Actualités sur les sectes en mai 2001
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Etats-Unis : Sectes
AFP, 1er mai 2001 Loi contre les sectes en France: Washington exprime sa préoccupation
WASHINGTON, - Un haut responsable américain Michael Parmly a exprimé sa "préoccupation" mardi lors d'une audition au Sénat au sujet d'une proposition de loi française qui menacerait, selon Washington, la liberté religieuse en France. "Nous sommes préoccupés par le langage (contenu dans cette proposition de loi dite "About-Picard") qui est dangereusement ambigu et qui pourrait être utilisé contre des associations religieuses légitimes, comme les écoles religieuses, les séminaires, les monastères ou les retraites", a déclaré devant une sous-commission du Sénat, le sous-secrétaire d'Etat américain aux droits de l'homme, à la démocratie et au travail, Michael Parmly.
Selon lui, cette proposition de loi, qui autoriserait par exemple la possibilité de dissoudre les sectes ayant fait l'objet de condamnations pénales, pourrait être examiné par le Sénat français le 3 mai. Elle a déjà été adoptée par l'Assemblée nationale en juin dernier. "Nous allons suivre l'affaire de près", a-t-il dit, en soulignant que l'ambassade américaine à Paris était activement mobilisée à ce sujet.
Plus largement, le haut responsable s'est inquiété d'un contexte grandissant de discrimination religieuse en Europe occidentale, et il a mis en cause des "pratiques visant des "sectes" religieuses en Autriche et en Belgique, ainsi qu'en France" qui pourraient faire tache d'huile dans d'autres pays européens, notamment en Europe de l'Est.
Il a noté que des parlementaires du Conseil de l'Europe ont demandé, le 26 avril, au Sénat de retarder l'examen du projet de loi About-Picard, du nom de ses deux rapporteurs, Nicolas About pour le Sénat et Catherine Picard (PS) pour l'Assemblée nationale. M. Parmly a par ailleurs évoqué le cas de la Belgique et une liste officielle de 189 "sectes". "Cette liste choquerait beaucoup d'Américains" s'ils en avaient connaissance, a commenté le sénateur républicain Gordon Smith, lors de l'audition, en dénonçant "une tendance dans certains pays européens de cibler de façon discriminatoire des organisations religieuses".
Cette liste mentionne les Témoins de Jehovah, les Mormons ou encore les Amish, selon le sénateur Gordon. Washington est "par ailleurs préoccupé par des pratiques discriminatoires en Allemagne, ciblant l'Eglise de Scientologie", a indiqué M. Parmly.
La Chambre des Représentants, à majorité républicaine, a adopté en septembre dernier une résolution dénonçant les pratiques de discrimination religieuse en Europe occidentale, souvent dénoncées aux Etats-Unis. Lundi, une commission fédérale américaine sur la liberté religieuse avait appelé, dans son rapport annuel, l'administration Bush à relancer son combat contre la repression religieuse dans le monde, citant des abus en Chine, en Inde, au Vietnam et au Soudan.
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Etats-Unis : Moon
Révérend Moon, le retour
Combat face au sida, Numéro Spécial avril 2001 - Tribune libre par Thierry Meyssan, Président du Réseau Voltaire
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Le Washington Post a longuement relevé, au cours de la campagne présidentielle américaine, l'engagement de nombreuses autres organisations religieuses de la droite extrême, particulièrement de l'Eglise de l'Unification, aux côtés du candidat Georges W. Bush. Nous apportons quelques informations complémentaires.L'Église de l'Unification a été fondée, en 1954, par le révérend Sun Myung Moon. Son histoire controversée a été établie par une enquête d'une sous-commission du Congrès des États-Unis, en 1978. L'Église a été créée par les services secrets sud-coréens (KCIA), comme sous-traitants des services américains (CIA). Elle devait servir de couverture à de nombreuses activités anti-communistes, dont celles de la World Anti- Communist League (WACL), à partir de 1966. Le dispositif a été mis en place en relation avec deux milliardaires fascistes japonais, Sasakawa (le bienfaiteur de 1'Organisation mondiale de la Santé) et Kodama, et la participation de la Chine nationaliste. Le révérend Moon a été présenté comme le second messie venu sur terre compléter l'oeuvre inachevée de Jésus-Christ.
Au cours des années soixante-dix, l'Église de l'Unification s'est étendue à tout le "monde libre". En 1982-83, le révérend Moon, a été poursuivi aux États-Unis pour fraude fiscale et conspiration. Ses adeptes ont dénoncé une persécution religieuse et ont obtenu le soutien de très nombreux leaders religieux de toutes confessions.
En 1984, l'Église de l'Unification a modifié sa stratégie et fait alliance avec Rome pour éradiquer la théologie de la libération en Amérique latine. Jean-Paul II a reçu solennellement ses dirigeants, le 16 décembre 1985.
Au début des années 90, le révérend Moon, bien que viscéralement anticommuniste, prit contact secrètement avec la Corée du Nord. Il souhaitait acquérir le lieu de sa naissance. Une propriété de neuf kilomètres carrés, située à Chongchu (Pyongaupukto), aurait bénéficié de la fiction d'ex-territorialité pour 99 ans. Elle serait devenue le micro-État de l'Église de l'Unification, sur le modèle de la Cité du Vatican.
Dans ce contexte, le révérend Moon eu une série d'entretiens secrets avec Kim Il Sung, en 1991, puis avec KimJong Il, lorsque celui-ci lui succéda. L'Église offrit divers présents aux dictateurs et investit en Corée du Nord. Selon des documents, rendus publics par la Defence Intelligence Agency en octobre 2000, des mouvements de fonds d'environ 3,5 milliards de dollars ont été observés sur les comptes de l'Eglise de l'Unification. Ils auraient servi à financer l'effort d'armement nord-coréen et à fournir ainsi un "ennemi" crédible aux partisans américains de la construction d'un bouclier antimissiles. Le colonel Bo Hi Park, porte-parole du révérend Moon, a opposé un démenti formel aux allégations de la DIA.
À partir de 1995, Georges Bush Sr (ancien directeur de la CIA et ancien président des États-Unis) a honoré de sa présence les principales manifestations de l'Église de l'Unification. Ainsi, assista-t-il à une cérémonie de masse, rassemblant 50 000 moonistes, à Tokyo, à la cérémonie d'ouverture du Congrès mondial de la Fédération des familles pour la paix., au dîner de lancement de l'hebdomadaire mooniste Tiempos del Mundo, avant de se rendre, en compagnie du Révérend, à Montevideo (Uruguay) pour prendre la parole devant 4 200 séminaristes japonais de la secte. Ces interventions publiques de Georges Bush Sr ont été rémunérées par l'Église de l'Unification à hauteur de 10 millions de dollars en cinq ans.
Au cours des dernières années, l'Église de l'Unification a affermi ses positions en Corée et au Japon, et pris le contrôle économique et politique de plusieurs États en Amérique latine et dans le Pacifique, notamment l'Uruguay, les îles Fidji et les îles Marshall.
Le 15 janvier 2001, l'Église de l'Unification a organisé la XVIIIe Conférence mondiale des médias, renouant avec un type de manifestation internationale qui avait fait son succès d'influence. L'événement, présidé par l'ancien sénateur Larry Pressler, réunissait autour du révérend Moon et de l'inévitable Alexander Haig (ancien suprême commandeur de l'OTAN et ancien secrétaire d'État américain), d'anciens présidents du Belarus, du Costa Rica, du Guatemala, du Libéria, de Madagascar, des Seychelles, de 1'Uruguay et de la Zambie.
À peine investi par le Congrès, le nouveau General Attorney (Garde des Sceaux), John Ashcroft, était l'invité de marque du révérend Moon, le 20 janvier 2001, pour la plus prestigieuse soirée oecuménique que les États-Unis aient connue. Mille sept cents leaders religieux de toutes confessions étaient venus prier avec Sun Muyng Moon au Hyatt Regency Hotel, un palace situé à proximité du Capitole.
L'événement était organisé par la Fondation du Washington Times (quotidien mooniste) sous le titre : "L'Amérique ensemble, dîner pour l'unité et le renouveau". Parmi les intervenants, Stephen Goldsmith, ancien directeur de campagne du candidat Bush et nouveau conseiller spécial du président pour les initiatives religieuses, déclara que la nouvelle Administration entendait s'appuyer sur les communautés religieuses et ethniques pour donner une seconde chance à ceux que la prospérité a laissés au bord du chemin. Le General Attorney John Ashcroft délivra une parabole sur les merveilles de la Grâce divine. Diverses personnalités vinrent le féliciter pour la manière courageuse dont il avait répondu au harcèlement des démocrates qui, lors de l'audition d'investiture, le questionnèrent sans relâche sur sa vision du racisme, de l'avortement et de l'homosexualité.
Les moonistes en France
L'Église de l'Unification est peu présente en France. Elle a financé le Front national et placé deux de ces membres au Parlement européen, Gustave Pordea, puis Pierre Ceyrac (neveu de l'ancien "patron des patrons "). Par le passé, elle a rallié à sa cause Jean Fontaine (député FN de La Réunion), Michel de Rostolan (député FN), Jacques Soustelle (ancien ministre), Jean-Louis Beaumont (député-maire de Saint-Maur-des-Fossés). Elle s'est distinguée sur des terrains aussi différents qu'une campagne antisoviétique, SOS Droits de l'homme (1984) ou qu'une campagne de désinformation sur les dangers du préservatif (1993).
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France : Sectes
Combat face au sida, mai 2001 (numéro spécial)Pour un débat public sur l'aliénation sectaire
[Texte intégral]
En France et sur tous les continents, les mouvements sectaires ne cessent de faire la Une de l'actualité, notamment à l'occasion de drames meurtriers.
Cependant, les mouvements sectaires sont loin d'être toujours violents : bien des organisations ésotériques se développent aujourd'hui, qui font appel à la concentration, à la méditation, au pouvoir de soi sur soi. Quelle est leur dangerosité ? En quoi posent-ils problème à la société, au politique et à la citoyenneté ?
