B - Mes premiers questionnements.3
C - Pour une réflexion plus
approfondie.4
B - Construction d'une allégeance
inconditionnelle au groupe et au leader.15
B - 1 - 2 - La séduction à la recherche de l'unité perdue. 18
E - Le groupe sectaire comme institution substitutive. 25
F - Le groupe sectaire en tant que groupe d'appartenance secondaire. 26
2 - L'IDEOLOGIE - : sa place et sa
fonction. 27
3 - LA RUPTURE CATASTROPHIQUE 30
3 - Modalités et critères de choix de la population étudiée. 37
Il y a une vingtaine d'années, jeune enseignante enthousiaste d'une école Waldorf ( Rudolf Steiner fut l'initiateur du type de pédagogie qui y est appliqué), provinciale fraîchement débarquée dans la région parisienne, je me liais d'amitié avec un couple très sympathique dont j'admirais tout à la fois la stabilité conjugale, l'équilibre et l'épanouissement de leurs enfants de l'âge des miens, la chaleur du foyer, l'ouverture intellectuelle, l'aisance financière, la position sociale et la générosité de leur porte ouverte à tous..
Je les considérais comme un couple phare et ils constituaient pour moi une référence d'autant plus solide que l'âge de Monsieur x le plaçait sensiblement dans la génération de mon père.
Après plusieurs années de compagnonnage proche, Ils me parlèrent un jour avec enthousiasme de la rencontre bouleversante qu'ils avaient faite d'un personnage haut en couleur, d'origine amérindienne, porteur de concepts révolutionnaires dont il puisait les sources dans sa tribu d'origine celle des Mic-Mac du Canada du nord.
Ses promesses d'apprentissage, attrayante pour un occidental friand de découvertes cognitives se doublaient de projets audacieux concernant l'avenir écologique et économique de la planète.
Monsieur x me pressa de l'accompagner au campement du groupe sis à l'époque dans la région parisienne; je ne m'y rendis jamais; vaguement inquiète du côté pseudo exotique et des enjeux annoncés, mais aussi lourdement chargée d'âmes et de bouches à nourrir, je n'avait guère la disponibilité de rendre visite à ce groupe aussi extraordinaire soit-il ou à cause de cela peut être.
La suite confirma mes premières impressions. Il s'avéra que le groupe appelé " la tribu " émanait d'une secte écologiste du nom de " ecoovie " née en 1978 et que le Gourou en question fut identifié comme étant un escroc international connu sous plusieurs identités. Depuis, la secte s'est auto dissoute en 1994.
De nombreux procès sont en cours qui mettent en cause les pratiques
du groupe: morts suspectes d'enfants en bas âge, d'adolescents et
d'adultes. La mortalité infantile dans la secte, qualifiée
" d'impressionnante " relèverait de défaut de soins; des
corps cachés et retrouvés font l'objet d'enquêtes diligentées
par les familles et les pouvoirs publics.
Ma distance affichée se situe entre l'amusement, l'incrédulité
et une certaine condescendance teintée de surprises et d'inquiétudes
devant l'engouement que ce groupe suscite chez mes amis.
Ces sentiments vont se muer en étonnement grandissant puis en stupéfaction et enfin en consternation.: Monsieur x m'apprend avec un orgueil mêlé d'envie que le gourou est chaman, , médecin, initié chez les indiens aux traditions préglaciaires orales en voie de disparition et dont il est le dépositaire. Au nom de ces secrets initiatiques, hommes et femmes devaient être séparés - parfois par des milliers de kilomètres- l'acte sexuel entre eux est déclaré contre nature mais se pratique sous forme d'orgies entre les hommes. En effet seul l'échange de sperme entre deux hommes permet la transmission des pouvoirs et des savoirs.
Une grande marche autour du monde baptisée " le retour " est prévue pour 1984. Les adeptes, dont mon ami se donnent seize ans pour parcourir la planète, à pied de préférence, témoignant ainsi de la fraternité des peuples.
Je dus alors faire face à ce qui me semblait être de l'ordre de la dissonance cognitive: je ne comprenais plus comment cet homme - son épouse s'étant rapidement démarquée de tout cela - âgé de plus de 60 ans, à la carrière professionnelle brillante et respectable, au parcours familial sans faute, père attentif de trois grands enfants, mari aimé et aimant, pouvait déserter la maison, se couvrir de bimbeloteries, remiser le costume trois pièces pour des robes indiennes et tomber sous la coupe d'un individu dont tout semblait révéler les mœurs douteuses ! Non content d'adhérer à des idées qui semblaient relever de credo aussi simplistes et scientistes qu'invraisemblables et utopiques, Monsieur x souhaitait y entraîner famille et amis. Le groupe ne constituait plus pour lui une fantaisie momentanée répondant à certaines attentes personnelles mais devenait une idéologie totalisante, répondant à toutes les questions individuelles et sociales, capable de résoudre tous les problèmes posés par les hommes sur la planète.
Projetant le plus sérieusement du monde de vendre maison et autres biens, il n'envisageait rien de moins que de sauver la planète et d'entraîner dans "Le Retour" femme et enfants.
Dans un premier temps il me fut difficile voire douloureux d'admettre qu'il pouvait se tromper et être lui-même abusé. Le prestige intellectuel que je lui connaissais ne pouvait qu'être incompatible avec celui d'un homme induit en erreur et trompé, tout comme me paraissait l'être, le fait d'"avaler" des choses comme l'androgynie de l'être humain et autres "révélations" de cet ordre. C'était sans compter sur la séduction qu'exercent les croyances vendues au grand bazar du spirituel et celle que représentent les réponses globalisantes ; on est tout à la fois rassuré et attiré, séduit et grandi par le sentiment d'appartenir à une élite et par celui mégalomaniaque d'être élu et tout-puissant.
Que le quidam puisse être séduit et happé par ce type de groupe me paraissait, par contre, du domaine courant.
Que l'on se nourrisse de soupe d'orties ou d'herbes sauvages et des
graines, cela pouvait correspondre au courant de contre-culture post 68
de "retour à la nature" allant souvent de pair avec un régime
alimentaire végétarien ou végétalien, mais
ce qui me semblait être de l'ordre de la régression me paraissait
impensable pour l'homme cultivé et équilibré que j'avais
connu jusqu'alors. Ce changement en était-il un ou avait-il la spécificité
de la rupture, de la dérégulation et de la déliaison
des liens familiaux et sociaux ?
Ces réflexions me conduisirent à travailler en 1993
et 1994 de façon plus approfondie sur une bibliographie intitulée
" Gros plan sur les nouvelles sectes au regard de l'analyse institutionnelle:
Instituant - Institué - Institutionnalisation." et ce dans le cadre
universitaire, puis, les mois suivants, en 1996/1997 sur le thème
de "La violence dans les mouvements sectaires".
Cette démarche me permit de préciser mes questions initiales et de tenter de les formuler en termes plus conceptuels et théoriques que cela n'avait été le cas auparavant;
Depuis lors il m'a semblé que tout individu pouvait être potentiellement un futur adepte et par conséquent victime de groupe sectaire.
Mais que de façon quelque peu paradoxale c'était jusqu'à un certain point, une victime consentante.
Ces "victimes consentantes " qui se précipitent aux places que le groupe leur assigne ne sont donc pas forcément des personnes faibles et vulnérables, des proies faciles pour ces organisations mais peuvent être des individus ayant une profession prometteuse, bénéficiant d'un niveau d'études supérieures, notamment dans le domaine médical et scientifique, donc, a priori peu susceptibles d'être naïfs et sots, jouissant de revenus corrects sinon élevés.
Ces premiers éléments ébranlèrent fortement les représentations sociales que j'avais à ce sujet : un groupe sectaire, ce n'est pas seulement une image stéréotypée de l'ordre du "mandarom" ou de "Krishna" ni même des "témoins de Jéhovah". Ce peut être un groupe dont rien, à première vue, ne révèle les formes sectaires sous-jacentes à une apparence des plus respectables.
Ce peut également être un groupe qui, qualifié de secte dans un pays, ne l'est pas dans un autre d'autant que le terme même de secte ou "cult" entretient l'ambiguïté entre secte ancienne et secte contemporaire. Cet amalgame savamment entretenu par les intéressés, mérite quelques précisions.
Nous ne nous aventurerons pas sur le terrain hasardeux d'un projet de définition de ce qu'est une secte, mais notons toutefois qu'utiliser de vieilles terminologies permet à des groupes de se cacher derrière un masque qui n'a de religieux que le nom. Notons par ailleurs, que si le terme de "cult" employé par M.WEBER et E.TROELTSER impliquait l'existence de groupes se démarquant radicalement des églises instituées, et ce par leur pratique et leur prédication, on n'y trouvait ni trace de multinationale, ni manipulation, ni infiltration politique ou publique. Le phénomène contemporain est donc d'une toute autre nature et c'est ce dernier que nous ambitionnons d'aborder aussi modestement que cela soit.
La question n'était donc pas aussi simple qu'il y paraissait à première vue et nous nous heurtions, dans ce projet d'étude, à un certain nombre de problèmes.
En effet, nous avons au sujet des mouvements sectaires, un certain nombre de descriptions qui ont permis d'établir des classements plus ou moins satisfaisants selon que l'on se trouvait à l'intérieur ou à l'extérieur du phénomène.
Ces taxinomies des groupes sectaires non pu cependant permettre de donner une définition précise de notre objet d'études et là n'est d'ailleurs pas l'objectif d'une science du classement.
En conséquence une secte peut-elle être objet de science ?
Cette difficulté liée à l'absence de concept est doublée par l'impuissance " des agents de l'extérieur " qui cherchent à en donner des critères objectifs et ceux de " l'intérieur " qui récusent toutes les tentatives de définition et ne se reconnaissent pas dans ce qu'en disent les théoriciens.
