Secte Moon

Un cas moins heureux: l'errance de Colette

(Source : BULLES du 2ème trimestre 1985)

 

Le Docteur Badiche nous donne une analyse pertinente des dégâts psychiques subis par une jeune fille après cinq mois seulement de séjour à l'Eglise de l'Unification (Secte Moon). Pour elle, les soins en service psychiatrique ont été l'amorce d'une libération.

 Malheureusement, d'autres jeunes, victimes des mêmes manipulations, ont vu leur état se dégrader... et l"'église" les a rejetés dans un état de faiblesse manifeste. Culpabilisés de n'avoir pu réaliser la mission confiée par le Père (Moon), quelques uns sont allés au bout de leur désespoir, jusqu'au suicide. Entre ces deux extrêmes, certains sont errants, restent fermement attachés à la doctrine des "Principes Divins" : guérison et réinsertion s'avèrent impossibles.

 Voici le cas typique d'une de ces exclues : Colette a maintenant trente ans. Recrutée par une mooniste en 1972 alors qu'elle travaillait dans une usine du Sud-Ouest, elle était alors tout à fait équilibrée : ses amis moonistes de l'époque eux-mêmes en font foi !


Encore mineure, Colette obtient de son père l'autorisation d'un week-end en Angleterre... et un visa. A partir delà, ses parents restent sans nouvelles pendant plusieurs mois. Après un voyage aux Etats-Unis, pour participer à la marche triomphale de Moon, elle est désignée pour porter la bonne parole au Japon et en Corée.

 De retour en France en 1976, elle revoit ses parents à plusieurs reprises : personne ne remarque d'autre anomalie dans son comportement qu'une certaine exaltation lorsqu'elle tente de faire du prosélytisme en famille.

 Puis, c'est à nouveau le silence... Lorsqu'en 1984 ses parents reçoivent une facture concernant Colette : elle provient du service psychiatrique de l'hôpital Cochin, en consultation externe...

 C'est tout à fait fortuitement que nous retrouvons la trace de Colette : un coup de fil nous signale qu'elle est prostrée, dans l'escalier d'un immeuble à Paris... elle parle de Moon... Elle est alors conduite dans une famille d'accueil de l'ADFI.

 Elle arrive, pauvre épave, traînant son balluchon, lamentablement vêtue, les traits tirés, sans âge.

 Elle sort, dit-elle, de "Maison-Blanche", l'Institut psychiatrique de l'Est de Paris. C'est ainsi qu'errant dans Paris, comme elle le fit bien d'autres fois, elle échoue dans l'immeuble qui nous l'a signalée.

 Lors de la semaine passée chez nous, son comportement est tout à fait marginal. Elle se nourrit à des heures fantaisistes, surtout la nuit, ne se lave pas, ne se déshabille pas, refuse les vêtements qu'on lui offre... Toutefois, elle se détend peu à peu ; facilement souriante, elle raconte avec un certain humour des scènes de l'hôpital. Puis elle parle de sa vie à l'AUCM, ses débuts à l'étranger, sa vénération pour le Révérend Moon, l'amitié pour ses frères et soeurs moonistes) et ses difficultés depuis qu'elle n'habite plus avec eux. Elle explique la théorie mooniste du monde spirituel, la vision du monde décrite dans les Principes divins, auxquels elle croit, dit-elle, profondément. Elle s'excuse même gentiment de risquer de troubler notre propre foi ! Mais dès que l'on envisage avec elle une solution d'avenir, elle se referme, affirmant que nous ne pouvons pas comprendre et que son seul recours, ce sont ses amis moonistes. Pourtant depuis quatre ans, elle n'est plus des leurs.

 Cette déchéance correspond à un tournant de l'organisation mooniste en France. Les Centres, utilisés pour les rencontres ou conférences, ne sont plus des lieux d'hébergement, si ce n'est pour quelques missionnaires, dont Colette ne fait pas partie, car, dit-elle, "ça n'allait pas très bien". Chaque adepte doit survivre par son travail, soit dans une entreprise mooniste, soit à l'extérieur, en versant la dîme au mouvement. Certains, plus résistants, ont opéré leur conversion vers cette nouvelle formule de vie où leur travail, dûment exploité, alimente les réalisations au sommet de la secte. Mais Colette, comme plusieurs autres jeunes que nous connaissons, démolie par six ans de conditionnement et de travail intensif, n'est plus capable d'assumer sa vie : là commence sa vie errante.

 Après quelques jours à la maison, Colette accepte un rendez-vous avec un psychiatre connu de l'ADFI qui l'examine. Sa conclusion : Colette n'a aucun symptôme de schizophrénie ; seulement elle n'a pas résolu ses problèmes internes. Le docteur, plein d'illusions, croit l'aider en lui affirmant que le moonisme est inspiré de Satan. Colette dira, en sortant de cet entretien : "Ce sont les idées du Docteur ; je l'ai laissé parler... mais cela n'entame en rien mes convictions..."

 Des tentatives de rencontre avec d'autres psychiatres échouent. Elle accepte enfin d'aller chez son frère... A la gare, au moment du départ, elle devient agressive... et repart. Le circuit recommence : errance, commissariat, Maison-Blanche... Alerté un jour par la police, son frère viendra chercher Colette. Après deux mois de vains efforts pour la faire soigner, il la fera hospitaliser à Bordeaux... elle fuira à nouveau...

 Depuis, Colette a été retrouvée quatre ou cinq fois. D'elle même, elle reprend contact avec la famille d'accueil qui vous relate le triste bilan de cette vie gâchée.

 Colette, généreuse comme la plupart de ses "frères et soeurs", avait cru participer au salut du monde et trouver le bonheur en entrant à l'Eglise de l'Unification. Elle y a été en effet accueillie chaleureusement, entourée au point de n'être jamais seule, convaincue du rôle essentiel qu'elle doit jouer dans et par son Eglise... elle n'a qu'à se laisser porter. C'est bien le moyen le plus sournois employé par ces groupes sectaires "que ses membres y soient bien parce qu'ils n'ont plus à être".

 


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