Secte Moon et recrutement

(Voir aussi la rubrique Recrutement à visage caché: conférences, voyages bon marché, rencontres sportives...)


Comment devient-on mooniste ?

(document qui date de 1978)
 
(source : extrait du livre A la Recherche des sociétés secrètes et des sectes, par Dominique Sandri. Pages 189 à 193.
Éditions Presses de la Renaissance. Dépôt légal : 4ème trimestre 1978).
 
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C'est dans la rue, généralement, que tout commence. Si vous êtes jeune, si votre apparence, votre tenue vestimentaire vous donnent l'air d'un « étudiant », il y a de fortes chances pour que vous en ayez vous-même fait l'expérience. Vous aurez alors certainement remarqué l'extrême gentillesse des « moonies » lorsqu'ils vous abordent. C'est une de leurs caractéristiques, comme ce regard un peu vide et ce sourire, ce fameux sourire qu'ont noté tous ceux qui les ont approchés.

Dans le Manuel de recrutement de l'AUCM, on recommande aux adeptes de donner à leur visage, « particulièrement au regard, à la bouche, une expression qui fasse impression ». Cela donne de bons résultats. Beaucoup de jeunes se laissent séduire lors de ce premier contact. La Croix du 2 avril 1975 a rapporté le témoignage suivant émanant d'une ex-militante de l'AUCM, Annick :

Et après ? Après, généralement, on vous invite à suivre des conférences, puis à participer à des séminaires. Cela se passe dans de luxueuses résidences situées à l'écart des grandes villes. Le centre de Saint-Germain-au-Mont-d'or a été rendu célèbre en janvier 1976 en raison de l'affaire Amadeo mais d'autres séminaires du même genre fonctionnent à Aulnay-sous-Bois, Fontenay-aux-Roses, etc.

Marie-Gisèle Landes, journaliste au Nouvel Observateur, a raconté dans le n° 608 de juillet 1976 de cet hebdomadaire le déroulement d'un séminaire mooniste auquel elle a assisté à Boonville, aux Etats-Unis. Son témoignage peut être rapproché de celui d'un autre journaliste, travaillant pour Le Progrès de Lyon, cette fois, Robert Belleret, qui a vécu la même expérience au fameux centre de Saint-Germain-au-Mont-d'or, le « Manoir Fleuri ». Des deux côtés de l'Atlantique, le stage d'initiation se déroule de la même façon.

« A vrai dire, écrit Robert Belleret, durant les trois jours de mon stage, je n'ai guère eu l'occasion d'entendre prononcer le nom de Sun Myung Moon. Les professeurs se gardent bien d'entrer trop vite dans le vif du sujet : ils se contentent de modeler la conscience et l'intellect de l'adepte en puissance pour que celui-ci soit en mesure de recevoir une révélation qui doit venir ' du plus profond de lui-même ' ». Même remarque de la part de Marie-Gisèle Landes, qui note, à la fin de son stage : « Départ dans une demi-heure. La nuit mauve est tombée. Une foule pressée s'agite, entre et sort des baraques, boucle des sacs de couchage. Des petits groupes animés, un peu partout dans l'ombre. Voix des moonies : ' Comment voulez-vous comprendre la profondeur de notre message si vous ne restez pas une semaine de plus ? ' ». C'est durant cette semaine-là que le nom de Moon sera enfin prononcé. Et que les conférences auront pour thème ses Principes Divins. »

Les témoignages des deux journalistes se rejoignent sur d'autres points. D'abord, le rythme de ces journées. Les moonistes se lèvent très tôt le matin et se couchent très tard le soir. On ne leur laisse pas un seul instant de libre. Chants, jeux, conférences, activités sportives, repas se succèdent sans solution de continuité. Il ne faut surtout pas laisser à l'adepte en puissance le temps de penser. Les chants et les jeux sont, en France comme aux Etats-Unis, d'un infantilisme affligeant. Qu'on en ' juge par cette strophe d'une chanson mooniste rapportée par Robert Belleret :

La nourriture des « moonies » est à peu près aussi consistante que les paroles de leurs chansons. Marie-Gisèle Landes n'a eu droit, le premier jour, en guise de déjeuner, qu'à un simple sandwich au fromage accompagné d'eau claire. Robert Belleret, de son côté, décrit ainsi son premier repas : « A table, la nourriture est plus que frugale : spartiate. Plat unique : une louche de carottes crues. Dessert : une pomme. Pas de pain. Le tout arrosé d'eau claire. »

Manque de sommeil et pauvreté de la nourriture se combinent pour amoindrir physiquement et psychologiquement les adeptes qui perdent ainsi tout sens critique. Ils deviennent disponibles pour tout ce que l'on veut. Certains prennent conscience de l'effritement de leur volonté et, lors d'un dernier accès de lucidité, choisissent de s'en aller. Mais, au fur et à mesure que le temps passe, il devient de plus en plus difficile de quitter la secte. Et l'on en vient à accepter sans réticences l'inacceptable.

L'inacceptable, ce sont, par exemple, ces mariages collectifs auxquels se livre périodiquement le Révérend. Le premier a eu lieu en 1968, le dernier en 1975. Au cours de celui-ci, Sun Myung Moon a béni 1.800 couples formés par lui d'après photos. Cela se passait à Séoul. « Le mariage collectif, disent les moonistes, se dresse comme symbole non seulement d'un accomplissement individuel mais de la réalisation de l'idéal de Dieu au niveau de toute l'humanité. »

L'inacceptable, c'est aussi la présence de personnages comme ce M. Paul Werner, ancien membre des Jeunesses hitlériennes, à la tête de l'AUCM à l'échelon européen.

L'inacceptable, ce sont, enfin, les conditions de vie des adeptes, le travail qu'on leur fait parfois accomplir seize heures par jour, la façon dont on les exploite pendant que leur Maître savoure le bien-être d'une existence luxueuse. A cet égard, il est bon de rappeler ce témoignage d'une jeune fille, paru dans l'Humanité : « J'ai accepté d'entrer dans un atelier de bijouterie appartenant à l'AUCM, à Fontenay-aux-Roses. Nous étions six garçons, six filles, travaillant seize heures par jour sans salaire. » Or, on s'est aperçu que cet atelier sert à alimenter une bijouterie parisienne de la rue des Gravilliers dont l'un des administrateurs n'est autre que la femme d'Henri Blanchard, ex-séminariste des Pères de Picpus et responsable, avec Pierre Ceyrac, neveu du patron des patrons français, de la secte pour la France...

Alors ? Que penser du « Souverain illimité du Ciel et de la terre » et de ses disciples ? La sincérité des adeptes ne paraît pas faire de doute. Leur seul crime est d'avoir succombé aux charmes d'une mystique de pacotille. Mais Moon et les autres responsables de la secte font preuve d'infiniment moins de naïveté. L'anti-communisme occupe trop de place dans leurs discours pour qu'il s'agisse d'un simple point de doctrine.

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