L'objet de cette première partie est de s'interroger sur cette aliénation dont il est trop facilement admis qu'elle serait spécialement néfaste quand d'autres sont passées sous silence. A l'occasion des débats sur la pénalisation des activités sectaires sont posées en fait des questions essentielles sur le contrôle social, d'où qu'il vienne et quelles que soient les assises de sa légitimation. Comme la diabolisation des usages de drogues, celle des mouvements sectaires est un échec.
Elle aussi renvoie les adeptes à la clandestinité au lieu de faire place à la parole et de développer une réflexion collective sur la quête d'un autre quotidien ou d'une autre identité.
Elle ignore l'emprise des mouvements sectaires sur une part croissante de citoyens, refuse de voir que l'effondrement en cours des valeurs collectives et des modes de socialisation traditionnels se traduit de plus en plus souvent par une indifférence aux moyens traditionnels d'exercer sa citoyenneté.
Tout cela n'amène nullement à négliger la dangerosité des sectes mais à considérer en quoi elles sont une réponse à des besoins, parfois existentiels, des membres de toute société : une réponse qui, bien souvent, trompe et avilit, une réponse synonyme de temps gâché et de relations humaines appauvries, une réponse finalement encore plus aliénante, souvent, que les aliénations dont elles prétendent nous débarrasser.
Il semble indispensable de gratter au-delà du vernis consensuel qui, lorsque des drames surviennent, ne manque pas de nous rassurer et de nous laisser croire que nous n'avons à gérer que quelques égarements passagers ou marginaux. Si les sectes nous font peur et si nous avons tellement besoin d'entendre qu'il faut s'en protéger et en protéger nos enfants, si la volonté d'en débattre publiquement n'aboutit jamais, c'est peut être parce que nous aurions alors à reconnaître que les mouvements sectaires existent et perdurent parce qu'ils répondent à des aspirations que notre société, elle, est incapable de satisfaire. Au fond, ne s'agit-il pas de constater les dysfonctionnements majeurs de notre société, incapable de proposer une vie épanouissante à une part croissante des citoyens ?
La réprobation morale ne pourra jamais réfréner le désir d'être bien, la recherche du plaisir.
Elle pourrait seulement se muer en proposition totalitaire : enfermer tous ceux qui s'écartent du droit chemin. Dans une secte ?
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Suisse : Raël
Le Temps, 2 mai 2001 par Patricia Briel Quand Raël lutte contre les prêtres pédophiles
Alors que certains de ses membres ont été impliqués dans des affaires de mœurs sexuelles, la secte vient de créer une association qui attaque nommément l'Eglise catholique. Celle-ci prépare la riposte.
La secte raélienne, adepte du clonage humain et d'un dialogue avec les extraterrestres, vient de lancer une offensive contre l'Eglise catholique en créant l'Association pour la dénonciation des prêtres catholiques pédophiles (Nopedo) dans plusieurs pays européens, dont la Suisse.
Une initiative pour le moins étonnante, venant de la part d'un mouvement dont des membres ont été impliqués dans diverses affaires de pédophilie. En Suisse, les autorités ecclésiastiques de certains cantons préparent une riposte.
Ces derniers jours, des tracts tous ménages ont été distribués par le mouvement raélien dans toute la Suisse romande, informant les familles de la création de la nouvelle association et les invitant à «protéger» leurs enfants «des prêtres catholiques pédophiles», et à ne plus les envoyer au catéchisme. «Les risques d'abus sexuels de la part des prêtres catholiques étant statistiquement beaucoup plus grands que dans la population normale, envoyer ses enfants au catéchisme, c'est prendre un risque inacceptable de les exposer à la pédophilie», explique le document.
Pour combattre ce fléau, Nopedo entend faire circuler une pétition demandant «au gouvernement de prendre des mesures simples prouvant qu'il est réellement concerné par ce problème grave». L'association offre aux victimes d'abus sexuels commis par des prêtres le concours de spécialistes prêts à entreprendre des «poursuites avec demandes de dédommagements financiers importants auprès de la justice». Elle exige en particulier «que les cours d'éducation sexuelle comportent désormais un chapitre sur la prévention de la pédophilie» incluant la distribution d'un numéro de téléphone gratuit que les enfants pourront appeler «s'ils se sentent victimes ou en danger d'abus sexuels».
Ce chapitre, qui devrait être mis au point par des psychologues spécialisés, serait donné aux enfants «dès les premières années de scolarité afin de leur apprendre à se protéger des abus sexuels». Le tract conclut: «Nous insistons pour que ce cours soit en priorité donné dans les écoles catholiques, milieu, on l'a vu, à hauts risques.»
S'il y a effectivement des pédophiles au sein de l'Eglise catholique, pourquoi s'attaquer uniquement à elle, alors que d'autres institutions en comptent également? «Nous sommes souvent attaqués sur la pédophilie par l'Association pour la défense de la famille et de l'individu, soutenue par l'Eglise catholique, explique Hubert Sauner, porte-parole européen du Mouvement raélien. Avec la création de notre association, nous voulons prouver que nous ne sommes pas des pédophiles, et que nous luttons contre ce fléau.»
En somme, c'est un peu la réponse du berger à la bergère, une stratégie de contre-attaque qui vise «à se refaire une façade d'honorabilité», explique le sociologue des religions Roland Campiche.
En 1997, le quotidien fribourgeois La Liberté publiait un texte de l'Agence de presse internationale catholique affirmant que la secte «prône théoriquement dans ses écrits la pédophilie et l'inceste». Le mouvement raélien avait alors demandé un droit de réponse, refusé par le président du Tribunal de district de la Sarine. Celui-ci avait en effet conclu que la doctrine officielle du mouvement pouvait «indiscutablement conduire à des comportements prohibés à l'égard des mineurs». De plus, toujours en 1997, deux raéliens avaient été condamnés à Carpentras à cinq ans de prison pour abus sexuels sur une mineure de 11 ans, actes commis au domicile de la mère, elle aussi raélienne.
Hubert Sauner rétorque que seul un des deux accusés était membre de la secte.
Quant aux théories du mouvement sur l'éducation sexuelle des enfants, le porte-parole explique qu'elles visent à «leur apprendre que la sexualité n'existe pas seulement pour aller aux toilettes ou faire des enfants. Nous expliquons aux enfants qu'ils ont le droit d'avoir du plaisir et de se masturber. Nous les déculpabilisons.» Mais Hubert Sauner prend soin de préciser que les raéliens considèrent la pédophilie comme «une abomination», et que l'acte sexuel ne peut avoir lieu qu'entre deux adultes consentants.
En Suisse, l'Eglise catholique réagit vivement à l'initiative de la secte. «C'est vraiment se faire de la pub sur le dos des catholiques, lance Marc Aellen, porte-parole de la Conférence des évêques suisses. C'est un comble pour une secte qui ne brille pas par une morale sexuelle exemplaire. De plus, il n'est pas vrai que des milliers de prêtres catholiques sont concernés par la pédophilie. Aucune statistique ne permet d'affirmer cela.» Selon Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire à Genève, «une enquête réalisée aux Etats-Unis montre que 90% des délits de pédophilie ont lieu au sein des familles». L'injonction à retirer les enfants du catéchisme le fait sourire: «A Genève, sur mille catéchistes, on compte 900 femmes.» Selon Pierre Regad, secrétaire général de l'Association catholique romaine de Genève, «la rédaction d'une plainte contre l'association Nopedo est en cours».
Il est fort probable que d'autres cantons romands suivent la même voie.
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Etats-Unis : Sectes
AFP, 3 mai 2001 Les Etats-Unis perdent leur siège à la Commission des droits de l'homme
NEW YORK (Nations Unies) - Les Etats-Unis ont perdu leur siège à la Commission des droits de l'homme de l'ONU lors d'un vote jeudi qui a provoqué la surprise, ont rapporté des diplomates.
Les Etats-Unis font traditionnellement partie de cette Commission qui siège à Genève.
Pour les trois sièges du groupe occidental, les 54 membres du Conseil économique et social (ECOSOC) ont élu la France, l'Autriche et la Suède.
La France a obtenu un score raremement égalé avec 52 voix sur 53 votants, l'Autriche a eu 41 voix, la Suède 32. Les Etats-Unis ont recueilli 29 voix.
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France : Sectes
AFP, 3 avril 2001 par Claude LevyLe Sénat adopte en seconde lecture le texte sur la lutte contre les sectes
[Texte intégral]
PARIS- Le Sénat a adopté, jeudi, à l'unanimité des groupes politiques, en seconde lecture, au cours d'une discussion empreinte de gravité et souvent animée, la proposition de loi sur "la prévention et la répression à l'encontre des sectes" en y apportant quelques modifications.
Le texte sera examiné, en seconde lecture, par l'Assemblée durant la deuxième quinzaine de mai.
Les sénateurs, qui en première lecture, avait opté pour la dissolution des groupements sectaires par décret du président de la République, se sont ralliés à la version votée par les députés d'une dissolution judiciaire lorqu'ils ont fait l'objet de plusieurs condamnations notamment pour des infractions comme les atteintes à la vie, à l'intégrité physique ou psychique, d'atteinte à la liberté de la personne, de la mise en péril des mineurs, d'exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie, de publicité mensongère, de fraudes et de falsifications.
Les sénateurs, à l'initiative du rapporteur de la Commission des Lois Nicolas About (RI, Yvelines) ont également permis au juge de dissoudre l'ensemble des établissements des groupement installés sur le territoire en cas d'une demande de dissolution d'un groupement sectaire condamné à plusieurs reprises.
"Régulation éthique" D'autre part, les sénateurs ont abandonné le délit de "manipulation mentale" qui avait provoqué des remous en le remplaçant, sur proposition de M. About, à l'instar des députés, par des dispositions relatives à "l'abus frauduleux de l'état d'ignorance" en l'insérant parmi les dispositions existantes du code pénal concernant la mise en danger de la personne.
Le gouvernement a donné son accord à cette disposition. "Nous avons tenu compte des critiques. Nous ne souhaitons pas créer un délit spécifique à l'encontre des sectes", a expliqué le rapporteur.
Par contre les sénateurs, contre l'avis du gouvernement, ont supprimé la possibilité par les maires d'interdire l'installation de sectes à moins de 200 mètres d'une école ou d'un hospice ainsi que la délivrance d'un permis de construire. Le rapporteur a indiqué que les maires "ne possédaient pas les informations nécessaires".
