Ordre du Temple Solaire

« Nous, c'est pas pareil... c'est différent d'une secte »

Source : La Presse (Canada), Martin Pelchat, samedi 7 octobre 1995.


Paul Audsley se souvient de la façon dont sa femme, la journaliste québécoise Joce-Lyne Grand'Maison, se refusait à associer l'Ordre du temple solaire, auquel elle était liée depuis ses débuts au Québec, aux autres groupes sectaires. Reporter aux pages économiques du Journal de Québec, Mme Grand'Maison était loin d'être une grande naïve, insiste-t-il. « Elle était très méfiante de ça. » Pourtant, elle a accepté de se rendre en Suisse à l'invitation du leader de l'ordre, Jo Di Mambro, l'automne dernier, ignorant sans doute qu'elle n'en reviendrait jamais. On a trouvé son corps dans les décombres de Cheiry, tuée par balles.

Un an plus tard, Paul Audsley se pose toujours des questions sur le drame. Que savaient les invités de Di Mambro ? Savaient-ils que, malade et voyant arriver la fin des jours de vaches grasses, il avait décrété le départ, de gré ou de force, pour « l'étoile Sirius », où les « élus » devaient vivre une autre forme d'existence ?

La conférence de presse des juges helvétiques, qui doit faire le bilan de l'enquête, n'a pas encore été convoquée. « J'attends toujours des nouvelles », laisse tomber M. Audsley, déçu du secret qui entoure encore cette enquête.

(...)

Joce-Lyne Grand'Maison avait certes été « déçue » de cet épisode troublant, dit-il. Mais elle n'en a pas moins continué de fréquenter l'ordre. « Finalement, peut-être que quelqu'un, comme Di Mambro, l'a convaincue que ça avait été exagéré par la presse? » suggère son mari.

Jacques Brunelle a pour sa part perdu sa fille Annie dans cette tragédie. Sa fille et aussi son ex-femme, Pauline Lemonde, qui était devenue la conjointe de l'ex-cadre d'Hydro, Jean-Pierre Vinet. On les a trouvés mort à Salvan, avec Jouret et Di Mambro.

Quelques mois avant la tragédie, Annie avait pourtant annoncé à ses proches son intention de passer les Fêtes au Québec. M. Brunelle attend donc lui aussi des nouvelles de la police suisse. Il a appris dans les journaux dernièrement que Di Mambro avait filmé les derniers moments de certains membres de la secte. Certains y apparaîtraient avec à la main un « cocktail » contenant probablement le poison qui les a emportés.

« Est-ce qu'ils savaient ce qu'ils ont bu ? » demande M. Brunelle, qui, en attendant les éclaircissements de la justice suisse, doit s'en remettre aux médias. Il a aussi rencontré ce printemps le Suisse Thierry Huguenin, un ex-membre de la secte, dans l'espoir d'en apprendre plus sur sa fille.

Huguenin a relaté dans un livre, titré Le 54e, sa propre vie au sein de la secte. Il y soutient que Di Mambro, dont il décrit les multiples impostures, l'avait désigné lui comme la 54e victime du carnage, d'où le nom du livre.

Mais aujourd'hui, Thierry Huguenin se cache car, selon sa maison d'édition européenne, Fixot, il a reçu des menaces il y a quelques semaines. « Des menaces liées à son ancienne organisation », explique l'attachée de presse de l'éditeur, Annick Batard.

L'automne dernier, une note a circulé parmi les anciens membres de l'OTS pour annoncer la dissolution de l'ordre. La SQ a  toutefois déclaré en décembre que la secte comptait encore 26 membres au Québec. On ignore combien lui demeurent fidèles en Europe mais dans une entrevue à l'hebdomadaire suisse L'Illustré, le juge André Piller déclarait récemment que « les fidèles sont restés fidèles ; ils croient encore à Jo Di Mambro ». « Pour eux, il est encore présent, d'ajouter le magistrat. Ces gens continuent de se revoir, même s'ils ne pratiquent sans doute plus de cérémonies comme avant. »

Une ancienne membre de l'ordre jointe par La Presse explique que pour les fidèles, les victimes du carnages ne sont pas
mortes. « Ils disent qu'ils sont partis »« Et certains sont déçus de ne pas être partis avec eux. »


  
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