Devant l'impossibilité qui apparaissait à trouver un pont possible entre ces deux attitudes, il nous a fallu trouver un moyen terme et ceci expliquera mieux notre choix de la population étudiée constituée de personnes ayant été adeptes plus ou moins longtemps ou ayant suivi quelques sessions de formation dans l'organisme considéré comme sectaire.
Cette option, à mi-chemin entre les deux attitudes évoquées ci-dessus, nous a paru être un choix acceptable face à l'alternative que présentait un sujet aussi particulier.
En effet, il nous appartenait soit de nous taire faute d'objet véritablement conceptualisé et donc scientifique, soit de prendre le risque de réfléchir à la question avec les risques particuliers corrélatifs au fait que nous étions alors aux marges normatives de l'exercice.
Avant de nous pencher sur les questions de départ qui ont été les nôtres, abordons quelques-unes des différentes taxonomies proposées par certains chercheurs.
Parmi celles-ci nous en proposerons quatre :
La simple réponse par oui ou non à chacune de ces questions-indices, donne un aperçu relativement clair de la situation. L'ensemble de ces indicateurs contribue à rendre compte du totalitarisme pratiqué dans bien des sectes et correspond à l'analyse qu'ont fait Friederich et Brzezinski des régimes politiques totalitaires. Rappelons que ces auteurs ont présenté des critères permettant de définir pareils régimes : 1) Idéologie officielle, qu'il n'est loisible à personne de critiquer, sous peine de sanction grave .2) Parti unique. 3) Terreur policière. 4) Monopole de l'in formation et des moyens de communication. 5) Contrôle étroit des forces armées. 6) Dirigisme économique - intervention directe et discrétionnaire de l'Etat dans la politique économique.
Comme nous pouvons le constater, ces critères se fondent sur différentes approches, les uns dans l'optique des nuisances envisagées, les autres selon les rapports que ces groupes entretiennent avec le monde. Nous expliquerons ultérieurement le choix théorique qui a été le nôtre.
Qu'est-ce qui permet de le qualifier ainsi ?
Quelle est la part de l'individu, sujet du groupe et celle de ce dernier ? et, par conséquent, y a-t-il des prédispositions chez certains qui, dans un groupe, sont mobilisés au niveau inconscient ou encore y a-t-il un moment où ça "dérape" ou le ver était-il déjà dans le fruit ?
Ces questions nous ont conduits à nous intéresser aux phénomènes de groupe, aux interactions groupe-sujet et à ce qui est la part de l'un et de l'autre, les modalités de fusion ou séduction, d'appareillage inconscient et ce à l'exclusion de toute analyse concernant l'idéologie en jeu.
En effet, le contenu des croyances et idéologies ne relevant pas de notre recherche dans la mesure où, d'une part, celles-ci relèvent des droits fondamentaux de l'être humain dans sa liberté de pensée et de croyance
Et, d'autre part, en ce que les mêmes phénomènes peuvent être observés quel que soit le type de l'idéologie pris en compte.
Ce sont ces processus d'adhésion, voire de "collage"
, l'étayage mutuel du sujet et du groupe, ces phénomènes
communs au fait groupal qui seront l'objet de notre travail.
C'est dans cet esprit que nous avons souhaité
apporter notre modeste contribution au fait psychique sectaire dans une
démarche personnelle de compréhension. Cette démarche
souhaite s'inscrire dans un processus de compréhension par la psychanalyse.
Ce choix du champ psychanalytique spécifique au fait institutionnel et groupal ainsi qu'aux liens pathologiques que l'on peut y observer appelle au moins deux remarques :
Les unes, et c'est le cas pour nos groupes, tendent à rendre le sexuel méconnaissab le et ce par différents moyens de déplacement, d'alliances inconscientes ou de déni ...les autres, au contraire, à provoquer " la levée groupale des inhibitions sexuelles" (par exemple ceux d'inspiration reichienne et, plus précisément, parmi les groupes sectaires, les Raëliens et les Enfants de Dieu).
Les groupes auxquels font référence nos interviewés, agissant dans le cadre de l'institution formative, relèvent pour la plupart de pratiques apparemment plus classiques que celles des "nouvelles thérapies" issues du courant néo-reichien. A ce titre, ils nient, gomment ou déplacent cet aspect que Freud appelait "la partie scabreuse" du lien social.
Les pratiques formatives de nos groupes induisant un certain type de liens et de relations, ces concepts seront abordés à partir des travaux de certains psychanalystes et/ou analystes didacticiens de groupe et d'institution. Citons R.Kaës , D.Anzieu, J.J Rouchy, E.Diet pour ne nommer qu'eux.
On notera que ce qui sera entendu par relation d'objet
désigne non pas les relations réelles que le sujet entretient
avec son entourage mais bien plutôt celles qui sont les siennes ou
l'ont été au niveau fantasmatique avec le groupe. Mais voyons
auparavant ce qu'il en est des mouvements sectaires.
La question des mouvements sectaires occupe depuis
ces dernières années une place importante dans les médias.
Et pour cause: plusieurs suicides collectifs et drames en France et à
l'étranger ont permis à tous de se sentir concernés
voir menacés de près ou de loin par les dérives sectaires.
Les événements récents concernant l'Ordre du Temple Solaire (OTS) et les suicides criminels perpétrés au Canada, en Suisse puis en France (entre 94 et 95) ont réactualisé des drames comme ceux de Jonestown au Guyana en 1978 ou de Wacco aux États-Unis en 1993. Celui plus récent d'Haven's Gates ainsi que l'attentat au gaz à Tokyo (le 5 mars 1995) ont définitivement posé le problème de la dangerosité de certains de ces groupes et il n'est guère de mois depuis où les journaux ne fassent état de menaces de suicide collectif de la part de certains groupuscules ou n'alertent l'opinion à ce sujet.
Ce qui jusqu'alors ne semblait concerner qu'une minorité en mal de religiosité devenait un fait de société.
Du même coup, les représentations sociales concernant les groupuscules sectaires ou identifiés comme tels ont été ébranlées puisque ce n'était plus le seul fait d'excentriques ou de paumés.
Il n'est pas une semaine sans qu'une émission n'ait lieu sur ce thème, qu'un livre ne paraisse, que d'anciens adeptes soient appelées à témoigner, que les associations de victimes des sectes ne soient sollicitées de diverses et multiples façons: conseils, interventions dans les lycées, les centres associatifs ou/ et de formation, foyers de jeunes ou de moins jeunes.
Certains médias ne sacrifiant pas au seul fait sensationnel ont souhaité approfondir la question dans sa complexité en l'abordant sous divers angles:: sociologique, ethnologique., psychologique et en invitant à leurs antennes divers représentants du monde scientifique, universitaire et religieux.
C'est dans ce contexte que la Commission Parlementaire a rendu le 22 décembre 1995 le rapport issu de ses travaux d'enquête sur les sectes, sur ce phénomène si difficile à appréhender.
Le travail de cette commission présidée par A.Gest (J.Guyard en était le rapporteur) a déchaîné les polémiques. L'ampleur et la vivacité de celles-ci suffiraient à démontrer, si besoin était, l'actualité du phénomène, sa diversité, son extension, sa mouvance, les difficultés à définir des critères et à proposer des mesures autres que celles déjà existantes.
Il va sans dire que notre étude ne saurait donc être exhaustive et se concentrera sur les questions soulevées par les dispositifs de formation mis en place par ces groupes.
En effet, on constate que de nombreux groupuscules sectaires ont quelque peu, semble-t-il, délaissé, voire quitté, le créneau porteur de la religion pour celui de la formation et de la communication, l'un et l'autre, caractéristiques de la post modernité.
Le but reste le même: toucher un très large public, accroître son audience et son influence tout autant que fonder sa légitimité.
Se substituant ainsi insidieusement à l'entreprise dans sa fonction identitaire, certaines sectes œuvrent sous couvert de formation et se qualifient officiellement d'organisme de formation, en profitant de la facilité actuelle de pratiquer ce métier qui n'exige qu'une demande de numéro et la fourniture de trois bilans sans qu'aucun contrôle ne puisse être effectué sur les capacités, les diplômes des formateurs, ni le contenu des programmes..
À ce titre tout un chacun peut être victime potentielle des dispositifs de formation mis en place par ces groupes par ailleurs fort attrayants..
Force nous est de constater qu'un type nouveau de secte semble se développer qui aurait jeté son dévolu sur le créneau porteur de l'information et de la communication
Notre recherche sur le thème des groupuscules à mouvance sectaire se veut une interrogation sur le fonctionnement de ces groupes et sur les processus qui peuvent dans certains cas conduire du groupe classique de formation au groupe totalitaire et pathologique..
La notion de secte a subi une telle évolution ces dernières décennies qu'il nous est indispensable de cerner les critères qui permettent d'identifier un groupe comme tel.
Ces critères n'étant plus uniquement et exclusivement de l'ordre du religieux, nous nous attacherons plus particulièrement à dégager ce que l'on peut observer dans les groupes de formation que ces mouvements mettent en place.
Enfin nous nous attarderons à identifier ce qui est en jeu lorsqu'un groupe associatif est qualifié de sectaire et ce au-delà des critères de dangerosité qui sont ceux retenus par la commission d'enquête de l'Assemblée Nationale.
Or que savons-nous vraiment des groupes sectaires dont on parle tant actuellement et qui sont en voie de constituer un phénomène de société?
Qu'avons-nous besoin d'en connaître pour les identifier puisque les représentations sociales que nous en avions ni suffisent plus ?
Que savons-nous vraiment des formations proposées ici ou là, tant comme voie royale pour l'emploi que comme moyens de lutte contre le chômage?
Qu'avons nous besoin d'en connaître pour identifier plus encore que leurs méthodes, leur véritable finalité?