La Garde des Sceaux Marylise Lebranchu a déclaré que le texte constituait "une avancée significative" grâce au travail "complémentaire" de l'Assemblée nationale, du Sénat et du gouvernement qui permettra "de mieux lutter contre des groupements portant atteinte aux valeurs essentielles de notre démocratie". "Il s'agit d'un texte de régulation sociale et éthique", a-t-elle affirmé.
"La proposition de loi ne porte pas atteinte aux libertés de croyance et d'association. Elle ne s'attaque qu'aux groupements sectaires condamnés à plusieurs reprises pour des faits graves. La liberté ne doit pas servir à couvrir des délits", a déclaré M. About.
Quelques sénateurs dont Daniel Hoeffel (centriste, Bas-Rhin) et surtout Michel Caldaguès (RPR, Paris), qui a bataillé tout au long de la discussion et a voté contre le texte, ainsi qu'Emmanuel Hamel (RPR, Rhône) et Jean-Yves Autexier (MDC, Paris), ont fait part de leurs réserves et de leurs inquiétudes.
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France : Témoins de Jéhovah
Web, 3 avril 2001 par Claude LevyDéclaration de Nicolas About - Sénateur
[Texte intégral]
Lors de la discussion, le 3 mai 2001, au Sénat, en seconde lecture sur le texte de la proposition de loi sur la lutte contre les sectes, proposition qui a été adoptée, le Sénateur Nicolas About, faisant allusion entre autres, au récent décès de Rémi, a déclaré :M. ABOUT, rapporteur. -" Je voterai ce texte en pensant à ceux qui sont morts, car les sectes font des massacres dans le monde entier. Ils sont morts parce qu'ils étaient faibles et qu'on les a mis en état de sujétion. Je pense à ce jeune mort récemment parce qu'on lui avait interdit de se soigner. Je pense à ces enfants malades et pas soignés, pas éduqués, qu'on sort du système social, qu'on ne met pas à l'école.
Voilà à qui je pense, et pas à d'éventuelles dérives auxquelles ce texte pourrait donner lieu : je fais confiance aux magistrats pour qu'il n'en aille pas ainsi. Il faut que cessent ces situations inadmissibles !
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France : Sectes
Débats au Sénat, débats du 3 mai 2001Des sénateurs défendent les sectes ?
[Extraits]M. CALDAGUÈS. - Parmi les phénomènes caractérisant notre époque, on peut relever la prolifération d'organismes plus ou moins religieux dont certains repoussent les bornes de la possession des âmes et celles de la naïveté humaine. Cela n'est pas inédit. On pourrait en chercher les raisons, par exemple en se demandant si les Églises ayant pignon sur rue satisfont le besoin de spiritualité.
Toujours est-il que le phénomène soulève dans l'opinion une perplexité mêlée d'effroi.
J'ai parlé de ce texte avec mon entourage et je me suis demandé si nous n'allions pas, à un moment ou à un autre, parler de sorcellerie. J'ai eu l'impression d'un retour au Moyen-Âge.
Il est évident que ce phénomène s'est aggravé après la terrible affaire de l'Ordre du temple solaire. Certains se sont demandés s'il ne fallait pas, pour contrer une telle puissance mortifère totalement gratuite, appliquer un remède de choc.
Le procès qui se déroule prouve bien que les textes existent et je m'en félicite. Mais en présence d'une telle anomalie, on a pensé qu'il fallait traiter le problème de façon spécifique. Mais que de difficultés pour y parvenir ! Supposez sur une étagère des récipients de tailles variables, allant de grandes jarres à des fioles minuscules en passant par des magnums et des bouteilles simples, certains sont emplis de poison, d'autres de placebos, sans qu'on sache l'ordre et les précautions à prendre et vous êtes chargé de rédiger une seule étiquette pour toute l'étagère. C'est cela la question.
Notre rapporteur a réalisé un travail considérable et a rassemblé quantité de textes sur les infractions permettant de stigmatiser les dirigeants de certaines associations. Mais quand il évoque les entorses aux règles de l'exercice du métier de pharmaciens, pense-t-il qu'il y ait une commune mesure entre des faits certes répréhensibles et ceux qui mettent en cause la vie d'individus ?
La liste qu'il a dressée n'est pas seulement impressionnante par sa longueur mais aussi par sa disparité. Certaines des infractions relevées n'ont aucun rapport avec les déviations sectaires. Ainsi, on a vu des pédophiles siéger dans des organisations respectables, mais cela n'a mis nullement en cause l'existence de celles- ci.
La commission et son rapporteur ont tenté de résoudre la quadrature du cercle en définissant le contenant et le contenu de l'étagère. Mais il fallait que cette définition soit précise, intelligible, directement utilisable par les magistrats et qu'elle ne soit pas redondante. Mission impossible, comme en témoigne le texte qui nous est soumis !
J'ai été frappé de voir l'intitulé du texte utiliser l'appellation avant même que la définition ait été donnée. C'est extraordinaire. La commission avait été plus prudente en première lecture puisqu'elle avait proposé un texte « tendant à renforcer le dispositif pénal à l'encontre des associations ou groupements constituant, par leurs agissements délictueux, un trouble à l'ordre public ou un péril majeur pour les personnes humaines ».
Cette fois, vous allez directement au but, même si l'Assemblée nationale vous a précédé en parlant de « groupements à caractère sectaire ». Vous nous proposez un titre nouveau : proposition de loi tendant à renforcer la prévention et la répression à l'encontre des sectes, groupements portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales.
Mais c'est trop ou pas assez ! Si l'on vise les groupements qui portent atteinte aux droits de l'homme, les sectes ne seront pas les seules en cause, loin de là !
Quant au contenu, aucune des définitions des turpitudes à sanctionner ne me satisfait. Vous paraissez être victime de l'illusion que deux notions à demi précises aboutissent à quelque chose de clair. Je ne le pense pas !
Par ailleurs, j'ai été frappé de relire, dans les débats de première lecture, qu'un député avait déclaré choquante la présence dans les tribunes d'une représentante française d'une église dont je tairai le nom, supposée sectaire.
En d'autres temps, je parle des années noires, des écrits condamnaient la présence de quelqu'un en raison de son appartenance à une communauté ! (M. About s'exclame.)
Ce type de raisonnement est extrêmement dangereux et peut conduire aux pires excès.
Le dernier alinéa de l'article premier fait un amalgame des responsabilités totalement inacceptable au regard des principes démocratiques. Certes, un de vos amendements atténue la portée de la mesure puisqu'une association ne pourra être dissoute que si les personnes morales, juridiquement distinctes en raison des lieux où elles ont leur siège, poursuivent le même objectif et sont unies dans une communauté d'intérêts. Mais cela reste une iniquité caractérisée. Je note au passage qu'il n'est plus besoin de plusieurs condamnations pour dissoudre et qu'une seule suffit.
M. ABOUT, rapporteur. - Je n'ai jamais proposé ça !
M. CALDAGUÈS. - Mais le tribunal de grande instance peut procéder, au cours d'une même procédure, à la dissolution de l'association dès lors que les personnes morales poursuivent le même objectif et sont unies dans une communauté d'intérêt.
M. ABOUT, rapporteur. - S'il y a eu plusieurs condamnations.
M. CALDAGUÈS. - Mon inquiétude demeure même si vous avez tenté d'améliorer le texte.
Il y a une grande différence entre ceux qui ont connu les années noires : la liberté n'a pas le même goût pour ceux qui en ont été privés que pour les autres. De reste, pour ma part, très marqué par cette époque et j'ai compris qu'il ne fallait pas mettre n'importe quel texte entre toutes les mains.
Certes, le gouvernement de collaboration a élaboré des lois d'exception mais il a aussi utilisé des textes votés par nos bons devanciers de la IIIe République avec la meilleure bonne foi du monde qui ont été appliqués par des magistrats professionnels et non par les juges d'exception, sous l'autorité d'un garde des Sceaux juriste émérite. Cela n'a pas empêché les iniquités et les persécutions.
D'autre part, la faculté donnée à toute association reconnue d'utilité publique d'exercer les droits de la partie civile m'inquiète. Cela peut porter au pire. J'ai évoqué hier une affaire scandaleuse : une association s'était portée partie civile contre un membre en exercice du gouvernement d'alors, à qui elle reprochait d'avoir écrit dans un livre des propos qu'elle considérait comme une incitation à la haine raciale. C'étaient surtout des mots maladroits - j'en conviens. L'affaire avait donné lieu à une négociation au cours de laquelle l'auteur de la prétendue incitation à la haine raciale se vît proposer de rétrocéder de ses droits d'auteur à ladite association. Le scandale fut si grand que les dirigeants de celle-ci furent mis en difficulté. Mais l'affaire ne cessa que lorsque le gouvernement auquel appartenait ce ministre lui renouvela la subvention. N'est-ce pas digne du Code pénal ?
Il n'est certes pas douteux que certaines organisations pratiquent ce qu'il faut bien appeler un conditionnement de leurs adhérents, mais il ne faudrait pas que le souci de combattre ces abus passe à son tour par un conditionnement ! Je vous donne un exemple scandaleux : il y a quelques mois, nos assistants ont reçu une missive les incitant à la plus grande prudence, et leur déconseillant d'entrer dans la discussion que des interlocuteurs téléphoniques pourraient vouloir provoquer à propos de la liberté de conscience et de la pluralité des religions - thème dont la missive admettait « l'intérêt philosophique » - excusez du peu ! Nos assistants étaient vivement priés d'exiger de leurs interlocuteurs des documents écrits et de mettre fin à l'entretien téléphonique.
Voilà le type de pression qui a pu être exercée dans le dos des parlementaires !
M. LE PRÉSIDENT. - Sans doute avez-vous pu identifier les auteurs de ces missives ; pourriez-vous, pour l'information de nos collègues, leur dire qui a expédié ce courrier ?
M. CALDAGUÈS. - Je ne saurais mettre en cause du haut de cette tribune quelqu'un qui n'est pas en position de se défendre. La précision que vous souhaitez sera transmise au Président du Sénat.
