules humaines à des fins thérapeutiques. En mai, lors de la réunion annuelle de l'Organisation Mondiale de la Santé, le Canada s'est présenté comme pionnier dans la guerre contre le clonage, en proposant un accord interdisant ces pratiques génétiques.

Aux États-Unis, cinq États ont déjà rendu le clonage illégal et un projet de loi américain rendrait illégaux le clonage et l'immigration de clones. L'entreprise raëlienne appelée Clonaid, qui entend offrir un service de clonage pour 200 000 $ et se préparait à effectuer le premier clonage humain, s'est vue expulsée des Bahamas et opère maintenant aux États-Unis dans un secret relatif.

Si la guerre contre le clonage se poursuit de plus belle, ce qui semble être le cas, nous pouvons anticiper que ses résultats seront aussi peu convaincants que ceux de la guerre contre la pauvreté ou la guerre contre la drogue. Ou comme le disait sarcastiquement Harry Browne lors de sa dernière campagne électorale, rendre le clonage illégal résultera en quinze Bill Clinton et dix Al Gore dans les cinq prochaines années.

« Allan Rock justifie ses lois comme protégeant "la dignité et l'intégrité humaines". Ceci est bizarre: est-ce que d'avoir un jumeau identique est une atteinte à l'intégrité humaine? »

Plus que tout autre marché noir, un marché noir du clonage serait extrêmement dangereux, vu la complexité scientifique du processus. Si nous persistons dans cette voie, nous pourrions faire face à une crise médicale mondiale, non seulement par les barrières que cela créerait pour la médecine génétique, mais par les catastrophes possibles dues aux manipulations génétiques effectuées par des acteurs de marché noir. Assisterons-nous à une mafia de clones?

L'état de nature

Nous faisons face à un domaine complexe, et la tendance générale à simplifier le débat par des phrases creuses est regrettable. Bien sûr, les manipulations génétiques ne sont pas sans danger, même si elles sont faites dans la légalité – il serait obtus de penser autrement. Mais ceci est vrai de n'importe quelle technologie. Quiconque ayant vu son travail effacé par un « crash » d'ordinateur pourrait en témoigner dans une certaine mesure. Même la technologie la plus potentiellement destructrice que l'on peut imaginer, la bombe nucléaire, nous apporte les bienfaits de l'énergie nucléaire: il serait peu aisé de trouver quelque technologie qui soit carrément bonne ou mauvaise, quelles que soient les actions des individus qui la manipulent.

L'opinion scientifique sur le sujet jusqu'à maintenant est simple: le clonage est encore une technique peu efficace, peu étudiée, qui pourrait encore être très dangereuse (le taux de succès n'a pas encore excédé 10%), et les détails moléculaires du processus ne sont pas encore bien compris. La solution à ces problèmes, cependant, n'est pas de le rendre illégal, mais plutôt d'encourager la recherche. Comme le but du mouvement antitechnologiste est de revenir à l'état de nature, ou du moins de s'en rapprocher, une telle alternative n'est pas envisageable.

Oui, le clonage a des mauvais côtés, mais si on n'écoutait que les arguments des politiciens, on pourrait croire que les arguments contre le clonage sont tellement ridicules qu'il ne doit pas y avoir vraiment de mauvais côtés! Tandis que les moins éduqués d'entre nous évoquent des scénarios apocalyptiques d'armées de clones et de terribles mutations, les plus éduqués clament qu'il ne faut pas changer la nature humaine.

Comme exemple de ce comportement, Allan Rock justifie ses lois comme protégeant « la dignité et l'intégrité humaines ». Ceci est bizarre: est-ce que d'avoir un jumeau identique est une atteinte à l'intégrité humaine? De même, des députés américains se plaignent que la reproduction est en train de devenir « un processus manufacturier », ce qui revient à dire que la reproduction n'est plus le processus hasardeux qu'il a toujours été. Présumément, dans le monde pastel des politiciens, la nature humaine de la reproduction est plus importante que la mortalité due aux maladies génétiques.

Il y a certainement des questions philosophiques intéressantes dans la manipulation génétique. Qu'est-ce qu'un être humain? Devons-nous prendre le contrôle de notre propre évolution, et comment? Ce sont des questions profondes, mais d'évoquer constamment la nature humaine pour empêcher toute discussion est doctrinaire.

Sur quoi se base-t-on pour rejeter le droit au clonage et autres techniques? À qui appartient l'ADN d'un individu? La question est fondamentale, tout autant que pour l'avortement – ce n'est pas un hasard que les deux sont liées à la reproduction. Si le corps de l'individu appartient à celui-ci, alors il n'y a aucune objection au clonage.

Ce n'est qu'en partant de la fausse prémisse que les individus appartiennent à l'État, au-delà des droits et libertés auxquels nous sommes sujets, que nous pouvons trouver normal de débattre de questions comme les lois contre le clonage. Me nier ma liberté la plus fondamentale n'est pas une protection de m