C'est par ces questions que nous débuterons notre
recherche consacrée aux groupes de ce type dans leur but avoué
de formation.
Bénéficiant des dernières recherches des sciences humaines dans le domaine psychosociologique et thérapeutique en matière de groupes, les mouvements sectaires utiliseraient ces mécanismes groupaux au sein de dispositifs de formation dont il reste à analyser le fonctionnement.
Tel sera l'objet de notre recherche dont le postulat serait que ces groupuscules se servent de psychotechniques formatives pour enfermer les individus dans des groupes de type totalitaire et pathologique.
Nous nous appuierons essentiellement sur les travaux de Mélanie Klein et de son école en ce qui concerne tout particulièrement les positions paranoïde-schizoïde puis dépressive et l'identification projective et ceux de W.R Bion, l'un de ses plus illustres disciples pour ce qui a trait à la genèse du psychisme et des phénomènes de groupe et plus proches de nous, à ceux de R.Kaës et de son équipe, pour les concepts relatifs aux groupes pathologiques, à leur fonctionnement, caractéristiques et phénomènes spécifiques.
Grâce à ces chercheurs nous tenterons d'effectuer une approche du groupe sectaire en termes de pathologie d'une part, de totalitarisme d'autre part.
Notre projet étant d'étudier, avec les concepts issus
de leurs travaux, comment les groupuscules sectaires puisent dans les sciences
humaines en matière de groupe et utilisent ce dernier de façon
transgressive pour y créer un isolat culturel et y emprisonner l'individu
concerné
.
La première d'entre elles s'articulerait autour
de l'ensemble des processus primaires archaïques que le groupe, sous
couvert de formation, sollicite chez le formé et dans lesquels celui-ci
est maintenu de gré ou de force: de gré, au nom du principe
trompeur : "toujours plus de la même chose", de force, au nom de
la sauvegarde du groupe et de sa survie, au nom d'un totalitarisme inavoué
et inavouable.
Les sciences et méthodes de la communication s'étant généralisées dans les différents dispositifs et secteurs de formation, il n'est surprenant pour personne de les retrouver intégrés notamment dans les programmes de formation au développement personnel. Les pratiques habituellement mises en place, qu'elles relèvent de l'un ou l'autre des différents courants des sciences humaines, qu'elles soient comportementales ou cognitives, visent au mieux être et/ou mieux faire. Dans le cas des sectes à visée formative, ces deux objectifs semblent être évincés au bénéfice d'un devoir être mis en place par un ensemble de pratiques totalitaires sur fond de prophétisme.
La deuxième hypothèse s'articulerait autour de la formation dispensée par le groupe comme étant dangereuse, moins par ses pratiques - encore que celles-ci soient le plus souvent discutables - et par ses finalités avouées que par son caractère d'alternative exclusive et radicale, entraînant de ce fait conduites violentes et agressives.
On sort l'individu de la réalité pour le plonger dans un isolat substitutif, ersatz de vie sociale.
Contraint de n'avoir qu'une issue possible : le groupe et son idéologie, enfermé dans un seul isolat culturel, cultuel, social et humain, sans autre alternative que celle du groupuscule, le formé qui a été ou s'est coupé de la réalité quotidienne, familiale, sociale et professionnelle, dépossédé de ses repères familiers et habituels, voire dépersonnalisé et aliéné, mis en interdiction de penser, le plus souvent harcelé, devra fuir ou faire face.
Exclusif, le groupe sectaire l'est, et ne saurait tolérer aucun des "bricolages religieux " que la plupart des sociologues des religions observent comme spécifiques à l'homme de la post modernité. En cela la secte se démarque des nouveaux mouvements religieux.
Au nom de son caractère auto référent et totalitaire, le groupe s'auto proclame seule alternative envisageable et prétend répondre à tous les aspects de la vie de l'individu.
Ces paramètres aliénants, en spécifient la nature sectaire: devenu geôle, caserne, asile pour des centaines d'individus, ces groupes évoquent l'enfermement, la dépersonnalisation, l'aliénation, et le totalitarisme.
La troisième hypothèse découle, en quelque sorte des deux précédentes. En effet, nous pouvons penser qu'en terme de sectes et d'institutions sectaires, plusieurs facteurs sont à prendre en compte, un seul d'entre eux ne suffisant pas à donner une idée suffisamment juste de la nature sectaire de la formation étudiée.
Nous avons vu, en effet, que les méthodes employées étaient le plus souvent empruntées au champ des sciences humaines et pouvaient, dans un premier temps tout au moins, être proches, voire similaires à ces dernières.
Résumons ainsi nos hypothèses :
Hypothèse 2 - Le groupe se constituerait comme secte lorsque la violence de sa radicalité emprunte les formes du discours auto référent et circulaire et présente le monolithisme d'une exclusivité absolue et indiscutable.
Hypothèse 3 - Elle emprunte aux deux autres l'essentiel
de notre démarche fondée sur les hypothèses selon
lesquelles un ensemble de paramètres est à prendre en considération
afin d'identifier des dérives sectaires ou même des sectes
infiltrant le milieu de la formation, champ particulièrement propice
à leur emprise
Le groupe, comme totalité est déjà
contenu en germe dans la " psychologie des foules " de Lebon, ainsi que
de chez Mac Douglas lorsqu'il expose ses idées sur le " group mind
".
On le retrouve également dans ce que Freud nomme le " surmoi culturel " auquel l'inconscient collectif Jungien fera écho d'une certaine façon. C'est K.Lewin qui le premier précisera la notion de totalité du groupe et par là même d'interdépendance entre ses parties, ce qui le conduira au concept du groupe comme un tout dynamique, fondant ainsi le succès de la dynamique des groupes.
Le groupe n'y est pas réductible à la somme des éléments qui le constituent. Tout changement affectant l'un de ces éléments entraîne des répercussions sur l'ensemble du groupe.
Ce sont notamment les travaux de l'école de Palo Alto qui permettront le passage du groupe comme totalité au groupe comme système.
Dans cette approche systémique le groupe n'est plus seulement un " tout dynamique " mais essentiellement un système articulant trois niveaux de phénomènes voire quatre:
Le niveau des comportements individuels
Celui relationnel et interpersonnel
Le niveau contextuel du groupe
Et enfin, le contexte plus global " del'institution, de la culture et de la société environnante " - Lipiansky (E.M) et Trognon (A) in Le groupe, évolution des théories et des pratiques. N°68. Ed. Erès- p 55.
Néanmoins, constatons que si la question se pose en psychologie sociale de savoir si le groupe y est considéré comme objet ou moyen, dans " l'approche psychanalytique des groupes et dans l'approche systémique, le groupe reste un objet d'étude privilégié.
Comme nous l'avons déjà mentionné, ce sont principalement les psychanalystes anglais, disciples de Mélanie Klein, à qui revient le mérite d'avoir les premiers développé la réflexion psychanalytique sur les groupes humains. Cette réflexion ayant engendré des développements théoriques, techniques et cliniques, inspirera notre étude à propos des groupuscules sectaires et des groupes de formation qu'ils organisent:
Ce sont R.Kaës et D.Anzieu qui lancent en France la théorie psychanalytique des groupes avec la création chez Dunod de la collection " Inconscient et culture " ainsi qu' avec la publication d'un volume collectif inaugurant dès1972 cette collection.
Cet ouvrage qui réunit D.Anzieu, A.Bejarano, R.Kaës, A.Missenard, et JP Pontalis portera le titre éloquent de " Le travail psychanalytique dans les groupes ".
La troisième édition de ce livre sous-titré: Tome 1 " Cadre et Processus " et complété par un nouvel avant-propos: " Travailler en psychanalyste dans les groupes " est paru à l'automne 1982 accompagné d'un tome 2 " Les voies de l'élaboration " dû à R.Kaës, A Missenard, D.Anzieu, A.Bejarano, JC. Ginoux . La collection " Inconscient et Culture comprenait au premier janvier 1983 quinze volumes dont neuf consacrés aux groupes. Citons parmi ces documents ceux qui - articles et livres - ont étayé notre travail de recherche:
R.Kaës :
Nos observations, lectures et interviews concernant la réalité psychique du sujet et du groupe, nous ont permis de constater dans de nombreux cas, l'élaboration et la construction d'une allégeance inconditionnelle de l'individu au groupe ou au leader.
Ceci nous a conduits à rechercher de quel ordre sont les moyens mis en œuvre pour que ce type de relations s'établisse, que ce type de liens intra et inter subjectifs s'instaure et se constitue. Le sujet du groupe serait tout à la fois victime et bénéficiaire. Ceci explique que la polémique en cours sur cette dualité de l'état de l'adepte d'un groupe sectaire se révèle probablement sans fin.
Parmi les moyens utilisés, parfois à l'insu mais le plus souvent avec l'accord du sujet, nous avons souhaité étudier ceux de la séduction mais également ceux que permet l'idéologie .
Nos observations, recherches et lectures nous ont conduits à étudier les effets hystérogènes du groupe, aussi, commencerons-nous par faire un bref historique de l'origine, la genèse et l'évolution de ces concepts.
Nous étudierons tour à tour les effets hystérogènes du groupe comme participant à l'élaboration d'une allégeance aliénante par le biais de la séduction ; le groupe sectaire comme attaque contre les pensées et comme institution substitutive et groupe d'appartenance secondaire mais également les défaillances, voire les perversions de la fonction conteneur groupale.
Notre attention se portera également sur les fonctions défensives de l'idéologie et son rôle déterminant comme pensée contre le penser. De plus, nous consacrerons une part de notre réflexion sur les attaques perpétrées sur le pacte dénégatif et le contrat narcissique dans un contexte engendrant ce que certains chercheurs ont qualifié de rupture catastrophique.