M. ABOUT, rapporteur. - C'est une méthode insidieuse. On laisse entendre qu'il y a manipulation sans en dire assez !
M. LE PRÉSIDENT. - J'insiste en tant que président de l'A.G.A.S. : cette information doit circuler.
M. CALDAGUÈS. - Je ne puis donner de noms depuis cette tribune. Mais je les communiquerai au Président du Sénat et à vous-même.
M. LE PRÉSIDENT. - Comptez que j'en ferai le meilleur usage.
M. ABOUT, rapporteur. - Vous laissez entendre que cela pourrait venir de nous ! Votre mise en cause juste avant un vote est très grave.
M. CALDAGUÈS. - Loin de moi cette idée. Je dirai seulement que cela provient de l'intérieur du Sénat.
Faut-il ne rien faire ? Non. Il faut réprimer sans faiblesse les infractions au Code pénal. S'il y a des lacunes, définissons de nouvelles infractions et pénalités, mais avec la plus extrême précaution. Il faut ciseler la législation répressive, de façon que le pouvoir législatif ne soit pas abandonné à la jurisprudence, ce qui serait une régression.
Je conclurai sur des images militaires : ne répandons pas un tapis de bombes, définissons des cibles précises et procédons à des frappes chirurgicales en évitant les dommages collatéraux. Bref, ne prenons aucun risque au détriment des libertés publiques et individuelles. (M. Hamel applaudit.)
Mme BORVO. - Les propos de M. Caldaguès m'inquiètent. Je ne sais s'ils engagent notre seul collègue ou son groupe, mais je pensais qu'après les diverses péripéties que nous avons traversées, nous nous acheminions vers un consensus. Je remercie d'ailleurs M. About pour son rôle actif en ce sens.
M. CALDAGUÈS. - Timeo Danaos et dona ferentes ! (M. About, rapporteur, proteste.)
Mme BORVO. - L'ampleur et les méfaits du phénomène sectaire se sont accrus : il est passé du stade de « phénomène social inquiétant » à celui de « problème de sécurité publique de premier plan »
M. CALDAGUÈS. - Alors que rien ne me prédisposait à m'intéresser aux sectes, ma conviction en la matière a été forgée par la lecture d'une interview du professeur René Rémond parue le 12 avril 1999. Cet éminent juriste dont je ne partage pas toutes les opinions est incontestablement un homme épris de liberté et il refusait toute législation antisecte. Cela voudrait-il dire qu'il ne serait pas désireux de protéger la santé et l'intégrité des plus faibles ?
Je répète que je demande la plus grande rigueur contre les infractions à la loi, dans ce domaine comme dans d'autres. Je suis conscient des horreurs qui sont survenues mais il faut se garder des amalgames, ce que n'ont pas toujours fait nos collègues aujourd'hui. On emploie le mot « secte » à tout propos et hors de propos, on s'en sert contre n'importe quoi et n'importe qui pourrait être atteint par cette imputation. Cet état d'esprit, si bien inspiré soit-il, comme celui dont le président Jacques Larché vient une fois de plus de donner l'exemple, peut néanmoins être dangereux. Il faut évaluer plus soigneusement les risques d'atteinte aux libertés, fût-ce par ricochet.
Un certain nombre de mes amis m'ont demandé d'être leur interprète pour manifester ces inquiétudes qui sont, elles aussi, respectables. Je récuse tout esprit de chasse aux sorcières, d'où qu'elle vienne et où qu'elle mène : nous avons confronté avec la meilleure foi possible (M. Lagauche : « C'est le mot ! ») des convictions différentes.
Notre vote, je le répète, sera hostile. (M. Hamel approuve.)
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Luxembourg : Ordre du Temple Solaire
L'Illustré, 3 mai 2001 par Arnaud BédatHold-up au Luxembourg - L'ombre du temple solaire
[Texte intégral]Il s'appelle Denis Guillaume, il a 48 ans. Avec Luc Jouret, le gourou de l'Ordre du Temple solaire, cet ancien militaire d'élite avait sauté sur Kolwezi avant de lui demeurer fidèle jusqu'au bout. Les enquêteurs le soupçonnent d'être le cerveau du hold-up du siècle le 17 avril dernier, au siège de la Brink's.
Un hold-up qui a fait les gros titres de la presse régionale, belge, luxembourgeoise, française et allemande.
Quatre minutes! C'est le temps record qu'il a fallu à six hommes vêtus de tenues paramilitaires noires, cagoulés et armés jusqu'aux dents, pour dérober 25 millions de francs suisses au siège de la Brink's, au cœur même du bunker réputé imprenable du transporteur de fonds, avant de s'évaporer dans la nature. C'était le 17 avril dernier, dans la zone industrielle de Kehlen, en pleine campagne luxembourgeoise. Pour réussir leur coup audacieux, les membres du commando ont dû franchir six portes blindées protégées par des codes secrets régulièrement modifiés. Ils savaient sans doute que, ce lundi, le coffre-fort central de la Brink's concentrait exceptionnellement une aussi importante quantité d'argent, destiné aux établissements bancaires du Luxembourg. Les malfaiteurs ont aussi judicieusement choisi l'heure de passer à l'action: ils ont fait irruption à 4 h 45, après avoir neutralisé et ligoté les trois gardiens. Enfin, ils devaient savoir que le coffre-fort central est débloqué chaque jour entre 4 h 58 et 5 h 02. Mais était-il connu, pour ne pas dire familier, de ceux qui l'ont forcé?
Unité d'élite
C'est bien là toute la question. C'est en tout cas celle que se posent les enquêteurs belges et luxembourgeois. Après un épluchage minutieux des curriculum vitae des employés de la société, c'est vers un ex-cadre de la direction, licencié il y a peu, que s'orientent très vite leurs recherches. Il s'appelle Denis Guillaume, il a 48 ans.Ancien élève de l'Ecole royale militaire, il est aussi un ancien membre des ESR (Escadrons de surveillance et de reconnaissance), l'unité d'élite de l'armée belge, chargée en temps de guerre d'infiltrer les lignes ennemies et de mener des actions de sabotage. Lors de son entrée à la Brink's, il aurait obtenu de faire embaucher comme vigiles dix-huit de ses connaissances, des commandos de parachutistes également, tous formés dans différentes bases du Plat Pays.
Depuis, la plupart d'entre eux auraient également été licenciés.
Aujourd'hui, Denis Guillaume demeure introuvable. Personne ne répond à toutes ses adresses connues, au Luxembourg et en Belgique. Ses voisins disent ne pas l'avoir vu depuis plusieurs jours. C'est un homme de l'ombre, comme on dit volontiers, qui aime brouiller les pistes, bien qu'il n'y ait à ce jour aucun mandat d'arrêt lancé contre lui. Cet amoureux de la discipline, strict, méticuleux, organisé, est aussi un homme de l'ordre. En effet, ce qui lui vaut d'être aujourd'hui l'attention des médias, c'est bien son long compagnonnage avec un certain Luc Jouret, le gourou de l'Ordre du Temple solaire, mort dans les ruines fumantes des chalets de Salvan en octobre 1994.
Pour lui, trois ans plus tard, il publiera un livre au libellé un peu provocateur: Luc Jouret toujours vivant!, un plaidoyer d'une centaine de pages pour réhabiliter son ami de vingt ans avec lequel il avait sauté sur Kolwezi en 1978. "Luc, un assassin? Jamais! Lui qui a toujours fait un détour pour éviter de marcher sur une fleur, le voilà accusé d'avoir perpétré un abominable crime en série", peut-on notamment lire sous sa plume. En résumé, les massacres à répétition de la secte, qui ont fait 74 morts au total, tiennent pour lui d'une "immense conspiration à l'échelle planétaire".
"Denis Guillaume se considère comme un chevalier des temps modernes. Il peut être un sujet à risque et un catalyseur potentiel. Il fait preuve d'une adhésion inconditionnelle vis-à-vis de Luc Jouret. Il affirme que le gourou lui aurait demandé de continuer son œuvre, de reprendre le flambeau", affirme le Rapport de la commission d'enquête belge sur les sectes publié en mai 1997. A l'époque, Denis Guillaume réfutait alors en bloc ces accusations: "Je ne suis pas membre de l'OTS (ndlr: il ne figure effectivement pas sur la liste des membres retrouvée par les enquêteurs canadiens en 1994), je n'ai pas l'intention de reprendre le flambeau de quoi que ce soit. Cette commission a voulu trouver quelque chose, sur l'OTS notamment; en fait, elle n'a rien trouvé, sauf un pauvre type, moi en l'occurrence..."
"Denis Guillaume est un personnage trouble"Pour Jean-Albert Fisch, Monsieur Anti-sectes au Luxembourg, "le rôle de Denis Guillaume dans l'OTS n'est absolument pas clair. Si c'est lui qui a fait le coup de la Brink's, je suis sûr qu'il a un bon alibi et qu'on ne réussira jamais à le coincer..."
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France : Témoins de Jéhovah
Accueil d'enfants
La Veille juridique, 3 mai 2001
[Texte intégral
En raison des risques d'isolement social et de marginalisation auxquels des parents qui font une demande d'adoption exposerait un enfant en raison de leur adhésion à la doctrine des témoins de Jéhovah, le Président du Conseil Général du Pas-de-Calais a, à bon droit, estimé que les intéressés ne présentaient pas des garanties suffisantes en ce qui concerne les conditions d'accueil qu'ils étaient susceptibles d'offrir à des enfants sur le plan familial, éducatif et psychologique.
C.A.A de Douai 3 mai 2001, Signabou-Cinquina
Req. n° 98DA01397
DA.2001.254
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France : Sectes
La Dépêche, débats du 3 mai 2001 par S.BL'ombre des sectes
[Texte intégral]AGEN (47) Avec une demi-douzaine de groupes répertoriés depuis 1995 et autant de groupuscules, le Lot-et-Garonne n'est pas épargné par les mouvements dits sectaires.
Serge affirme que sa femme l'a quitté pour rejoindre l'un des adeptes d'un groupe religieux qui vient de déménager dans le Gers.
Aujourd'hui, dans le département, une demi-douzaine de ces associations cultuelles ou communautés religieuses signaleraient encore leur présence sur la cartographie des mouvements qui posent question.
