L'organisation Moon a-t-elle encore un avenir ?

(Source : BULLES du 3ème trimestre 1991)
 


 
" Moon... ça existe encore ? ". Telle est sans doute la réaction de la majorité des Français si l'on prononce ce nom.

 Cela existe bel et bien. Mais on ne voit plus que rarement des adeptes souriants aborder des jeunes au coin des rues, ou faire le porte-à-porte pour vendre le " Nouvel Espoir ". L'été dernier, pourtant, des moonistes, pour la plupart étrangers (nombreux Asiatiques), ne parlant pas français, étaient postés, deux par deux, en de nombreux points de Paris, abordaient des jeunes, Français et surtout étrangers, pour les convier à une " réunion internationale d'étudiants " et leur vendre des billets pour un spectacle culturel, non sans leur faire inscrire sur la souche leurs noms et adresses... Il s'agissait de la " Convention Internationale du " CARP " (nom de l'organisation pour le recrutement en milieu universitaire) présidée par le fils aîné de M. Moon et organisée par les chefs moonistes français, dont Pierre Ceyrac, député au Parlement Européen (liste du Front National).

 Pendant l'année scolaire, des conférences ont lieu au siège de l'organisation à Paris, rue de Châtillon (14è) qui ne porte plus aucune marque extérieure, sauf de grands rubans tricolores. (Au début, on pouvait lire : " CAUSA "). Les invitations se font par affiches et invitations ne mentionnant généralement ni Moon, ni l'AUCM.

  1. Moins de recrues que de départs
  2. Hier, des illuminés... Aujourd'hui, des gens "normaux"...
  3. La vie de château
  4. La manipulation des femmes mariées
  5. Bijoux, ginseng, presse et automobile...
  6. Politique: Moon courtise la droite
  7. Quand l'anticommuniste Moon soutient Gorbatchev
  8. Soucis financiers et problèmes de succession


1. Moins de recrues que de départs

Si le recrutement a toujours continué, à l'occasion de ces conférences, mais, semble-t-il, surtout à l'étranger, auprès de jeunes débarquant, sac au dos, aux États-Unis notamment, il ne semble pas compenser les départs. Les effectifs augmentent désormais par les naissances. Les conjoints " bénis " lors des mariages de masse depuis 1982 ont été invités à s'unir et à procréer en moyenne trois ans après la cérémonie. Le rythme est rapide : un an, dix-huit mois. Les enfants, supposés exempts du péché originel, ont pour " Vrais Parents ", eux aussi, M. et Mme Moon. Les couples stériles peuvent se voir attribuer l'enfant d'un autre couple mooniste, qui leur est donné dès avant la naissance. C'est un " don d'amour ". Le but des couples moonistes est d'en avoir le plus possible, " pour notre Père ". Nés parfaits, ils n'auront pas à subir les mêmes épreuves que leurs parents et pourront très tôt, à leur tour, produire des " enfants bénis ". En France, ils vivent en petites communautés de deux, trois ou quatre familles par appartement. Les ressources (part des salaires, allocations familiales, etc.) sont mises en commun, de même que les tâches familiales et ménagères, ce qui libère les femmes pour les activités missionnaires ou autres. Certains couples ont leur propre appartement, mais accueillent " frères " et " soeurs " de passage. A l'étranger (États-Unis, Japon, Hong-Kong) il peut y avoir des communautés plus nombreuses.

  2. Hier, des illuminés... Aujourd'hui, des gens "normaux"...

En France comme dans le monde, les préoccupations des familles et du public ont quelque peu évolué : ce qui frappait, il y a 15-18 ans, c'étaient les conversions-éclairs, le changement total et brusque de personnalité, d'expression, la rupture radicale avec tout ce qui avait jusque là fait la vie d'un jeune, ses centres d'intérêt etc, et le départ souvent à la suite d'un simple week-end. Il était question de " lavage de cerveau ", en fait d'un conditionnement intensif, en groupe, d'une manipulation assez simple où l'affectivité, les désirs (être reconnu par ses pairs, être délivré de l'incertitude de la vie, des angoisses, des parents... ) sont plus importants que le raisonnement. Et l'on se demandait si une telle manipulation était licite, légalement et surtout moralement, si elle était réversible et comment. Ces questions sont toujours posées, le phénomène a été bien étudié, notamment aux États-Unis. Des adeptes qui ont persévéré, eux, n'ont plus l'air " illuminé " de leurs débuts, mais veulent apparaître comme des gens " normaux ". Ils ont entre 35 et 45 ans, la plupart ont un travail, soit dans des entreprises de l'organisation, soit à l'extérieur, d'autres sont " missionnaires ", " bénévoles à temps complet " (même s'ils sont chargés de famille). Leur conviction n'a pas changé : Moon a la mission d'unifier le monde dans un royaume messianique sur le modèle de la " famille parfaite " que réalisent déjà les membres de l'" Église de l'unification ", en union parfaite avec les " Vrais Parents ". Mais extérieurement, on collabore souvent avec des non-croyants, en disant accepter la liberté de religion.