Entre octobre 1885 et février 1886, le jeune
Freud fait l'expérience du groupe chez Charcot et constate combien
l'hystérique de Charcot trouve dans l'espace groupal un lieu de
mise en scène, de représentation et de spectacle dans lequel
le face à face, le regard, les corps mis en présence, les
langages posturaux et gestuels, tout concourt, par les jeux entrecroisés
visuels et corporels, à la séduction, à la suggestion,
à l'hypnose et à l'emprise. Le regard prédomine, tel
celui de l'hypnotiseur.
C'est afin de "soustraire le thérapeute du champ visuel de l'hystérique", pour que celle-ci transforme "ses cris et ses convulsions en mots" que Freud va introduire la technique du divan et, ce faisant, procéder à une "innovation capitale" amenant le patient à "convertir vers l'espace psychique son regard vers les objets internes.
Cette mutation, que chacun s'accorde à qualifier de révolutionnaire dans mesure où l'on passe du regard à la parole, tend à montrer en quoi Freud entendait par là établir une rupture et soustraire le client et le psychanalyste aux effets hystérogènes engendrés par le groupe.
R. Kaës écrit à ce sujet : "le dispositif de la cure place tout autrement le corps et le regard du psychanalyste et de son patient. Dans cet espace autre, où la vision du premier se dérobe et manque au regard du second, nous sommes aussi dans un autre temps : au lieu de la consommation des jeux de séduction et de domination inhérents à l'espace spectaculaire de la représentation, où il s'agit de donner à voir et à regarder, le dispositif ouvre l'accès à la représentation endopsychique désormais appelée par la parole de la libre association, par le renoncement et la séparation qu'elle signifie".
Et, parlant de la cure individuelle, de poursuivre un peu plus loin que celle-ci " s'établit, notamment avec l'analyse de Dora, contre les effets hystérogènes du groupe : effets de séduction, de domination, de suggestion et d'emprise. Toute situation de groupe mobilise spontanément les noyaux hystériques de ses membres".
C'est dire combien les enjeux de divers ordres, qu'ils soient théoriques, pratiques, éthiques et institutionnels que constitue le groupe sont importants autant que multiples.
Ces constatations nous ont amené à prendre plus particulièrement en considération les enjeux institutionnels dans la mesure où les mouvements sectaires se situent dans le champ des institutions dont ils sont partie prenante et constituante et visent à s'institutionnaliser dans le domaine de la formation qui est précisément notre objet d'étude.
On notera que ces groupes ont, pour la plupart, pris naissance aux États-Unis. Cela n'est pas anodin et "on supposera", écrit R.Kaës, " que la méfiance avouée de Freud vis à vis des foules et des masses fut réveillée par la valorisation du conformisme et de l'adaptation sociale qu'il percevait chez les Américains, devant leur préoccupation d'efficacité et leur "souci de gagner du temps".
On retrouvera ce souci de gagner du temps... et de l'argent, celui d'être efficace à tout prix, dans la plupart des groupes décrits par nos interviewés : 150 à 200 personnes rassemblées quelques jours en sessions intensives le plus souvent onéreuses: soient quelques heures de groupe pour changer l'individu, voire changer la planète, le plus souvent pour la sauver !
Mais revenons aux effets hystérogènes du
groupe que Freud dénonçait et que nombre d'autres psychanalystes
ont qualifié de sidérants. Cela nous permettra de les mettre
en parallèle avec ceux que l'on peut observer au sein des groupes
sectaires.
![]()
B-
1 - Le groupe, lieu de co-excitation pulsionnelle et de séduction
comme moyen d'emprise sur autrui.
R.Kaës, tout comme D.Anzieu ont, l'un et l'autre, abondamment décrit le groupe comme bouche, sein, ventre, anus, machine et corps morcelé, pénis.
Ces objets sont autant de rencontres violentes et hyper excessives avec la psyché de l'individu qui y est confronté. Cette multitude désordonnée tout autant que désorganisatrice des pulsions partielles constitue une violence à effet traumatogène.
L'individu mis en présence de façon "plurielle, simultanée et frontale" avec des sujets dans un groupe est l'objet de la dimension co-excitatrice, séductrice et cumulative de cette présence même.
Il en est à la fois le sujet et l'objet; "selon cette perspective", écrit R.Kaës, " le groupe est une scène de la séduction multilatérale et polymorphe".
Chacun va fonctionner comme cause de désir pour l'autre et les autres, excitation "pour lui excitante" mais dont il tentera de se protéger dans ce qu'elle a de dangereux pour lui-même.
Cette particularité d'être sujet et objet de désir et d'excitation à valeur traumatique va renvoyer chacun à sa propre histoire, à l'après-coup d'incidents traumatiques plus ou moins précoces et à ce qui est en lui en instance d'évolution, de transformation et de résolution.
Et, R.Kaës de souligner combien " le groupe est une formidable caisse de résonance de ces effets de co-excitation".
L'auteur poursuit son propos en étudiant le groupe comme lieu spécifique des modalités de séduction. C'est de cette notion qu'il s'agira maintenant et à laquelle de nombreux auteurs ont apporté leur contribution.
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B
- 1 - 1 - La séduction : une double aliénation.
C'est sans doute à J.Laplanche que revient le mérite d'avoir fait de la problématique freudienne de la séduction une pierre d'angle essentielle et déterminante dans la mesure où il lui donne "la valeur d'une source permanente de douleur et de manque dans la psyché" Cette source s'alimente de ce que J.Laplanche traduit par "le refusement c'est à dire la privation et le manque établis dans le sujet par le refus maternel d'être l'objet du désir de l'infans ".
En 1991, J.Lanouzière, commentant les travaux de J.Laplanche, met en évidence d'une part les deux sens du mot "séduction", d'autre part, la double aliénation qui sous-tend celle-ci: reconnaissons l'utilité de cette distinction entre les deux significations dont est porteur ce terme et prenons-en note pour la suite de notre recherche.
Le premier sens est "le charme, l'attrait qu'exerce une personne ou une chose", le second "l'excitation sexuelle à valeur traumatique immédiate ou différée".
Mais J.Lanouzière va plus loin en soulignant "la chaîne de la séduction dans laquelle tout séducteur est un séduit antérieur"
La séduction constitue bien une aliénation dans la mesure où le séduit agi par sa souffrance et sa détresse va séduire à son tour et, de plus, s'identifier à l'agresseur.
Ces travaux, nous dit R.Kaës, sont extrêmement précieux pour l'étude du groupe et c'est à la lumière de ces recherches qu'un certain nombre de processus mis en évidence dans ceux-ci peuvent être réinterprétés.
Et cet auteur d'écrire : "ces remarques nous sont particulièrement précieuses lorsque nous avons à rendre compte de la position inaugurale du fondateur ou du chef dans les groupes; d'une certaine manière, le groupe est, comme toute relation intersubjective, la scène de cette répétition et de cette transmission".
Ce que A.Missenard avait écrit en 1972 comme "urgence identificatoire" dans les groupes, R.Kaës va le préciser comme une forme d'identification à l'agresseur dans le cas de la séduction traumatique. Dans l'urgence identificatoire, le Moi du Sujet tente de résoudre la crise que la violence de la rencontre entre lui-même et l'excès d'autres sujets a provoquée.
Cette urgence, cette précipitation du sujet à s'identifier est une mesure défensive de sa part. Elle se veut solution face à la crise des identifications à laquelle le sujet est confronté mais n'en demeure pas moins "génératrice de crises ultérieures."
Pour A.Missenard, comme pour R.Kaës, une grande partie du travail à effectuer dans les groupes à dispositif psychanalytique vise aux remaniements des identifications. On peut se demander ce qu'il en est dans les dispositifs de formation de pratiques sectaires.
Se pose la question de savoir ce qu'il en est de la chaîne de séduction dans sa double dimension d'aliénation : nous avons vu comment s'effectuent la répétition du choc traumatique et l'identification à l'agresseur dans leur aspect défensif ainsi que comme mesure d'urgence pour surmonter le traumatisme infligé.
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La
séduction à la recherche de l'unité perdue
Le groupe, qui reste notre objet d'étude serait donc bien le lieu privilégié de la séduction mais il apparaît également "soit comme la scène de l'unité narcissique retrouvée, soit comme les retrouvailles de l'objet narcissique phallique d'avant la versagung (ou refusement selon J.Laplanche)".
En écrivant cela, R.Kaës se base sur les travaux de J.Lanouzière qui voit dans la séduction, la tentative de retrouver l'unité originelle perdue, de se réapproprier ce temps d'avant la césure opérée par l'adulte séducteur.
Ce groupe-couple indivis, cette unité narcissique autrefois vécue, c'est ce que la séduction tenterait de retrouver , de se réapproprier; et le groupe en tant que qu'objet mais également "le chef" , l'idée "capitale" ou "la cause" ou l'"enfant merveilleux" peuvent tout aussi bien faire l'affaire.
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B
- 1 - 3 - La séduction et l'illusion groupale.
Le groupe sectaire qui, comme tout groupe, peut se donner comme le champ de l'unité narcissique perdue puis retrouvée ou comme l'objet narcissique phallique antérieur à la privation semble, plus que tout autre, propice à ces processus. A défaut, il proposera le gourou-leader, l'idéologie ou la mission qui consiste à sauver le monde, assurer son salut, faire advenir le "Royaume" ou encore un monde où tous seront guéris et par là même sauvés.
R.Kaës , à la lumière de la séduction et de ses enjeux, nous propose une lecture renouvelée de l'illusion groupale dont D.Anzieu décrit la formation et les avatars dans ses ouvrages et notamment dans "Le groupe et l'inconscient" Voici ce qu'il écrit de cette forme spécifique qui est celle de l'illusion en groupe - J'appelle " illusion groupale" un état psychique particulier qui s'observe aussi bien dans les groupes naturels que thérapeutiques ou formatifs et qui est spontanément verbalisé par les membres sous la forme suivante : "nous sommes bien ensemble; nous constituons un bon groupe ; notre chef ou notre moniteur est un bon chef ou un bon moniteur "-. Selon R.Kaës, opère alors, dans le phénomène psychique de l'illusion groupale propre au groupe " une double séduction, symetrique, mutuelle, dans laquelle se confondent séduit(s) et séducteur(s) qui ne forment qu'un seul être par un mouvement d'identification mutuelle dans lequel peut s'engager la fantasmatique de la bisexualité".