La Fraternité Notre-Dame, le Mouvement du Graal, les Témoins de Jehovah et d'autres sont cités noir sur blanc dans le seul document officiel existant à ce jour. Sous le numéro 2468, les députés prenaient acte en décembre 1995 d'un rapport qui dénombre et cite ces groupes en dessinant une carte des « sectes en France » et de leur poids en nombre d'adeptes. C'est la partie visible de l'iceberg.
Non-cités par la commission parlementaire, d'autres groupuscules religieux allongent aujourd'hui la liste des communautés dont le mode de fonctionnement évoque l'organisation sectaire. Dans l'agglomération agenaise ou dans le Villeneuvois par exemple, en ville ou en zone rurale, il s'agit souvent de groupes réduits.
Les adeptes, rarement plus de trente, se retrouvent à l'occasion de messes organisées dans le Lot- et- Garonne, et parfois dans les départements voisins.
Car l'ésotérique et le mystique, voire même les thèses millénaristes restent les outils privilégiés pour attirer les ouailles désoeuvrées. Ces groupuscules évangéliques ou néo- pentecotistes sont rarement reconnues par leur obédience. Mais, sous couvert de la loi, ces communautés ont une existence légale. En vingt ans, les affaires liées de près ou de loin aux mouvements sectaires se comptent sur les doigts d'une main au tribunal correctionnel ou à la Cour d'Appel d'Agen.
« Nous ne pouvons agir que sur plainte », commente l'un des membres de la cellule de lutte installée en préfecture depuis mars 2000.
Déjà difficiles à cerner, c'est aujourd'hui la diversité de ces mouvements sectaires qui les rend encore plus insaisissables. Par exemple, l'idéologie du Nouvel Age (New-Age) draine aujourd'hui son lot de guérisseurs spirituels censés trouver le remède au mal de vivre. L'ADFI s'impose une vigilance face « à ces nombreuses initiatives personnelles concernant les offres de guérisons spirituelles, les subtilités d'activités humanitaires, le développement personnel ».
Comme ce guérisseur surnommé le Patriarche qui sévissait à Agen jusqu'en 1999, d'autres de ces associations ou individus cités en 1995 ont disparu des listes officielles en suivant le principe biologique de la chrysalide: ils changent de forme, pour renaître ailleurs, en ayant recours notamment aux parutions du journal officiel.
Le but sous-jacent reste l'extorsion de fonds. Au début avril, les gendarmes de Haute-Garonne mettaient fin aux agissements d'Alessandro Di Masi. Le Professeur Alexandre est soupçonné d'avoir détourné 50 millions de francs grâce notamment à des clubs « Pyramide » aux méthodes de fonctionnement rappelant les organisations sectaires. Une dizaine de Lot-et- Garonnais au moins se sont faits piéger.
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France : Sectes
La Dépêche, débats du 3 mai 2001 par S.BLe combat de Serge
[Texte intégral]Sa femme est partie. A ce point de son histoire personnelle, l'errance de Serge ne diffère pas d'un banal adultère qui promène le mari trompé de conciliations en audiences de tribunal. Serge vient toutefois de souffler le premier anniversaire d'un combat différent, qu'il mène depuis le départ de son épouse, le 27 mars 2000.
Depuis cette date synonyme de séparation, il nourrit un doute qui l'a poussé à enquêter. Et ses recherches ont dirigé ses pas vers Lavardac, lieu de domiciliation d'un groupe religieux aujourd'hui installé dans le Gers. « Je n'ai pas réagi lorsqu'elle me parlait de sa nouvelle famille et de ses nouveaux amis(...) Je ne me méfiais pas des ses absences de plus en plus fréquentes à l'occasion de messes à Lavardac, Toulouse, Bordeaux Tarbes voir jusqu'en Lozères »
Armé d'une intime conviction bâtie jour après jour sur des faits, Serge se construit ses certitudes. Derrière des cadres fixés au mur, dans des livres, Serge découvre peu à peu la seconde vie de sa femme, vie soigneusement dissimulée depuis l'été précédent. Il découvre notamment un livret de baptême établi en juillet 1999. Serge constate que son épouse, catholique, a été rebaptisée huit mois avant son départ du domicile conjugal. « La vraie religion orthodoxe a comme fondement la famille. Ce soi-disant sacrement aurait du être approuvé par l'ensemble de notre cellule familiale. »
PENSION ALIMENTAIRE A la douleur d'une séparation s'ajoute rapidement la conviction que la mère de ses deux filles est elle aussi, la victime d'un mécanisme huilé qui emprunte autant à l'escroquerie qu'à la quête spirituelle. Au fil de son enquête, Serge a notamment constaté que d'importantes liquidités ont disparu du compte commun. Son cas n'est semble-t-il pas isolé. En 1997, les parents d'un jeune homme se sont officiellement inquiétés du « changement de comportement » constaté chez leur fils, majeur. Le fils a ensuite quitté la communauté.
« A quand la loi sur la manipulation mentale? » s'interroge Serge, qui a fait de sa lutte le combat d'une vie. Pris en charge par les ASSEDIC, le visage gonflé par cette dépression qui le ronge, Serge doit aujourd'hui s'acquitter d'une pension alimentaire dépassant ses revenus. Coup supplémentaire dans le drame qu'il vit au quotidien, sa femme « qui déclare avoir été chassée du domicile » a repris contact avec lui au début de l'année, lui proposant même de « reprendre la vie conjugale ».
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Suisse : Sri Ram Chandra Mission
Le Matin, 6 mai 2001 par Olivier Grivat Gourou et politique: "Ça ne vous regarde pas!"
[Texte intégral]
Saisi par des disciples de la Shri Ram Chandra Mission, un juge lausannois considère que l'appartenance d'une personnalité publique à cette association fait partie de sa sphère privée. Et doit être tue sous peine de sanction
D'avantage de transparence, montrer le dessous des cartes notamment en matière économique, c'est ce que l'on réclame des politiciens et des élus du peuple. "Le Matin" s'apprêtait à publier un article sur les attaches d'un député avec le gourou d'une association religieuse. Le Tribunal d'arrondissement de Lausanne en a décidé autrement en interdisant non seulement la publication de l'article, mais aussi toute mention à des tiers des convictions et des appartenances religieuses de la personnalité et de l'une de ses condisciples qui avait aussi saisi la justice. Cela sous peine d'arrêts ou d'amende.
Dans les considérants qu'il vient de communiquer aux parties, le juge estime que la publication de leur appartenance à la Shri Ram Chandra Mission (SRCM) (réd.: considérée en France comme une secte dangereuse) pourrait leur causer des "dommages irréparables".
Union avec la source divine
Sans se prononcer sur la qualification sectaire du mouvement religieux, le président du Tribunal civil met en balance l'intérêt du public à être informé à celui des lésés potentiels. En ce qui concerne un personnage public, élu du peuple, il estime qu'il n'y a pas de lien évident entre les activités religieuses et le rôle politique et associatif de l'intéressé. Selon le juge, "les méditations pratiquées par l'association proposent de réaliser l'union avec la source divine qui est en soi tout en menant une vie familiale et professionnelle".Le juge lausannois se réfère tout particulièrement à la publication dans 24 Heures, en octobre 1996, d'un article et d'une caricature de presse de Burki s'interrogeant sur l'appartenance d'un juge fédéral à la même SRCM: "Un juge fédéral peut-il s'en remettre à un gourou?" s'interrogeait déjà le quotidien vaudois. Le juge fédéral démissionnait peu après de la vice- présidence du mouvement.
Campagne de presse?
Défendant son confrère de Mon-Repos, le juge de Montbenon voit là "une campagne de presse menée un mois avant la réélection par l'Assemblée fédérale des juges du Tribunal fédéral" et craint apparemment sa répétition dans la vie politique: "Il est communément admis que le simple fait de désigner des personnes comme appartenant à une secte (...) ne peut leur causer que des dommages irréparables." Un avis qui, sur le fond du problème, n'est pas du tout partagé par le juriste Denis Barrelet: "La sphère privée d'un personnage public n'a de loin pas le même caractère restrictif", professe le spécialiste du droit des médias. En d'autres termes, un membre de la Constituante vaudoise, élu du peuple, ne peut revendiquer la même protection absolue en matière de mesures provisionnelles et de protection de la sphère privée.Ashrams, châteaux et morts-vivants Secte ou association religieuse?
Les avis sont partagés à propos du Shri Ram Chandra Mission, qui possède des châteaux en France et au Danemark, un ashram au centre de Lausanne (un immeuble de 5 étages acheté un million de francs il y a cinq ans à la ruelle de Bourg) et de nombreux centres de méditation aux USA, au Canada, en Grande-Bretagne, en Israël, en Turquie, en Iran, au Japon, en Chine, en Malaisie, en Australie, en Afrique du Sud, au Kenya, etc. Son gourou (réd.: c'est ainsi qu'il se baptise lui-même) s'appelle Shri P.Rajagopalarachi (surnommé "Chariji"), il est âgé de 73 ans. C'est un homme d'affaires à la retraite qui bourlingue à travers le monde pour visiter ses nombreux disciples.Il propage la Sahaj Marg (ou "voie naturelle"), une forme de yoga basée sur une technique de méditation ou cleaning qui nettoie les mauvaises impressions laissées au cours de la journée dans le mental et dans le cœur. Les disciples (ou abhyasis) doivent méditer longuement, matin et soir, et prendre part tous les quinze jours à un sitting individuel avec un précepteur pour mener un travail plus approfondi. Entendu par le Tribunal de Lausanne, le trésorier de la SRCM précise que les cotisations annuelles, recommandées et non imposées, s'élèvent à 300 francs. Mais chaque membre est sollicité pour participer à la vie matérielle du mouvement. Le gourou ne percevrait aucun salaire, seuls 1500 dollars (environ (2600 francs suisses) par an lui seraient alloués pour ses nombreux déplacements. En France, le SRCM a acquis le château d'Augerans (Jura) pour 500 000 francs, mais le gourou cherche à s'en séparer pour acquérir d'autres structures jugées "plus adéquates" aux besoins de l'association. Les raisons du déménagement semblent autres.