  3. Pour les enfants des moonistes, Moon est leur vrai père

Ce qui est maintenant préoccupant, c'est d'une part le danger représenté par l'infiltration continue de l'organisation Moon, par ses innombrables ramifications, dans la vie économique et les rouages politiques des pays où elle a réussi à s'implanter visiblement ou non ; d'autre part, sur le plan des personnes, le sort des enfants, ils ne sont pas maltraités, plutôt bien soignés, mais il reste qu'ils sont entièrement conditionnés dès leur naissance à considérer Moon comme leur vrai père, dans une obéissance absolue. Les problèmes se posent déjà de façon aiguë si l'un des parents quitte l'organisation (ce qui leur est rendu très difficile par la présence d'enfants, qu'ils aiment vraiment, bien sûr) : il devra laisser les enfants au conjoint mooniste, surtout si c'est la mère. Celle-ci, généralement de nationalité différente, sera envoyée avec ses enfants dans son pays d'origine - et dans la " Famille " mooniste de ce pays. On voit combien est alors difficile l'exercice du droit de visite et le maintien des liens du père avec ses enfants. Après des années au service de Moon, sans diplômes et sans métier bien souvent, il a bien du mal à trouver un emploi - comment alors payer la pension alimentaire qui lui est réclamée, comment payer les voyages pour les visites autorisées, les vacances... ? Les grands-parents, de leur côté, même s'ils se sont résignés à la décision de leur enfant, qui était majeur et supposé " libre ", sont de nouveau déchirés lors de l'arrivée de petits-enfants, qui n'ont rien décidé du tout. Ils souffrent s'ils les voient de temps en temps, et plus encore s'ils ne les voient jamais. Ils ont bien de par la loi un " droit de visite ", mais bien difficile à exercer dans la pratique. Et tous ne sont pas en état de recevoir pour des périodes variables trois, quatre ou cinq petits qu'ils connaissent à peine et qui, dans certains cas, ne parlent même pas le français. Problèmes personnels, sans doute, mais n'est-ce pas finalement de la dignité et de la valeur des personnes qu'il s'agit ? Or ces enfants sont mis au monde par la volonté de Moon et pour servir ses desseins, non pour leur épanouissement et l'accès à leur pleine dignité humaine dans la liberté.

  4. La vie de château

Dans le monde, spécialement États-Unis, Corée, l'organisation Moon investit dans l'immobilier. En France, c'est relativement peu de chose : outre le château de Mauny (Seine-Maritime) acheté en 1976, et une partie d'un immeuble modeste à Paris, 9-11 rue de Châtillon (14ème), qui sert de siège à CAUSA (bras politique de l'organisation) les moonistes ont acheté fin 85 ou début 86 le château-hôtel de Bellinglise (Oise) au nom d'une " Minority Alliance ", sise à New York, filiale peu connue de la secte. Figure au Conseil d'Administration de la société civile immobilière désormais propriétaire, Rudolf Weber, mooniste autrichien de longue date, marié à une Bretonne, longtemps responsable de CAUSA-Europe. Des moonistes " de la base " ont travaillé à la rénovation du château, qui vise, outre une riche clientèle privée, celle de " séminaires " internationaux des grandes entreprises, publiques ou privées. Le scénario s'est répété fin 89 : une autre SCI, la " Société européenne de gestion immobilière " (SEGI) achète le château de Challain-la-Potherie, en vente depuis longtemps. (Maine-et-Loire). PDG : Michel Cloarec, mooniste et " leader " de longue date, et.., directeur administratif de Bellinglise. Cette SEGI a été constituée la veille de la transaction. Les actionnaires sont des Japonais. Les travaux prévus ne sont pas encore commencés, mais un vaste terrain a été acquis en vue d'un futur golf. Même ambition que pour Bellinglise: tourisme de luxe, séminaires " haut-de-gamme ".