L'illusion groupale qui se qualifie par sa modalité de production et sa fonction spécifique au sein de la réalité psychique du groupe serait de l'ordre d'une séduction mutuellement effectuée entre les sujets mis en présence. La chaîne de la séduction décrite plus haut ne serait plus linéaire mais circulaire et donnerait lieu à une fantasmatique dans laquelle le déni de la différence des sexes se donne à voir.
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B
- 1 - 4 - La séduction, une aliénation mutuelle.
Freud, dès 1913, posait dans "Totem et Tabou" le modèle de l'hypnose comme caractéristique de la relation duelle primitive.
L'hypnotiseur, écrira-t-il, comme le meneur, le chef primitif est mis à la place de l'Idéal du Moi. Il est celui qui détient le "Mana", la force et à ce titre attire autant qu'il menace ceux qui l'approchent.
Pour R.Kaës, cette "mise à la place de " équivaut à ce que l'on constate dans le mouvement de l'identification, celui de l'étayage et de la sublimation et de citer Freud pour qui "la relation hypnotique est un abandon amoureux illimité, la satisfaction sexuelle étant exclue, alors que dans l'état amoureux, celle-ci est repoussée pour un temps et demeure à l'arrière plan, à titre de but possible ultérieurement" (G.W- XIII p 180 pour la traduction française).
Mais, ajoute ce chercheur, si le meneur peut remplit cette fonction d'Idéal du Moi, il n'est pas seul à pouvoir le faire. En effet, le groupe le peut tout autant. Se noue alors entre le groupe fascinant et fasciné et ses membres, une relation mutuelle aliénante.
Le sujet subit autant qu'il l'accepte et recherche cette
domination.
Carences, censures, inhibitions, stéréotypies sont autant de constats que l'on peut effectuer dans les groupes qu'il nous a été permis d'étudier.
Dès 1980, R.Kaës fait de la pensée idéologique l'objet de ses travaux sur le devenir de la pensée dans les groupes. Nous reviendrons ultérieurement sur cet aspect de caractère défensif et aliénant..
Mais, abordons dès à présent "le désir d'auto-aliénation" traité par ce chercheur dans La Parole et le Lien . Voici selon lui, ce qui fonde l'abandon de pensée et celui d'état d'aliénation. " Ce fondement, écrit-il, se définirait par son but: la réduction minimale, voire absolue, du conflit entre l'identifiant et l'identifié, entre le Je et ses idéaux. Les conséquences en sont la mise à mort de la pensée par la réduction maximale de tout écart ou différence. Le sujet s'installe d'emblée dans sa certitude; celle-ci n'est pas acquise au prix d'un processus et d'un travail de la pensée. Le processus de pensée est remplacé par une reprise en écho, cette reprise étant soumise à des règles qui empêchent de penser la situation d'aliénation. Il y a équivalence entre énonciation, acte et pensée. L'obligation d'orthodoxie implique, non seulement l'inhibition de toute pensée dangereuse, mais l'usage d'une logique permettant de soutenir certaines propositions, en faisant abstraction des arguments logiques contradictoires. Il y a une répétition perpétuelle du passé, en fonction du présent, dans le but de contrôler le futur. Un double mouvement est donc à l'origine du désir d'auto aliénation: la déréalisation du perçu, laquelle fait appel à une représentation discursive qui joue le même rôle que le délire vis à vis de la réalité. Le second mouvement est l'appui sur le discours tenu par un autre, pour reconstruire et apporter au sujet l'illusion qu'il prend place parmi les élus détenant une vérité qu'il faudra imposer aux autres pour leur dire."
Et l'auteur de poursuivre, en se fondant sur ce que Freud,
dans le chapitre VIII de Psychologie des masses et analyse du moi - 1921,
décrit comme étant le mécanisme fondamental subséquent
à l'abandon de pensée, à savoir l'idéalisation,
et en reprenant ces concepts, montre comment l'auto-aliénation s'installe.
L'individu qui surinvestit et idéalise un objet extérieur
à lui-même et réellement existant, s'appauvrit, se
dépossède de son Idéal du Moi en le plaçant
dans cet objet idéalisé. L'aliénation qui s'ensuit
peut se constater de façon plus ou moins manifeste dans la vie,
le comportement et le discours d'un adepte ou de celui qui a suivi un certain
type de formation avec des groupes sectaires.
Nous devons les termes de position paranoïde-schizoïde
puis dépressive à Mélanie Klein. C'est en ces termes
qu'elle a décrit les différentes modalités de la relation
mère-enfant et les processus ainsi mobilisés par le nourrisson
au cours des premiers mois de sa vie. Ces concepts, renvoient au système
défensif que l'infans mobilise et peuvent servir de référence
pour indiquer certains aspects archaïques de la vie psychique et relationnelle
de l'adulte. Par ailleurs, le terme de "position" implique bien qu'il s'agit
d'une manière de fonctionner sur le plan psychique et relationnel
et ne saurait être circonscrit à un moment temporel de la
vie de l'être humain. R.Kaës écrit à ce sujet
: " position est à entendre ici au sens kleinien de configuration
stable , de mécanismes de défense et de constructions, de
relations d'objet , de structures identificatoires organisées par
la prévalence d'un type d'angoisse psychotique".
Par ailleurs, ces concepts sont à mettre en relation étroite avec le mécanisme de l'identification projective par lequel M.Klein désigne le prototype d'une relation d'objet agressive. Ce fantasme génère de violentes angoisses pour l'infans qui met en œuvre le processus de clivage pour se défendre contre ce qu'il vit comme étant dangereux pour lui.
En projetant hors de lui les parties clivées, mauvaises et dangereuses, il tente de s'en débarrasser par l'identification projective. Pour BION, ce mécanisme est à l'origine de l'activité et de la capacité de penser. En effet, BION postule l'existence d'un " appareil à penser les pensées. "Afin que cet appareil puisse être élaboré et fonctionner, encore faut-il, selon lui, que des symboles soient mis à la disposition de l'infans et que la possibilité de les fabriquer lui soit donnée. C'est la fonction principalement dévolue à la mère et, plus généralement aux parents. Dans Nouvelle introduction à la pensée de BION nous pouvons lire : " l'identification projective consiste dans le fantasme tout puissant qu'a le nourrisson et selon lequel il y a des parties non désirables aussi bien de sa personnalité que de ses objets internes qui peuvent être dissociées, projetées et contrôlées dans l'objet où elles ont été projetées (.......) dans son fonctionnement normal l'identification projective constitue un des principaux facteurs de la formation de symboles et de la communication humaine...." Lorsque tout se passe bien, le nourrisson projette dans" le bon sein contenant", ses émotions, sensations, douleurs et souffrances, parties mauvaises et envieuses, que la capacité de contention et de métabolisation de la mère (appelée fonction alpha par BION) désintoxique, transforme et lui renvoie, sous une forme assimilable, contribuant dans ce cas à la formation de l'appareil à "penser les pensées" et à la symbolisation.
Voyons ce qu'en dit JC.ROUCHY :" C'est, en effet, une des fonctions de la mère, des parents, de donner sens à l'univers des signes auquel est confronté l'enfant, de transformer les sensations en sentiments et en idées, de les dénommer et de les organiser en pensée. C'est la fonction alpha de WR.BION qui donne la possibilité de symbolisation et la capacité de penser." Qu'advient-il dans le cas contraire ? Que se passe-t-il lorsque la mère n'est pas en mesure de remplir pleinement cette fonction ? Selon WR.BION, l'enfant présentera des difficultés de symbolisation et des troubles de la pensée.Cette incapacité à la symbolisation et à l'abstraction, vient du fait que la fonction alpha n'ayant pu transformer émotions et sensations en éléments alpha, celles-ci reviennent à l'enfant sous forme d'éléments bêta, c'est à dire d'éléments non transformés, inassimilables voir persécuteurs. L'identification projective qui tendait à projeter dans un bon contenant, émotions, peurs et angoisses échoue dans sa tentative de métabolisation et ses éléments sont sont réintrojectés d'une "manière avide, envieuse et hostile" pouvant provoquer "une terreur sans nom" L'identification projective fonctionne de manière hypertrophiée, cherchant ainsi à se débarrasser des éléments indésirables dans l'incapacité où l'individu se trouve de former des concepts et des abstractions, des symboles et des hypothèses. C'est cette défaillance de la fonction conteneur, dans sa dimension groupale que nous aborderons maintenant.
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D
- Défaillances ou perversions de la fonction conteneur groupale
WR.Bion, dont les travaux fondamentaux sur le genèse de la pensée sont incontournables a émis l'idée selon laquelle un développement positif de la fonction alpha et celui de l'appareil à penser exige le jeu de deux mécanismes fondamentaux.
Le premier, largement fonction de l'environnement est représenté par le modèle contenant-contenu. Le second, endogène, se joue dans l'interaction entre les positions paranoïde schizoïde et dépressive selon le sens kleinien des termes..
Résumons quelque peu caricaturalement en disant que le fonctionnement de l'appareil à penser va impliquer, d'une part la relation contenant-contenu, d'autre part un rôle métabolisateur (que la mère tient, généralement, pour l'enfant) qui doit assurer des processus de désintégration et de réintégration.