En France, un rapport parlementaire, le "Rapport Gest", range le SRCM dans les sectes dangereuses. Idem pour le Centre Roger Ikor qui dénonce l'abandon de soi prôné par le Grand Maître, lequel demande à ses disciples de devenir des "morts-vivants". "Une dévotion inimaginable" Diacre de l'Eglise protestante appelé à la rescousse par les intéressés, Henri Chabloz parle, lui, d'un simple "groupe de méditation", mais avoue n'avoir pas approfondi la question.
Au contraire, son confrère Paul Ranc, spécialiste des sectes depuis trente ans, reproche au Grand Maître de faire l'objet d'une adoration sans limites, ce qui ne peut se faire qu'au détriment de sa vie privée, conjugale ou familiale: "En fait, cette secte manipule habilement spiritualité et argent, écrit-il, ce qui explique que ses membres vouent au gourou une dévotion inimaginable et font à la secte des dons plus ou moins importants."
Autre point de contestation, le SRCM comporte parmi ses membres et précepteurs plusieurs médecins psychiatres, chiropraticiens et ostéopathes qui concèdent faire parfois du prosélytisme parmi leurs patients, comme le recommande le Maître: "Chaque disciple est invité individuellement à propager la vérité divine et à s'en faire l'intermédiaire auprès de son prochain."
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Suisse : Sectes
Le Matin, 6 mai 2001 par Olivier Grivat Culte du secret
[Texte intégral]
Lors du procès de l'OTS et du chef d'orchestre Michel Tabachnik, la justice suisse a passé un mauvais quart d'heure à Grenoble.
Un zeste de méfiance avant et après le double drame de Salvan et de Cheiry aurait-il empêché le drame du Vercors?
Si la France a parfois une attitude antisecte qui confine à la chasse aux sorcières, la Suisse se distingue par sa grande tolérance. On y enregistre un record de mouvements sectaires. Ils ne sont certes pas tous dangereux, mais pratiquent souvent le culte du secret.
La réponse d'un juge lausannois "Circulez, y rien à voir et rien à écrire!" faite au "Matin" dans une affaire concernant les rapports d'un politicien avec un gourou ne contribue pas à une meilleure transparence.
Saisi avant même la parution de l'article par deux adeptes de cette "mission" qui tient un ashram au centre de Lausanne, le Tribunal civil a non seulement interdit la publication de leurs noms, mais va jusqu'à empêcher, sous peine d'amende ou de prison, "d'informer des tiers de leurs convictions ou appartenances religieuses".
Une décision de tribunal qui rend impossible la recherche d'informations au journaliste. Pouvoir judiciaire et médias ne font pas toujours bon ménage. Ils ne travaillent pas au même rythme et ne partagent pas toujours les mêmes vues sur la notion de sphère privée. Mais tous deux devraient au moins s'entendre sur la mission la plus délicate et la plus sacrée: la recherche de la vérité.
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Pologne : Sectes
AFP, 7 mai 2001 Les sectes exploitent des enfants en Pologne, selon une ONG
[Texte intégral]
VARSOVIE - Les enfants sont souvent victimes en Pologne des sectes qui les forcent à travailler ou les exploitent sexuellement, selon le rapport d'une organisation non gouvernementale polonaise publié lundi.
Le Comité Polonais de Défense contre les Sectes (OKOS) a travaillé sur son rapport pendant cinq ans, utilisant des expertises du parlement et du ministère de l'Intérieur polonais, celles du Parlement européen, ainsi que des témoignages de victimes, a précisé à la presse le président d'OKOS, M. Ryszard Nowak. Intitulé "Les enfants dans les sectes", le rapport affirme que certaines communautés religieuses attirent de nouveaux adeptes en utilisant la procédure d'adoption.
Les enfants y sont exploités en tant que main d'oeuvre gratuite et même contraints à la prostitution, selon OKOS. Le Comité met en garde contre quatorze sectes, dont plusieurs internationales, comme celle des "Chrétiens", active à Varsovie, Wroclaw (sud-ouest) et Gdansk (nord), qui se livrerait "au rapt d'enfants".
Sur cette liste figurent aussi L'Eglise de Scientologie, qualifiée par le rapport de "mafia religieuse", et celle de la "Vérité Suprême", qui soumettraient les enfants à un lavage du cerveau et à une discipline draconienne. "Les enfants naissent dans les sectes, ou y arrivent en bas âge avec leurs parents, ou, lorsqu'ils sont plus âgés, ils sont recrutés directement sous prétexte d'être protégés contre le monde extérieur", a affirmé M. Nowak.
Son organisation estime à plusieurs centaines le nombre de sectes actives en Pologne. Officiellement, le ministère de l'Intérieur a recensé 115 organisations confessionnelles en date de 1999. Le nombre d'adeptes des différentes sectes en Pologne est estimé à plus de 100.000.
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France : Elan Vital
L'Humanité, 9 mai 2001 par Emilie RiveElan vital, une secte plus pernicieuse qu'il n'y paraît
Voir le droit de réponse de Elan Vital
[Texte intégral]Une secte qui programme très cher le bonheur, rien de bien nouveau...
Le gourou Maharaji, ses avions, sa résidence à Malibu et Elan Vital, sa secte qui se fait discrète pour mieux endoctriner. Histoire moderne d'une aliénation. Enquête.
Bouygues, British Airways, Canon, Continent, Du Pont de Nemours, Kodak, EDF-GDF, Esso, France Loisirs, France Télécom, Gestetner, Hewlett Packard, IBM, Motorola, Pechiney, Philips, Rhône-Poulenc, Rorer, SANOFI, Shell, Siemens, Valeo, Winterthur Assurances, Xerox, Yves Saint-Laurent. La liste est si longue que bien d'autres devraient chercher à savoir s'ils n'ont pas mis, un jour, le pied de leurs salariés dans la méthode de motivation proposée par Management & Performance, qui présente ces clients sur son site Internet. Ce qui n'aurait, d'ailleurs, rien pour étonner, puisque " grâce à la méthode, il devient possible d'évaluer clairement ses atouts et ses faiblesses, d'élaborer des stratégies de réussite, de percevoir autrui avec acuité, d'adopter des attitudes qui répondent aux exigences de l'environnement en adaptant son adaptabilité et sa flexibilité ". Dixit toujours le site Internet. Une promotion classique d'une entreprise de formation classique, répondant, visiblement, aux souhaits d'entreprises non moins libéralo-classiques.
Rien à voir, bien sûr, avec une secte. Sauf, peut-être, cette propension à se valoriser par l'intermédiaire de clients réels, potentiels ou simplement rencontrés voire contactés. Mais deux, au moins, des quatre propriétaires de Management & Performance, affirme Combat dans son numéro spécial de mai consacré à l'aliénation sectaire, sont d'anciens administrateurs du mouvement Elan vital. " Claude Artheix est encore chargé de la propagande en France, et Marc Levitte, président de la secte jusqu'en avril 1998, est devenu l'un des bras droits du gourou Maharaji. "
Maharaji ? Le " dieu " d'un groupement, signalé en 1995 dans le travail de la mission parlementaire qui s'est chargée d'inventorier les mouvements sectaires. En l'occurrence, la Mission de la lumière divine, devenue Elan vital. D'une transformation à l'autre, le Maître parfait est passé professeur de méditation, troquant " les habits festifs de l'Inde croyante " crédibles en 1970 pour le costard de " n'importe quel cadre de banque ", seul respectable dans notre monde mondialisé.
Côté face, une charte affiche le respect de la personne humaine et les principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Côté pile, c'est particulièrement fumeux, voire fumiste de haut vol. Le Figaro qualifiait, en 1978, Maharaji d'" amateur de voitures de sport et d'avions à réaction ". Les choses ne semblent pas s'être améliorées puisque ses tout nouveaux anciens adeptes parlent de son impossibilité à se déplacer sur les vols réguliers, pour raison de sécurité. Résultat : un Gulfstream V, 40 millions de dollars, remplaçant l'année dernière son prédécesseur sans doute arrivé en bout de course, un Gulfstream IV. Et tout à l'avenant : yacht, hélico, quelques résidences, bien sûr, comme celle de Malibu (Californie) avec héliport, ou centres de conférence, comme celui sur 526 hectares en Australie.
Financement ? La quête du bonheur. Et quelques trafics pas tous vraiment anodins, si l'on en croit les anciens adeptes que l'on retrouve sur le site www.ex-premie.org.
Quand Combat élargit son champ éditorial et se met à enquêter sur les formes d'aliénation sectaire, il entend, d'après sa rédaction, lancer un débat public sur ce sujet. Il a rencontré sur sa route, par hasard, Elan vital. Le résultat en est ce numéro de mai, dont nous vous offrons une présentation inédite. Parce que personne ne connaît vraiment Elan vital. Parce que des milliers de gens sont en recherche de repères, religieux ou pas, et sont donc des victimes potentielles. Parce que personne ne peut rester indifférent à la question.
Le Sénat vient de confirmer une proposition de loi pour améliorer la prévention et la répression contre les mouvements sectaires. La dissolution devient possible si un groupe, ou un mouvement, a fait l'objet de condamnations. La manipulation mentale devient délit d'abus de faiblesse (voir encadré).
Mais il reste à réfléchir aux attentes de ces milliers de victimes virtuelles et aux réponses, peut-être concrètes celles-là, à leur apporter. La quête du bonheur n'interroge pas que les Eglises établies, dans un monde où MacDo et Coca-Cola (intéressés, comme Reagan, par la Scientologie) sont devenus pourvoyeurs de bonheur, et où le père de l'actuel président américain recherchait le sien chez Moon. D'autant que les pressions américaines sur les parlementaires et le gouvernement français, au nom d'une liberté de " religion " qui ne reconnaît pas notre loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ne cesse d'interférer sur nos affaires intérieures et les prises de position européennes.
Enfin, notons que Marc Levitte, ancien président de Elan vital-France, est le frère de Jean-David Levitte, ancien conseiller de Jacques Chirac, aujourd'hui ambassadeur de France aux Nations unies. Il se félicitait, le 3 mai, de l'exclusion des USA de la commission des droits de l'homme de l'ONU pour " arrogance " et intervenait, le même jour, à la commission d'enquête sur les pillages du Congo, pilotée par la France. Cet éminent diplomate peut-il ignorer les activités de son frère ?
