Témoignage de Barbara Dole, ex-mooniste américaine

(source : extrait du livre Les nouvelles sectes, page 194 à 196).

Le bulletin de l'ADFI, publié en mars 1981, donne le récit d'une jeune Américaine, Barbara Dole, qui a quitté l'organisation en août 1980, après cinq ans, et qui décrit comment le virage de 1981 a été vécu à l'intérieur de la secte.


" Pendant tout le temps de mon appartenance à l'Église de l'Unification, raconte-t-elle, j'étais ce qu'on peut considérer comme un membre de toute première catégorie. Je croyais en Sun Myung Moon et sa femme comme mes " vrais parents ", et je suivais leurs enseignements, les Principe divins, de tout mon coeur. Je croyais sincèrement que je suivais la voie de Dieu... J'étais une bonne ramasseuse d'argent (fund raiser), je rapportais en moyenne 285 dollars net par jour...

" En même temps, je me rendais compte que d'autres membres qui n'arrivaient pas à faire dotant d'argent que moi étaient malheureux... je les voyais souffrir l'enfer. M. Hayashi, le commandant de ma région en Californie du Sud, obligeait souvent ceux qui ne rapportaient pas beaucoup d'argent à jeûner pendant des jours et des jours, jusqu'à ce qu'ils rapportent au moins 200 dollars.

" Vers le début de 1980, nous étions tous dans l'attente de la fin du cours de vingt et un ans de Moon. On nous disait que 1980-l981 étaient parmi les années les plus importantes de toute l'histoire ; que le Royaume de Dieu sur terre serait proclamé; que Moon serait reconnu par le monde entier comme le Messie, et que le Jour du Jugement prédit par la Bible serait finalement arrivé, Moon projetait d'emmener la plupart des membres de son Église à Moscou et d'y faire un grand rallye pour remporter la victoire sur le monde communiste.

" A la même époque, Hayashi commença à promettre de grandes récompenses à chacun de nous. Il nous disait qu'avant la fin des trois prochaines années nous aurions tous des robes longues et des smokings, une belle maison, une Rolls Royce, et que nous passerions nos journées en réceptions, à témoigner de nos expériences.

" Il y a quelques mois, M. Hayashi revint d'une réunion de commandants à New York, au cours de laquelle Moon avait parlé. Il était extrêmement sombre. Nous étions environ cinquante, réunis à une heure du matin pour écouter la communication catastrophique de Hayashi. Il disait que la Providence avait échoué, car nous n'avions atteint ni les 30.000 membres que Moon avait demandés, ni la moyenne de 100 dollars net. En outre, nous étions spirituellement responsables de la mort du président Park, en Corée, de tous les problèmes intérieurs de l'Amérique, et de la prise des otages en Iran. Il nous avertit que les choses allaient devenir très dures pour nous à partir de ce moment. La providence de Dieu allait être retardée. Nous allions être obligés de faire attention aux bombes que les communistes pourraient mettre dans nos camions. Le pays pourrait être envahi par la Russie, et l'Église (de Moon) pourrait être obligée d'entrer dans la clandestinité. Nous étions terrifiés.

" En avril, pour le soixantième anniversaire de Moon, nous devions tous être invités à New York pour une grande fête. Mais, alors que nos espoirs étaient à leur comble, Moon annonça que les temps étaient bien trop graves, et que Dieu avait besoin que nous nous sacrifiions davantage sur la ligne du front.

" Il nous demandait de travailler plus dur. Il exigeait une condition (1) de cent jours, une période de travail intense qui devait racheter les péchés passés de la société, de sorte que la volonté de Dieu puisse s'accomplir. La nouvelle doctrine était la suivante : maintenant, le cours personnel de vingt et un ans de Moon était terminé, et nous-mêmes allions être entièrement responsables de la réalisation de notre propre mission. Si nous ne remportions pas la victoire en cent jours (en rapportant beaucoup d'argent), les prochains vingt et un ans seraient remplis de souffrances. En juin, nos résultats étaient très faibles, et les dirigeants abandonnaient la condition de cent jours... "

(1) : Une " condition ", en jargon mooniste, est une tâche fixée par les dirigeants en vue d'un certain objectif, un quota à remplir. Par exemple : pendant dix jours, rapporter au moins 100 dollars par jour.

Commentaire du bulletin de l'ADFI :

" Pour ce qui est du " nouveau cours " décrété par l'Église mooniste en 1980, on se doutait bien qu'il faudrait quelques acrobaties pour le justifier. Mais, très peu d'adeptes ont renâclé. Ils ont subi un bombardement massif qui les a complètement culpabilisés : si la victoire promise ne se réalise pas, c'est leur faute, sûrement pas celle de M. Moon et de ses adjoints. Conclusion : payer encore plus d"'indemnités", faire encore plus de " conditions ". Encore bien heureux de ne pas être la proie de Satan (ou des communistes, ce qui revient au même). C'est, en effet, ce qui avait été annoncé : si nous n'obtenons pas la victoire en 1981, c'est fini, tout est perdu ; c'était la dernière chance après les échecs d'Adam et de Jésus.

" Barbara Dole, poursuit le bulletin, fait quelques réflexions intéressantes sur la vie des disciples de Moon : " Ce qu'il y a de pire chez les moonistes, raconte-t-elle, c'est qu'ils vous dépouillent de tout ce qui est bon, de tout ce qui a du sens, en vous. Tous, nous y étions entrés pour des raisons honorables. Certains croyaient à l'amour et à la vérité ultimes; d'autres voulaient aider le monde ; d'autres cherchaient Dieu. Nous avions tous une certaine force de caractère. Les moonistes savaient exactement comment exploiter chacune de ces qualités.

" Dès le début, les moonistes gagnent votre confiance, jusqu'à ce que vous consentiez à leur donner tout. Vous leur videz votre âme et votre coeur. Vous partagez vos rêves les plus ambitieux. Puis, ils vous dépouillent de ces rêves et les remplacent par leurs promesses. Ils font danser la carotte devant votre nez, et vous travaillez sans relâche parce que votre tête est remplie d'illusions.

" Vous ne vous apercevez jamais que votre vie est devenue vide parce que la souffrance est devenue votre réalité. La souffrance devient votre vie ; sans elle, on vous dit qu'il ne peut pas y avoir de ciel. Ainsi vous êtes enivrés de visions du Royaume, et vous continuez à travailler sans arrêt, sans vous apercevoir que votre âme vous a été volée. "