Dans un chapitre concernant la fonction conteneur, voici ce que R.Kaës écrit : "Les contenus de pensée sont des perceptions émotionnelles, esthétiques, myokinestétiques, esthésiques; ils sont constitués de souvenirs de perceptions passées. Les travaux de B.Gibello (1989) ont mis en évidence la fonction des contenants de pensée : leur rôle est de donner forme et sens aux contenus de pensée. Il s'agit de différentes structures dynamiques où des contenus de pensée peuvent apparaître, prendre sens, être compris et communiqués par le sujet. Les contenant de pensée ont une fonction dans le traitement de l'excitation, ils rendent possible l'intégration des sources internes et des sources externes de la pensée, ils permettent la transformation des charges émotionnelles en pensées et l'articulation des affects, des actions et de la pensée (Dans le psychodrame, par exemple, le thème du jeu est un contenant de pensée sensori-moteur qui permet d'articuler action et pensée) ; ils ont, précisément, une fonction limitative et métaphorisante.
Il existe une multiplicité des contenant de pensée, depuis les plus simples : gnosies, praxies, fantasmes inconscients, jusqu'aux plus complexes : les
contenants intersubjectifs (mythes, contes légendes, utopies, idéologies, théories, dogmes) constitués ".
Nous avons vu, précédemment que WR.Bion postulait l'existence, chez l'être humain, d'un appareil spécial pour "penser les pensées". Rappelons que deux mécanismes interviennent dans la formation de cet appareil.
D'une part il est nécessaires qu'existe un contenant (la mère pour le nourrisson) et un contenu qui y soit accueilli (les émotions, sentiments, sensations que le l'enfant y dépose).
Le second mécanisme fait intervenir les positions paranoïde-schizoïde et dépressive décrites par M.Klein.
C'est de la dialectique entre ce que l'enfant projette et le contenant apte à le recevoir et à le métaboliser que la fonction conteneur pourra remplir son rôle à savoir permettre la transformation et l'élaboration des charges émotionnelles ainsi que la possibilité pour l'enfant, de les "réintrojecter, sous une forme modifiée".
Lorsque la capacité de la mère (Bion la nomme fonction alpha) se montre défaillante, les éléments projetés par l'enfant lui reviennent, non pas sous la forme d'éléments alpha mais de façon violente voire persécutrice, non transformés et non assimilables, dans ce que Bion appelle des éléments béta ou choses-en-soi (selon l'expression de Kant).
Mais revenons-en au groupe de type sectaire. L'une des caractéristiques de ces groupes est d'accueillir le nouveau venu de façon extrêmement chaleureuse et de le soumettre à ce qu'il est convenu d'appeler "le bombardement d'amour". Ceci, ainsi que la convivialité qui est de mise, les marques plus ou moins prononcées d'amour et de tendresse dont on l'entoure donnent à "l'entrant" le sentiment plus ou moins conscient que le groupe en question saura le comprendre, qu'il pourra y partager ses expériences même les plus douloureuses ou inavouables.(Pensons aux aveux, chez K....., à l'électromètre en Z...... et aux confessions publiques vécues par les uns et les autres de nos interviewés).
Comment ne pas penser que ce groupe est celui auquel on aspirait, que l'on y sera aimé, que l'on y aura sa place. En un mot, le groupe sectaire, tout au moins dans un premier temps, présente toutes les caractéristiques d'un bon conteneur fiable, aimant, solide, offrant l'espace sécurisant du "bon sein" maternel. Et ce d'autant que la perspective formative riche en promesses de tous ordres donne à penser qu'évolutions, symbolisations, métabolisations, transformations pourront s'opérer, que des "restes" et des nœuds psychiques jusqu'alors inélaborés pourront se dissoudre et faire sens.
Nous avons vu que pour Bion, certaines expériences mentales "plus senties que pensées, connotées davantage par les sens que par les capacités d'élaboration cognitive ou intellectuelles.......pouvaient être transformées à travers deux phases fondamentales".
Or, le plus souvent, et plus ou moins rapidement, le nouvel adepte, épinglé, disqualifié, ridiculisé, découvrira l'autre visage du groupe sectaire. Celui qui, ayant orchestré de main de maître un certain nombre de désétayages, laissera l'individu désemparé, isolé, apeuré voire terrorisé par le retour de fantasmes archaïques : il ne dispose plus des défenses anciennes, il les a sacrifiées au groupe, pour le groupe, au nom du groupe, pour le fonctionnement et le bénéfice de ce dernier et des siens propres.
R.Kaës, à propos des enjeux mortifères
et destructeurs de la catastrophe psychique dont nous reparlerons ultérieurement
écrit : " Celle-ci tient son effet désorganisateur et mortifère
de ce que le sujet se trouve placé dans l'impossibilité de
faire séjourner ni dans son propre inconscient, ni dans celui de
quelque autre la charge et la représentation du traumatisme, en
raison de la destruction des contenants internes et externes"
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E
- Le groupe sectaire comme institution substitutive.
W.R.Bion, dans son travail sur les groupes démontre que ces derniers réactivent un certain nombre d'états psychiques qu'il nomme "présupposés de base ou hypothèse de base"; celles-ci, au nombre de trois sont inhérentes à tout groupe et peuvent se succéder plus ou moins rapidement au sein de celui-ci mais ne sont jamais concomitantes.
"Bion a retenu trois hypothèses de base : l'hypothèse de groupe, dépendance, l'hypothèse de groupe, attaque, fuite, l'hypothèse de groupe, couplage"
Selon W.R.Bion, chacun de ces états spécifiques peut être mis en relation avec un élément constitutif de la constellation familiale :
C'est ainsi que le groupe dépendance s'institutionnaliserait dans l'institution "église", le groupe attaque-fuite dans "l'armée" et le groupe couplage dans" l'institution aristocratique en tant qu'institution eugénique".
Un schéma rapide peut en donner une idée succincte :
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Pour F.Fornari cependant, on peut aller au delà de ce problème et aborder " le rapport entre les institutions ( dans ce cas, l'institution religieuse ) et le contrôle des angoisses primaires, persécutives et dépressives".
Selon lui, la faillite des institutions serait à l'origine de deux types de conséquences : d'une part la réactivation des angoisses primaires, d'autre part, la mise en place de structures de rechange. Ces ou cette institution de remplacement s'avérant absolument indispensable au bon fonctionnement social et à l'apaisement des angoisses archaïques réactivées par la situation.
On peut penser que dans cette optique, la crise des idéologies, celle non moins grave actuellement des grandes institutions telles que l'Eglise, l'Armée et la cellule familiale traditionnelle, entraînerait d'une part le surgissement incontrôlé des angoisses archaïques que Mélanie Klein a mises en évidence et, d'autre part, la recherche puis la mise en place d'institutions substitutives.
Nombre de groupes sectaires seraient susceptibles de jouer ce rôle de remplacement.
Dans le monde de la post-modernité où toutes les institutions, aussi bien établies soient-elles, se trouvent très sérieusement ébranlées, les mouvements sectaires qui tendent à s'institutionnaliser dans les structures formatives et éducatives, médicales, sociales et humanitaires, offrent une solution de rechange non négligeable pour l'individu de notre fin de siècle.
Cela pourrait, en partie, expliquer l'attrait qu'exercent
ces groupes et l'opiniâtreté qu'ils déploient à
se faire reconnaître socialement, notamment comme Eglise à
part entière. (L'exemple de la Z...... est assez probant qui se
dit "Eglise de Z......" et réclame les avantages notamment fiscaux,
liés à ce statut).
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F
- Le groupe sectaire en tant que groupe d'appartenance secondaire.
Décrivant longuement le rôle des groupes primaires ( la famille essentiellement, bien que la configuration en soit variable) selon les cultures, et celui des groupes secondaires, J.C Rouchy évoque, parmi les différents facteurs culturels qui lui semblent déterminants pour tout individu, l'éducation religieuse non pas en tant que croyance mais dans le registre du rapport à la loi. Il écrit :"Un troisième type de construction apparaît dans de nombreuses sectes dont la LOI se situe en rupture avec celle du Père et du groupe d'appartenance primaire (isolation, suggestion, emprise, captation). Le groupe d'appartenance secondaire, institué par la secte, s'il devient un lieu de vie pour des familles, peut même englober et destructurer le groupe d'appartenance primaire avec toutes les dérives qui s'ensuivent.
Et E. Diet : "toute institution s'inscrit dans le registre oedipien et s'instaure sur le meurtre du père fondateur, la culpabilité étayant l'introjection de la loi. Dans la secte, à la place de cette differenciation et de cette conflictualité structurante, ce qui est en jeu, c'est la soumission archaïque à un père de la horde ou à une mère toute puissante, prégénitaux, dans une identification adhésive. Il s'agit là d'une ligature fusionnelle qui s'oppose à la coupure-séparation qui permet dans l'institution, l'identification symbolisante. Le meurtre fondateur de l'institution est e qui permet l'institution de la loi par l'interdit. Dans la secte au contraire, la présence maintenue et fétichisée du leader, assujettit en désubjectivant et institue la transgression comme règle. Dans l'institution, l'imaginaire lui-même est en principe mis au service de la castration symbolique. Dans la secte, les pactes de déni opérationalisent la toute-puissance phallique-narcissique.. Dans l'institution, l'arbitraire instituant l'interdit ouvre l'espace de la culpabilité et de la responsabilité. Dans la secte, l'institution de l'arbitraire comme principe produit la désubjectivation. Tandis que toute institution promeut un mythe de l'origine, la secte met en œuvre un déni des origines. Tandis que toute institution inscrit son développement dans une histoire étayée sur la filiation et la généalogie, la secte "met en œuvre le désengendrement œdipien et le déni de la filiation".