Combat : 2, rue Edouard Vaillant, 93200 Saint-Denis.
Tél. : 01 42 43 77 21.
E-mail : combat@vih.org.
Web : http://www.vih.org/combat
et http://combat.ctw.net.
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France : Elan Vital
L'Humanité, 9 mai 2001 Entretien réalisé par Emilie RiveOn y entre comme dans une réunion Tuperware
[Texte intégral]Gilles Alfonsi est le rédacteur en chef de Combat. Une revue que l'on ne s'attend pas à rencontrer sur le terrain des sectes. Interview.
Pourquoi votre revue se lance-t-elle dans ce genre d'enquête ?
Gilles Alfonsi. Nous avons élargi le champ de notre réflexion et elle a, désormais, vocation à traiter toutes les aliénations et les phénomènes de société. Cette préoccupation a rencontré le phénomène sectaire.
Vous parlez donc d'aliénation sectaire. C'est-à-dire ?
Gilles Alfonsi. C'est une des formes du contrôle social et de l'aliénation mentale. Il existe de nombreux dispositifs de contrôle social, licites ou illicites. Ils consistent à s'en remettre à une personne, une idéologie, une croyance. Cela peut aller de " l'aliénation médiatique " à l'aliénation sectaire. Ici, nous faisons un zoom sur cette forme particulière. Nous voulons analyser tout ce qui fait qu'un individu n'est pas libre de penser ce qu'il veut, ni vivre sa vie comme il l'entend. C'est là qu'Elan vital réussit à créer la nasse dans laquelle l'adepte va se perdre. Il fait partie de ces sectes qui s'appuient sur la référence à la liberté, la défense des droits de l'homme. Et il en dévoie, en détourne le sens.
Comment avez-vous été amenés à cette enquête ?
Gilles Alfonsi. Il y a un peu plus d'un an, nous avons rencontré, par hasard, un ancien adepte. Nous avons commencé à regarder ce que d'autres en disaient et avons trouvé un site d'anciens disciples déterminés à en sortir. Nous les avons associés à notre travail de bout en bout. D'où l'originalité de ce que nous publions. Les victimes elles-mêmes, dont J.-M. Kahn, ancien administrateur et animateur de la fronde, ont mené une bonne partie des recherches. Nous avons travaillé avec des gens suffisamment distants du groupe pour que nos révélations ne soient pas éventées. Impossible de faire intervenir ceux qui étaient encore à l'intérieur. Elan vital est vraiment un mouvement qui cultive le secret de façon originale : pas de porte-parole public, pas de prosélytisme. L'implantation, la diffusion de la pensée, c'est l'ami, le copain, le proche qui s'en charge, comme pour une réunion Tuperware, conviviale.
Bien que signalée dans le rapport parlementaire de 1995, elle est pratiquement inconnue du grand public et presque autant des pouvoirs publics, y compris - dit-on - des renseignements généraux. Les derniers articles de presse datent de 1978. Ce qui fait que ce mouvement est largement sous-estimé. Evalué à quelques centaines d'adeptes, il englobe, en fait, plusieurs milliers de gens de milieux plutôt favorisés.
Son bassin de recrutement a évolué au cours du temps, aucune catégorie socioprofessionnelle ne lui échappe. Ce sont des gens en quête spirituelle, intime, qui rencontrent une organisation prétendant leur apporter des réponses. Réponses qui vont induire des comportements particuliers et conduire à se retrouver dans des réseaux avec des conditions de convivialité, de sociabilité de l'ordre du contrôle social. Maharaji est un très bon acteur. Mais nous avons été prudents. Nous avons deux cabinets réputés sur le dos pour défendre, l'un " une petite association de méditation ", l'autre Management et développement.
Est-ce que cela ne concerne que des gens déjà attirés par une religion ?
Gilles Alfonsi. Cela montre à l'évidence que, pour certains, il n'existe pas d'offre attractive ailleurs. Que les gens ne puissent vivre leur volonté d'être bien, à l'aise dans le rapport avec eux-mêmes et avec les autres, contribue à ce que les sectes soient un recours. Elan vital attire des personnes aux pratiques inavouables et aux mours douteuses. On dépasse la quête spirituelle. Quand " le gourou me dit de vivre ma vie selon mes désirs et quand, quels que soient mes désirs, même réprimés par la loi, je les vis ", il n'y a plus de limites, plus de frontières, plus de lois. C'est là que le témoignage prend une autre dimension.
Combat : 2, rue Edouard Vaillant, 93200 Saint-Denis.
Tél. : 01 42 43 77 21.
E-mail : combat@vih.org.
Web : http://www.vih.org/combat et http://combat.ctw.net.
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France : Elan Vital
L'Humanité, 9 mai 2001" Il faut rêver, mais aussi éviter d'être crédule "
[Texte intégral]Nous reproduisons trois des témoignages inédits publiés dans le numéro spécial de mai de la revue Combat consacré à la secte Elan Vital. Un autre témoignage important est à découvrir dans les colonnes de la publication, celui d'un ancien administrateur de la Mission de la lumière divine, devenue ensuite Elan vital.
La DDASS s'en moque. François Denis : " J'avais quinze ans en 1980. J'étais dans une situation très précaire, sans famille, placé dans un foyer de la DDASS. J'ai été approché par un disciple dans un bar. Je devais me rendre à Bordeaux et il m'a proposé de m'accompagner. Au cours du voyage, il m'a incité à aller à un satsang, sorte de cérémonie où les adeptes parlent de leur expérience. J'étais curieux, je m'intéressais aux questions religieuses. J'ai aussitôt été accroc. J'ai trouvé un cadre agréable, paisible, des gens gentils. Pendant plusieurs années, j'ai passé la majeure partie de mon temps dans les communautés d'adeptes. Placé en chambre en ville, j'étais libre de mes mouvements.
Ni la DDASS ni mon éducateur ne semblent jamais s'être inquiétés, sauf à une période où des soupçons de pédophilie avaient ému le milieu de l'enfance en danger. J'ai parlé de la secte et de la Connaissance à mon éducateur. Je lui ai même fait rencontrer des disciples. Il me désapprouvait car, lui, était d'une autre secte, d'inspiration bouddhiste : la Soka Gakkaï (1). En fait, je crois que, tant qu'il n'y a pas d'histoire, tant qu'on ne se retrouve pas régulièrement au commissariat, la DDASS s'en moque. Je n'ai jamais approché Maharaji et pourtant j'ai tout donné, en particulier mon argent, car il était, pour moi, le Seigneur. On se sent très privilégié, différent des autres, supérieur. En 1991, je décide de partir six mois en Inde et au Népal. C'est à cette période que j'ai appris. l'existence de trafics, comme ceux de femmes venues du Népal. On m'a aussi parlé de terrains achetés un peu partout en Asie. Il n'y a pas d'amour de Maharaji pour les disciples, mais beaucoup de mépris, une dictature et, en définitive, un système totalitaire, le berger et ses moutons. "
La méditation est le leurre. Franck Algier : " Pour comprendre ce qui m'a amené à la fameuse (fumeuse) Connaissance de M. (Maharaji), il faut remontrer à 1970. J'avais alors dix-sept ans. Mes recherches personnelles me confortaient dans l'idée de l'existence de Dieu, motivée par des expériences d'ordre mystique, par la pratique de la méditation d'une manière naturelle et autodidacte, et somme toute, par l'envie de rencontrer un nouveau Christ. Le discours était attractif et collait à l'idée que je me faisais de la perfection, malgré les interrogations que j'avais sur les intentions réelles du gourou. Ma première interrogation repose sur l'affirmation de M., qui s'argumentait comme suit : l'apprentissage de la perfection ne peut être dispensé que par un maître parfait ; la Connaissance est parfaite, l'expérience est là pour le prouver ; l'expérience de la perfection est de nature divine, et je suis constamment dans cette expérience... Il ne restait plus qu'à tirer la conclusion suivante : M. et Dieu, c'est la même chose. Comment ai-je pu croire au divin fait homme !!!? Comment ai-je pu, à travers ce personnage, certes très charismatique, voir une sorte de descendance du Christ, de Bouddha et de Mahomet réunis ? Je me croyais pourtant nihiliste jusqu'au bout des ongles ; l'expérience concrète et satisfaisante de la médiation a eu raison de ma raison : il y a quelques mois encore, j'embrassais les pieds divins de mon maître !!! J'ai compris que la méditation est le leurre, le gadget, l'appât, et le "service" la véritable motivation du gourou : votre contribution financière à son enrichissement personnel. "
Il fallait un million de dollars. Estelle Rivière : " On a commencé à nous demander des sous pour visionner les cassettes. Le trésorier est venu nous expliquer que Maharaji avait besoin d'un nouvel avion car les compagnies habituelles n'étaient pas sûres. Il fallait, disait-il, un million de dollars. Ces sollicitations financières m'ont poussée à être plus critique. J'ai beaucoup réfléchi à la manipulation mentale et sur le risque qu'un sentiment religieux soit exploité. Je me suis aussi dit que cela aurait pu être plus grave et peut-être même dangereux. Je crois simplement qu'il faut faire attention à l'idéalisme, à l'idée que la vie pourrait être merveilleuse. Il faut rêver mais il faut aussi se méfier, éviter d'être crédule. "
(1) La Soka Gakkaï est une secte de 10 millions d'adeptes, s'abritant derrière les objets rituels et les lieux sacrés d'une école bouddhiste. Au Japon, elle est un groupe de pression qui ambitionne le pouvoir. " Concernant les enfants, le conditionnement effectué dès les premières années peut entraîner des conséquences dramatiques, en façonnant leur personnalité dans un contexte exclusif où toutes les références extérieures sont supprimées ou dévalorisées a priori. " (source : http://www.mygale.org/tussier).
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Suisse : Scientologie
News, 6 mai 2001 par Jean Luc Barbier président de l'association des victimes de la scientologie - switzerland ADVSN@hotmail.com "L'affiliation au réseau WISE d'entrepreneurs scientos est obligatoire"
[Texte intégral]
"L'affiliation au réseau WISE d'entrepreneurs scientos est obligatoire"contrairement au mensonge de madame Gounord à FR3 en tant que représentante de la scientologie. OUI c'est un mensonge car, et j'en ai moi-même fait l'expérience car en effet, si vous êtes entrepreneur, l'église fera sans cesse des pressions et menaces sur vous pour : tout d'abord vous dire qu'un scientologue doit appliquer la technologie hubbard, puis dans un deuxième temps vous faire comprendre qu'il est normal et OBLIGATOIRE de payer de royalties à WISE pour cette application de la technologie et respecter les copyrights.