 Enfin, le prestigieux Trianon-Palace, à Versailles, dont l'organisation Moon avait acquis la majorité des parts fin 1984, par sympathisants interposés, selon J.F. Boyer (L'Empire Moon, pages 346-355) a été revendu à " un groupe japonais " sur lequel on n'a pas de renseignements précis. Des travaux très importants ont été entrepris (pour 300 millions de francs au moins) et le directeur, J.M. Ruault, fait déjà la promotion du Palace auprès des grandes entreprises. Ouverture prévue : été 1991. Quand on sait que la majeure partie des fonds dont dispose M. Moon vient du japon, on peut se demander si le Trianon-Palace a véritablement changé de propriétaire. Mais on sait aussi que Moon a depuis quelque temps de gros soucis d'argent.

  5. Bijoux, ginseng, presse et automobile...

La principale entreprise mooniste en France est la fabrique XXXX , qui connaît une expansion continue. Ses usines XXXX n'emploient pas exclusivement des moonistes, mais leur nombre reste important et ils sont dominants. La fabrication, vendue en France, est surtout exportée (Europe, et surtout États-Unis et Japon). C'est une source importante de revenus, non seulement par les profits réalisés, mais parce que les employés moonistes reversent une part importante de leur salaire à l'organisation.

 Au États-Unis, les moonistes ont créé une multitude d'entreprises, certaines éphémères, et généralement peu rentables. Plusieurs journaux : d'abord à New York ; appelé finalement New York City Tribune, ce quotidien a cessé de paraître début janvier 91. A Washington, le Washington Times paraît depuis 1982. Les investissements de départ sont énormes, et le déficit annuel, jamais comblé, est encore plus grave. Moon n'a pas lésiné sur les salaires, en particulier celui du rédacteur en chef, Arnaud de Borchgrave. Le tirage reste faible (autour de l00.000 exemplaires, le service des " audits " (vérification des tirages) a renoncé à contrôler ce journal) mais il est lu à la Maison Blanche et se veut l'organe de la droite américaine. Des périodiques: un hebdomadaire, Insight, et un mensuel, The world and I, gros comme un annuaire téléphonique, véritable gouffre financier. La nécessité de réduire les dépenses a mené récemment à une réduction sensible du poids de ce mensuel, comme à la fermeture du journal New-Yorkais. Le personnel des publications a été fortement réduit.

 Moon a fondé son journal à Séoul, le Segye Ilbo, grâce à la libéralisation relative du régime.

 En Corée, le Ginseng Ilwha continue à être produit et exporté, et les diverses usines (métallurgie, armements, et plus récemment boissons) fonctionnent et s'étendent. L'investissement le plus spectaculaire est certainement l'ensemble d'industrie automobile en Chine du Sud (non loin de Canton), investissement exclusivement mooniste. L'objectif est très ambitieux, la production n'a pas encore commencé, mais on affirme que la petite berline 4 places, " Panda ", sera vendue uniquement à l'étranger. (Un bon résumé des ambitions moonistes en Chine et en Corée se trouve dans " Église d'Asie ", Agence d'Information des Missions Étrangères de Paris, N° 107, Dossiers et Documents N° 3/91, Mars 91. Ce dossier résume et traduit un article de la Far Eastern Economic Review du 1er novembre 1990, signé par Mark Clifford. Il en a été rendu compte dans Bulles).

  6. Politique: Moon courtise la droite

Tout ceci nous amène à deux éléments relativement nouveaux : la dimension de plus en plus politique de l'organisation Moon, déjà soulignée par J.F. Boyer, et, tout récemment, l'engouement spectaculaire de Moon pour M. Gorbatchev.

 Aux États-Unis, Moon courtise la droite depuis longtemps ; pour la guerre à outrance au Vietnam, pour Nixon lors de la crise du Watergate, pour les Contras du Nicaragua et autres guérillas anticommunistes, pour les gouvernements militaires dictatoriaux d'Amérique Latine... En France, la surprise a été créée quand un Roumain naturalisé français, Gustive Pordéa, a été élu sur la liste Le Pen pour les élections européennes de 1984, grâce à l'argent mooniste. Quatre ans plus tard, il sera remplacé par Pierre Ceyrac, un des grands " leaders " français du moonisme. Ce dernier a été élu en 1986 à l'Assemblée Nationale sur la liste du Front National (Nord), mais a échoué en 1988. De même, outre Pierre Ceyrac à Lille, des moonistes ont figuré sur les listes du Front National pour les élections municipales (sans succès). Aucun autre parti n'a jamais accepté la collaboration avec l'organisation Moon. Même si le Front National reste minoritaire, la qualité même de député comporte bien des avantages et des possibilités, et les moonistes espèrent toujours des succès lors de municipales, ce qui leur donnerait des possibilités d'action et constituerait un marchepied. Comme partout, on voit bien que l'objectif est de paraître " normal ", fréquentable, bref, de se faire des amis et des alliés plutôt que de recruter des adeptes dans l'immédiat. " Je ne crois pas en Moon, mais ses disciples sont des gens très bien, et leur religion ne regarde qu'eux ", voilà ce que Moon veut qu'on dise et pense dans le monde politique. Et, plus tard...