Nous pouvons observer un certain nombre d'éléments mettant en évidence ce type de pratiques conduisant à instaurer une nouvelle loi en rupture, voire en conflit avec celle du Père et celle du groupe primaire de l'individu. Prenons pour simple exemple celui qui a tant choqué Sophie, celui de cette jeune fille devant pardonner à son père de l'avoir violée. Sophie ne comprend pas au nom de quoi il doit y avoir pardon et le conflit intra-psychique qui est le sien est manifeste des mois après. De plus, ce pardon à connotation chrétienne dans une session formative laïque lui semble d'autant plus incongru que cela lui paraît être le déni de la différence des sexes et des générations et pire encore d'un tabou, celui de l'inceste, organisateur de nos sociétés. Jusqu'à la fin de notre entretien, Sophie réitèrera son incompréhension et sa perturbation à ce souvenir prégnant autant que bouleversant pour elle..
Le fait également que des personnes soient bénévoles dans une Société à but lucratif lui semble enfreindre toutes les lois gérant le monde du travail et de l'entreprise. Sophie évoquera de façon récurrente, le rôle de l'argent dans les diverses sessions qu'elle a effectuées. Outre le lien que celui-ci entretient avec l'analité et la situation formative, nous pouvons également y voir les aspects que nous avons notés ci-dessus: le groupe de formation se révèle à maints égards en rupture avec la loi. Les divers aller et retour que l'on peut faire habituellement entre différents groupes secondaires et groupes primaires, se révèlent ici bien difficiles en dépit des apparences.( On téléphone à papa pour lui pardonner), cette situation est propre à générer des conflits intrapsychiques , destabilisateurs et destructurants.
Empruntons de nouveau la plume de E.Diet pour conclure
ce paragraphe. Celui-ci explique: " tandis que l'institution est fondamentalement
pour chacun et pour tous, ce qui cadre et régule la vie pulsionnelle,
définit le possible et l'impossible, formule le permis et l'interdit,
la secte se caractérise, au contraire, par l'attaque des organisateurs
culturels et psychiques, la destruction des liens,, la mise en œuvre méthodique
du désétayage. Alors que l'institution vient, à la
fois, soutenir et relayer le groupe d'appartenance primaire du sujet et
lui ouvre du même coup des possibilités de maturation et d'élaboration,
l'organisation sectaire, comme groupe d'appartenance secondaire, prétend
remplacer absolument le groupe d'appartenance primaire qu'elle annule,
détruit, disqualifie. Dans le cas de l'institution, , le contrat
narcissique est, en principe, symboligène, dans le groupe sectaire,
la perversion narcissique exige la soumission inconditionnelle à
la loi du plus fort. Pour le meilleur et pour le pire, l'institution à
une fonction normalisante et socialisante, tandis que la secte marginalise
et désocialise volontairement."
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- L'IDEOLOGIE - : sa place et sa fonction.
R. Kaës écrit, à propos de l'idéologie
" Elle est tout à la fois une idéologie, c'est à dire
le discours de l'idéal, une idologie, c'est à dire une production
narcissique d'idoles, une idéologie capitale en ce qu'elle est du
chef, un substitut abstrait, désaffecté, contrôlable
et soumis à l'idée toute puissante, en dépit de
ou,
le plus souvent,
en déni de la réalité.
Abordons tour à tour l'idéologie dans sa fonction défensive ainsi que dans celle de non travail de la pensée
Dans son ouvrage sur l'idéologie, R.Kaës écrit que celle-ci "remplit un certain nombre de fonctions défensives, individuelles et collectives, les unes s'étayant sur les autres en appui mutuel ; ces défenses s'exercent contre des objets, des aspects, des représentations ou des actions qui menacent gravement l'intégrité narcissique et les idéaux externalisés dans le groupe: défense contre l'incertitude, la persécution, la défaillance, l'expérience du vide et du morcellement".
Ce sont ces actions défensives et intégratives qui, selon ce chercheur, permettent d'effectuer un rapprochement avec celles que l'on rencontre dans le domaine de la magie et de la sorcellerie.
Ces fonctions passent par la mise en œuvre du déni de la réalité, du clivage et du déplacement de la haine de l'intérieur vers l'extérieur.
Tandis que le groupe se constitue en bon et pur objet , l'objet menaçant est rejeté, externalisé hors du groupe ou hors du sujet du groupe. Ce processus psychique permet que les tensions se déchargent et que l'angoisse soit réduite du fait de l'expulsion des pulsions agressives et sexuelles de l'extérieur.
Déni de la réalité, clivage et déplacement vers l'extérieur de ce qui était le mauvais objet de l'intérieur, sont autant de processus qui nous permettront de comprendre en quoi un groupe sectaire ne saurait se passer d'idéologie pour remplir des fonctions aussi déterminantes pour l'équilibre du groupe, son maintien et sa sauvegarde.
Il s'agit d'exercer un contrôle efficace sur l'objet dangereux qui peut être, pour les groupes sectaires : les religions établies, les groupes primaires ou secondaires en la personne des familles, amis, instances de contrôle, institutions ou organisations. Mais ce peut être également les médias, des idées, doctrines ou autres objet réifié sur lequel va s'exercer, de façon magique, l'omnipotence du groupe sectaire dans son désir infantile.
De plus, en désignant et en nommant l'objet dangereux et l'objet messie, l'idéologie parachève sa fonction d'intégration, unit ses membres en un discours commun de référence à la même réalité psychique.
Un rapide aperçu concernant le clivage nous permet de souligner l'importance de ce concept, né des travaux de Mélanie Klein qui, tête de proue de l'école anglaise, fut la première à donner à l'objet interne son statut de réalité psychique. Objets internes et externes sont à mettre en relation avec les mécanismes de projection et d'introjection.
Le clivage qu'elle relie aux positions paranoïdes-schizoïdes et dépressives s'élabore comme modalité défensive à l'égard des angoisses que ces positions suscitent chez le jeune enfant.
Tout comme l'enfant, l'adepte qui se sent menacé par son environnement intérieur et extérieur va cliver celui-ci et projeter à l'extérieur ce qui est cause, à ses yeux, de persécution. D'où, la plupart du temps, la nécessité de trouver un bouc émissaire, le groupe sectaire devenant le bon "sein" c'est-à-dire, symboliquement, celui qui est aimant et nourricier.
Cela nous permet de nous sensibiliser aux fonctions capitales du discours idéologique qui nourrit de son bon lait, l'adepte et le groupe et les constitue en "frères de lait" tandis que "les mauvais objets" que l'on tente de tenir à distance et de contrôler sont vécus comme persécuteurs.
On notera que ce sentiment de persécution est fréquemment mis en avant par les organismes de défense des les mouvements sectaires pour s'ériger en victimes. En se réclamant du statut de nouveaux mouvements religieux (NMR) nombre de ces groupes s'octroient, par là même, celui de victime au même titre que les premiers chrétiens.
Ce système binaire en tout bon / tout mal nie la réalité qui attribue aux êtres et aux choses des nuances moins tranchées.
Déni de la réalité et clivage vont de pair mais on pourrait également retourner le point de vue ci-dessus et inversement dénoncer le même clivage chez ceux qui ne voient dans les sectes qu'un objet "mauvais" et, pris dans le piège manichéen, partent parfois à la "chasse aux sorcières".
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B
- L'idéologie comme pensée contre le penser.
Parler de l'idéologie comme appareil à penser contre la pensée, implique une approche préalable des données théoriques que les travaux de W.R Bion ont mis à jour. Les éléments qu'il donne permettent de "caractériser l'appareil à manipuler les pensées dans l'idéologie, et ses rapports avec l'identification projective".
En effet, ce célèbre disciple de l'École Kleinienne postule l'existence de pensées primitives, de protopensées qu'il nomme éléments béta. Ces éléments resteront objets bizarres, informes voire terrifiants, s'ils ne rencontrent pas un bon conteneur (la mère, le plus souvent) qui, par sa capacité à les accueillir et à les contenir, pourra les métaboliser en éléments alpha, germes de la pensée naissante.
Selon lui, ce qu'il définit comme "la capacité de rêverie de la mère" est déterminante pour l'enfant. En effet, par cette capacité appelée fonction alpha les éléments béta sont transformés de telle sorte que, rendus assimilables par l'enfant, ce dernier est en mesure d'élaborer sa pensée et de construire "un appareil à penser">.
Dans "Contes et Divans", R.Kaës définit "la fonction conteneur comme l'ensemble dynamique formé par la réunion d'une fonction alpha et d'un contenant permettant l'avènement d'éléments alpha ou bien l'actualisation de ceux-ci."
Lorsque dans le cas contraire, la mère ne peut assurer cette fonction, cet échec à transformer les éléments béta en éléments alpha contraint l'enfant à mettre en place un mécanisme hypertrophié d'identification projective, "c'est à dire non pas un appareil pour penser les pensées mais un appareil pour débarrasser la psyché de l'accumulation de mauvais objets internes".
Se fondant sur les travaux du psychanalyste anglais, R.Kaës souligne les similitudes que comporte la position idéologique avec celle d'échec de la pensée.
Le groupe dont la position idéologique se constitue en un pseudo contenant n'est pas en mesure d'assurer la fonction alpha qu'en attend le sujet du groupe et qui lui permettrait de transformer les données brutes de l'expérience qu'il vit. Dans ce cas, le groupe restitue telles quelles les identifications projectives qu'il reçoit et, de plus, y ajoute les siennes, comme la mère le ferait, dans ce cas, pour son enfant.
R.Kaës écrit : "La position idéologique comporte ce double aspect : d'une part une identification projective non transformée, et les éléments béta (persécution, faute) sont non seulement reprojetés tels quels, mais, de plus, ils sont liés ensemble (de force, par le processus secondaire); d'autre part une idéalisation qui bloque l'accès à la dépression (à la symbolisation, au travail du deuil, à la formation de l'objet total): l'absence, la perte est toujours (dé)niée " Mais pour W.R Bion, cette intolérance à la frustration, entraînant la défaillance décrite ci-dessus, peut conduire l'individu à développer un sentiment d'omnipotence et d'omniscience .