J'ai en fait été expulsé de la scientologie essentiellement à leurs yeux pour n'avoir pas accepté d'affilier mon entreprise au réseau Wise; par ailleurs ces copyrights sont gérés par la société RTC une société dont je soupçonne le contrôle en deuxième main par la femme de Hubbard et certains de ses enfants, et non le seul Miscavidge comme cela est souvent dit dans les médias, Miscavidge étant le directeur actuel depuis la mort du gourou, son héritier spirituel ... savez vous par exemple qu'il existe cette simple règle et évidence de la contrainte sur les entrepreneurs : il leur est interdit d'employer un membre du personnel de la scientologie SI L'ON N'AFFILIE PAS SON ENTREPRISE à WISE (le world institut sientology enterprises) tout de même bravo à FR3 d'avoir été au tournant de ce que va être la compréhension de la scientologie par nos citoyens. cette tâche de prévention est vraiment honorable
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Japon : Secte Aum
AFP, 10 mai 2001Des victimes des attentats d'Aoum témoignent de leur douleur et de leur rage
[Texte intégral]TOKYO - Des victimes des attentats de la secte Aoum qui firent plusieurs dizaines de morts en 1994 et 1995 au Japon ont témoigné jeudi pour la première fois de leur rage et leur douleur, lors d'une audience du procès du gourou Shoko Asahara. "Je veux qu'il vive le même destin que mon père", a déclaré jeudi devant le tribunal de Tokyo la fille aînée de Mitsuo Okada, mort après avoir inhalé du gaz sarin, une substance hautement toxique inventée par les nazis.
"J'espère qu'il respirera du sarin et restera cloué au lit incapable de ne rien faire pendant un an et demi, branché à un respirateur artificiel... comme mon père", a encore dit cette femme, selon les médias japonais.
Shoko Asahara, ex-chef de la secte Aoum Shinrikyo (Aoum Vérité Suprême), a été arrêté le 16 mai 1995 et est jugé depuis pour un attentat en mars 1995 qui avait fait douze morts et intoxiqué des milliers de personnes dans le métro de Tokyo en mars 1995 et pour un précédent à Matsumoto en 1994. Il risque la peine de mort, qui est pratiquée par pendaison au Japon.
Comme au cours d'autres audiences, Asahara, âgé de 46 ans et presque aveugle, n'a manifesté aucune émotion face au désespoir des familles des victimes. Ce maître auto-proclamé de yoga est resté assis, silencieux, les yeux fermés. C'était la première fois que des proches des victimes d'Aoum s'exprimaient au cours du procès qui s'éternise depuis son ouverture en avril 1996, à cause des multiples incidents de procédures provoqués par les avocats du gourou.
Mitsuo Okada, qui avait alors 52 ans, se rendait à son travail lorsqu'il eut la malchance de s'installer dans l'un des wagons du métro de Tokyo, gazés par les membres de la secte. "Mon père était en excellente santé avant de se retrouver dans de telles conditions. Je voulais jouer au golf, boire avec mon père", a poursuivi sa fille, avant de fondre en larmes, au souvenir des 15 mois de coma de son père. L'attentat dans lequel plus de 5.500 personnes furent blessés n'était qu'un ballon d'essai pour la secte de Chizuo Matsumoto, le vrai nom d'Asahara, qui prédisait une fin du monde apocalyptique.
Shizue Takahashi, dont le mari est mort lui aussi des suites de l'attaque au sarin alors qu'il travaillait dans une station de métro, a souhaité une sentence "la plus rapide possible". "Je veux que l'accusé Matsumoto soit exécuté avec ce qui reste de son gaz sarin", a-t-elle dit. Les principaux dirigeants de la secte ont été condamnés à mort en première instance, mais la justice japonaise est lente et les sentences définitives n'ont pas été prononcées.
Les autres cadres sont en prison et la secte a changé son nom en Aleph l'an dernier après avoir reconnu en décembre 1999 ses responsabilités dans les attentats au sarin. Aoum a tenté de se donner une nouvelle image, mais le gouvernement la tient sous surveillance.
Selon un rapport du ministère de la Justice datant d'avril qui la jugeait encore "fondamentalement dangereuse", la secte compte 650 adeptes à plein temps et plus de 1.000 disciples dans 29 branches régionales.
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Suisse : Sectes
Le Temps, 10 mai 2001 par Patricia BrielLa France s'apprête à adopter une loi anti-secte controversée
[Texte Intégral]La France s'apprête à introduire une loi tendant à renforcer la répression à l'encontre des groupes sectaires.
Dans la nuit de jeudi à vendredi de la semaine dernière, les sénateurs ont adopté en seconde lecture un texte qui prévoit trois innovations principales:
l'extension du délit d'abus de faiblesse, déjà réprimé par le Code pénal, la possibilité de dissolution judiciaire des groupements à caractère sectaire quand ils ont fait l'objet de plusieurs condamnations pour certaines infractions graves, et la possibilité pour les maires d'interdire l'installation de sectes dans un périmètre de 200 mètres autour des établissements sensibles, comme les écoles, les maisons de retraite, etc.
La création d'un délit de manipulation mentale, comme l'avait souhaité l'Assemblée nationale le 22 juin 2000, n'a finalement pas été retenue.
Néanmoins, les trois nouvelles dispositions n'ont pas fait l'unanimité au Sénat. Avant que les sénateurs ne planchent sur le projet, une délégation de 50 parlementaires du Conseil de l'Europe ainsi que le sous-secrétaire d'Etat américain aux droits de l'homme étaient intervenus pour demander au Sénat de différer l'adoption de la proposition de loi. Quant aux sociologues des religions, ils critiquent une loi jugée redondante et inadéquate. Ce débat concerne de près un canton comme Genève, qui réfléchit à l'introduction d'une loi contre les dérives sectaires qui pourrait s'inspirer du modèle français.
Chasse aux sorcières?
La proposition de loi votée au Sénat réprime «l'abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse soit d'un mineur, soit d'une personne dont la particulière vulnérabilité due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse est apparente et connue de son auteur, soit d'une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l'exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire ce mineur ou cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables».Pour Roland Campiche, directeur de l'Observatoire des religions à l'Université de Lausanne, «la panoplie judiciaire actuelle suffit pour réprimer les dérives sectaires. Je ne vois pas la nécessité d'introduire un droit d'exception qui vise uniquement les sectes. J'ai l'impression qu'on procède à une chasse aux sorcières.»
Jean-François Mayer, historien spécialiste des sectes, souligne la méconnaissance du phénomène sectaire par les politiciens français. «Cette législation vise à ériger les sectes en une réalité homogène. Or, il n'y a pas d'unité dans l'objet «sectes», pas plus qu'il n'y a de spécificité de la démarche sectaire. D'ailleurs, il n'y a pas eu la moindre tentative de définir ce qu'est une secte. Il y a donc une contradiction à vouloir légiférer sur un sujet qui n'a pas été défini. De plus, le mot secte ne recouvre pas la même réalité pour tout le monde. Différentes significations se superposent dans l'esprit des gens.» Jean-François Mayer remarque à cet égard que la controverse autour des sectes, née dans les années 70, a procédé par cercles concentriques incluant de plus en plus de groupements que personne n'aurait eu l'idée de qualifier de sectes auparavant.
A partir des années 80-90, des organisations de type politique et psychologique ont par exemple été intégrées dans la controverse. «On remarque que le terme secte tend à être utilisé de façon extensive, souligne l'historien. Il pourrait donc recouvrir un jour tout ce qui déplaît idéologiquement à un moment donné. Vu qu'il n'y a pas de définition, la loi pourra s'appliquer à ce que le législateur décidera de considérer comme secte à un moment donné. Il est donc vraisemblable qu'une telle législation concerne par exemple un jour des mouvements catholiques aux pratiques intensives, de type monastique ou paramonastique.»
Prévention absente du débat
La création d'un périmètre de sécurité est jugée «risible» par Roland Campiche. Certains ne comprennent pas pourquoi ce périmètre de sécurité ne concernerait que les sectes, et pas les établissements pornographiques, par exemple. Quant à la possibilité de prononcer la dissolution des groupements sectaires, Jean-François Mayer se demande pourquoi une telle loi ne s'appliquerait pas aussi aux partis politiques dont les dirigeants ont fait preuve de corruption. En définitive, selon l'historien, «toutes ces dispositions légales n'empêcheront pas un nouveau suicide collectif ou des assassinats». En effet, la grande absente du débat français, c'est la prévention.
Si elle est adoptée, une telle législation aura trois conséquences nocives, selon Roland Campiche: «Elle donnera à l'Etat l'impression qu'il a fait son devoir. Elle va accentuer l'idée que secte égale danger. Elle va freiner le dialogue et le débat, et contribuer à ce que des groupes se ferment.»«Un projet utile»
L'avocat genevois François Bellanger, qui planche sur la création d'une législation antisectes à Genève, rejette ces critiques. «Le projet de loi français est utile car il renforce la législation actuelle. Il n'y a pas besoin de définir les sectes. Cela n'a pas d'intérêt au niveau juridique. C'est même un piège, car certains groupes pourront arguer qu'ils ne sont pas des sectes. Il vaut donc mieux s'attacher à un certain nombre d'actes répréhensibles. Le projet français protège la liberté de croyance, mais réprime les dérives de certains groupes.» Quant à la création d'un périmètre de sécurité, il estime que c'est un élément utile pour protéger les enfants, «susceptibles de subir des influences négatives. Les établissements pornographiques ne font pas de démarche active pour attirer les enfants dans leur magasin. Or, les groupements sectaires font du prosélytisme en abordant les gens».Le projet de loi voté par le Sénat doit encore retourner devant l'Assemblée nationale d'ici la fin du mois de mai. Il pourrait être adopté définitivement d'ici au 30 juin.
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