  7. Quand l'anticommuniste Moon soutient Gorbatchev

La mini-bombe a éclaté quand l'apôtre de l'anticommunisme, Moon lui-même, a déclaré M. Gorbatchev " positif ", lui a accordé un soutien total et l'a couvert de louanges. Puis il a réuni à Moscou, en 1990, sa " Conférence Mondiale des Médias " et a été reçu à cette occasion par M. Gorbatchev en personne. L'URSS n'est plus Satan. D'ailleurs, ce revirement ne trouble pas les moonistes : c'est, pensent-ils, grâce aux prières et aux sacrifices de Moon et de ses disciples que le communisme s'est écroulé, et Gorbatchev est l'instrument du changement. Les louanges que Moon déverse sur lui - interviews, discours - sont délirantes. On voit bien, tout de même, que l'objectif est d'être accepté comme " Église " ou " Mouvement " en URSS, comme dans les pays de l'Est ex-communistes, et c'est déjà fait. Comme les autres sectes d'ailleurs, l'organisation Moon fait d'énormes efforts pour recruter dans ces pays, où ces mouvements, leurs buts et leurs méthodes étaient inconnus. Invitation à des séminaires aux États-Unis, tous frais payés : qui résisterait à pareille offre ? et les séminaires se succèdent, en Pologne, Hongrie, Allemagne de l'Est... Les textes sont traduits dans les différentes langues, afin que les premiers convertis puissent enseigner les autres, même s'ils ne comprennent pas l'anglais. Reste à savoir quel succès auront ces efforts. Enfin, Moon s'apprête à pénétrer la Corée du Nord, quand le communisme s'y sera écroulé - but premier, but ultime.

  8. Soucis financiers et problèmes de succession

Une ombre au tableau : le succès total et final se fait attendre ; et, dans l'immédiat, et pour la première fois semble-t-il, Moon a des soucis d'argent. Ses dépenses sont énormes ; jusqu'ici, sa source principale de financement était le Japon. Mais l'argent ne coule plus si facilement. Pour faire face aux dépenses, l'" Église " de Moon avait persuadé des Japonais, moonistes ou amis, de consentir des prêts, voire d'emprunter eux-mêmes pour verser l'argent à Moon en Corée. Mais il faut rembourser, payer des intérêts, et cela va assez mal. Défections, scandales. Il est impossible de dire comment les choses évolueront. Un facteur d'incertitude est également l'âge de Moon : 71 ans. Certes, il peut vivre encore longtemps; mais les entreprises coréennes qui ont grandi comme des champignons se désagrègent souvent à la mort du patron, car leur croissance reposait sur la fidélité inconditionnelle au chef. Moon ne se considère certes pas comme un patron ordinaire mais les rivalités inévitables entre lieutenants, les difficultés pratiques, risquent de décourager les sympathisants et alliés, et même les disciples. Tout cela est hypothétique. Reste que l'empire Moon repose en fin de compte sur l'adhésion totale de quelques dizaines de milliers de personnes de par le monde, spécialement celle des chefs d'entreprises investis par Moon et financés par lui. Quelques défections parmi eux, et c'est la chute de l'édifice. L'adhésion des disciples est bien, dans l'ensemble, de nature religieuse mais dans ce domaine aussi, des circonstances nouvelles et défavorables contribuent à ouvrir bien des yeux. Nous en saurons sans doute plus dans quelques années.

 Ce qui avait été perçu dès 1974-75 par les quelques personnes qui avaient été très vite au-delà des phénomènes visibles immédiatement, s'est confirmé au fil des années : l'organisation Moon utilise les adeptes attirés par une ferveur religieuse certaine à des tâches purement économiques et politiques, les exécutants de ces tâches continuent à être chauffés à blanc par les discours, prières, prophéties de Moon et de ses représentants. Cet aspect, essentiel pour comprendre les sacrifices parfois suicidaires des adeptes, s'est fait discret, pour ne pas inquiéter et effrayer les alliés dont on a besoin pour entrer dans la place - le monde, la société, les nations, les partis - dont on veut arriver à prendre le contrôle.

  

 
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