L'individu ne pouvant ni fuir ni accepter la frustration et son corollaire le principe de réalité, va substituer l'affirmation à la discrimination, le non penser à l'activité du penser, l'omniscience à l'apprentissage.
Celle-ci survient lorsque sont mis en question d'une part l'espace psychique de l'individu en tant que sujet singulier, d'autre part celui de l'ensemble transsubjectif dont il est partie prenante et partie constituante.
A propos de cette notion que nous empruntons au travail de R.Kaës, ce dernier écrit : "Une catastrophe psychique se produit lorsque les modalités habituelles de traitement de la négativité inhérente à l'expérience traumatique s'avèrent insuffisantes, et notamment, quand elles ne peuvent être utilisées par le sujet en raison des qualités particulières du rapport entre la réalité traumatique interne et l'environnement".
Selon cet auteur, il s'agit toujours d'une remise en cause profonde des formations intermédiaires, d'une attaque plus ou moins violente du système de liens. A la suite de cet auteur, abordons deux de ces configurations psychiques, formations par ailleurs bifaces car "doublement organisées et signifiantes et dans l'ensemble transsubjectif et dans l'espace psychique propre à chacun des sujets"
Il s'agit, notamment du pacte dénégatif et du pacte narcissique.
Ces formations qui assurent le lien entre la réalité psychique du sujet et celle de son environnement nous sont apparues comme particulièrement remises en cause par les pratiques sectaires telles que nos interviewés les ont évoquées.
Si nous suivons la pensée des auteurs qui, comme R.Kaës et E.Diet ont abordé plus spécifiquement ce sujet, nous pouvons penser que si ces pratiques désorganisent plus ou moins gravement les structures du lien, procèdent au désétayage et à la désintrication des liens ainsi qu'à la désintégration des formations intermédiaires, ceci entraînera ou peut entraîner une catastrophe psychique pour le sujet et objet de ces pratiques.
E.Diet, à propos du travail de la mort et de la destructivité dans les institutions décrit les processus mis en œuvre et particulièrement les attaques agies par le thanatophore ou/et ceux qui ont été instrumentalisés dans ce sens. Ces attaques portent plus spécifiquement sur le pacte dénégatif ainsi que sur le contrat narcissique.
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- Attaque sur le pacte dénégatif.
Le pacte dénégatif , écrit R.Kaës, " assure, à côté du refoulement conjoint, le rejet requis pour être ensemble"
Cette formation se caractérise, comme toute formation intermédiaire par le fait que son origine, sa structure et sa fonction tiennent au lien qui se tisse entre le sujet et l'ensemble dont il fait partie.
Lorsque ce qui fait le lien est invalidé, disqualifié ou sapé, le maintien des espaces psychiques communs n'est plus assuré, ce pacte qui était "accord tacite sur un dire divisant" est lui-même rompu, ce qui fondait la sécurité de base de l'ensemble est attaqué. E. Diet décrit la double fonction organisatrice du pacte: "chaque ensemble transsubjectif", écrit-il, "s'organise positivement mais aussi négativement."
Nous avons tous conscience que ce qui fonde notre groupalité se construit positivement à partir d'un ensemble d'idéaux, d'idées, d'identifications, d'investissements mutuels dont le caractère commun fait ciment. Fait également ciment ce qui nous relie "négativement" dans ce qu'ensemble nous refoulons, rejettons, sacrifions ou nions, sur ce que nos sacrifices et nos renoncements ont de commun.
Le besoin et la nécessité d'être ensemble nous impose ce type de pacte qui, lorsqu'il est rompu, invalide ce que nous avons pensé construire et vivre dans nos groupes d'appartenance.
Les pratiques sectaires en clivant, le plus souvent, les deux aspects du pacte dénégatif, libèrent la violence qu'il jugulait, font apparaître comme arbitraire et inacceptable les sacrifices, les renoncements que les individus avaient acceptés dans leur quotidien et ce, dans l'interêt mutuel du sujet et de l'ensemble.
Il nous est aisé de constater, en lisant les interviews, cette espèce de regard neuf que chacun porte sur son passé, le sentiment profond de naître à une nouvelle liberté, de s'être enfin affranchi de ce qui nous liait et nous tenait prisonnier; pseudo-liberté car, en dénonçant le "négatif" des liens familiaux et leur tyrannie, le peu d'intérêt de la tâche primaire et le poids professionnel qu'elle entraîne, ainsi que les diverses contraintes sociales qui sont les nôtres, les pratiques sectaires clivent la réalité et œuvrent pour la déliaison de ce qui fondait la cohésion des groupes d'appartenance de chacun.
L'attaque sur le pacte dénégatif va de pair avec celle qui consiste à détruire le contrat narcissique. R.Kaës écrit : " toute modification dans les alliances, contrats et pactes met en cause la structure du lien de l'ensemble transsubjectif et des sujets eux-mêmes. Réciproquement, toute modification de la structure du lien se heurte aux forces qui soutiennent les alliances, le contrat et le pacte comme composante irréductible du lien de l'ensemble et des sujets". Selon ce même auteur, contrat narcissique et pacte dénégatif sont face et contreface l'un de l'autre et à ce titre complémentaires entre eux.
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2 - L'attaque sur le contrat narcissique.
C'est à Piera Aulagnier que nous devons la description de cette formation et l'introduction de cette notion capitale.
H.Troisier , évoquant l'œuvre de Piera Aulagnier montre comment cet auteur parle de l'entrée en scène du contrat narcissique qui assigne à chacun une place au sein du groupe. Chaque être humain investit dans cette place au sein du groupe et assure la continuité de celui-ci, tandis que réciproquement, le groupe investira narcissiquement ce nouveau venu. Le discours porteur d'idéaux et de valeurs l'accueille conformément au mythe fondateur de l'ensemble, discours dont on attend, de chaque individu, qu'il le reprenne à son compte. Le groupe est responsable du sujet qui s'y insère, tout comme le sujet est responsable, à son tour, du groupe, afin d'en assurer la continuité et la cohésion. R. Kaës, reprenant les lignes directrices de cette importante notion en souligne les trois aspects déterminants pour la vie de tout sujet:
Le premier est que" tout être humain est, à lui-même sa propre fin et qu'il est, en même temps, membre d'une chaîne à laquelle il est assujetti".
Le deuxième" est que les parents constituent l'enfant comme le porteur de leurs rêves de désirs non réalisés et que le narcissisme primaire de celui-ci s'étaie sur celui des parents"
Le troisième "est que l'idéal du moi est une formation commune à la psyché singulière et aux ensembles sociaux"
Piera Aulagnier a souligné que le contrat narcissique désigne " ce qui est au fondement de tout possible rapport sujet/société, individu/ensemble, discours singulier/ référent culturel".
Cette conception l'avait conduite à introduire par là même, la notion du sujet du groupe : "le contrat narcissique s'établit grâce au pré-investissement narcissique par l'ensemble de l'infans comme voix future qui prendra la place qu'on lui désigne; il dote celui-ci, par anticipation, du rôle de sujet du groupe qu'il projette en lui". R.Kaës, citant P.Aulagnier distingue deux types de contrat, différents selon leur forme et les enjeux qui sont les leurs."Le premier, écrit-il, est conclu dans le groupe primaire comme on vient de le voir, le second dans les groupes secondaires. C'est celui-ci qui nous occupe dans la mesure où tout groupe de formation constitue un groupe de type secondaire, remettant en cause de façon plus ou moins conflictuelle ou complémentaire le premier contrat. Qu'en est-il des modalités mises en place dans le groupe de formation à visée sectaire.
L'attaque plus ou moins implicite effectuée sur les liens familiaux, les appartenances religieuses et/ou politiques, les pressions exercées afin que les individus quittent ou délaissent leurs autres activités (sportives, culturelles ou autres) au bénéfice des seules activités du groupe sectaire donnent à penser que les nouvelles affiliations se font, non pas dans la continuité ni dans le changement et la complémentarité inhérente à tout processus formatif, mais dans la rupture et l'opposition au nom d'un pacte qui contiendrait et transmettrait de la violence, pacte que R.Kaës entend " par opposition avec le contrat comme le résultat d'une paix imposée. Le pacte narcissique désignerait ainsi une assignation univoque ou mutuelle à un emplacement de parfaite coïncidence narcissique : cet emplacement ne supporterait aucun écart."
Nos interviewés évoquent très explicitement ces processus qui les conduisent peu à peu à cliver leur vie, à opérer un repli sur soi, à ne plus voir leurs amis, leur famille. Benoît n'a plus de temps à lui, il doit être re-baptisé, Claude, Hugues se brouillent avec leurs amis ou opèrent une pseudo réconciliation avec leur famille, Valérie a tout quitté au nom d'un pacte narcissique qui l'a conduite au goulag et la maintient dans une position schizo-paranoïde permanente et chronique, proche de la position psychotique, Virginie "vit" la nuit et est invitée à lier un pacte avec une sorte de groupe virtuel dont l'appartenance commune passe par la transe chamanique, affiliation peu commune aux occidentaux que nous sommes. Reprenons ce que R.Kaës en dit :" lorsque le contrat narcissique est mis en péril, le sujet est atteint dans le double statut que freud lui reconnaît en tant qu'il est à lui-même sa propre fin et en tant qu'il est membre d'une chaîne ( d'un ensemble) à laquelle il est assujetti"
Lors de la catastrophe psychique, la "désintrication narcissique et libidinale du lien est véritablement mise en œuvre, le fantasme est agi. Ne subsistent que les composantes léthales de la pulsion de mort."
R.Kaës note que " le sujet meurt psychiquement de cette désintrication du lien transsubjectif qui renforce la désintrication des liens et des én